ACTE V, SCÈNE II —IV.
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CT.EONE.
Oreste voua adore ;
Mais de mille remords son esprit combattuCroit tantôt son amour cl tantôt sa vertu-Il respecte en Pyrrhus l’honneur du diadème ;
Il respecte en Pyrrhus Ànliillo et Pyrrhus même ;
Il craint les Grecs, il craint l'univers en courroux;Mais il se craint, dit-il, soi-même plus que tous 8 3.Il voudroit en vainqueur vous apporter sa tête :
Le seul nom d’assassin l’épouvante et l’arrête.
Enfin il est entré sans savoir dans son cœurS’il en devoil sortir coupable ou spectateur 3°.
HERMlOViR.
Non , non , il les verra triompher sans obstacle :
Tl sc gardera bien de troubler ce spectacle.
Je sais de quels remords son courage est atteint :Le lâche craint îa mort, et c’est tout ce qu’il craint.Quoi! sans qu’elle employât une seule prière.
Ma mère en sa faveur arma la Grèce entière ;
Ses yeux pour leur querelle, en dix ans de combats,Virent périr vingt rois qu’ils ne connoissoieut pas ;Et moi, je ne prétends que la mort d’un parjure ,Et je charge un amant du soin de mon injure :
Il peut me conquérir à ce prix, sans danger:
Je me livre ntoi-même , et ne puis me venger !Allons : c'est à moi seule à me rendre justice 3 GQue de cris de douleur le temple retentisse ,
De leur hymen fatal troublons l’événement;
Et qu’ils ne soient unis, s’il se peut, qu’un moment,.le ne choisirai point clans ce désordre extrême :Tout me sera Pyrrhus, fût-ce Oreste lui-même.
Je mourrai : mais au moins ma mort me vengera :Je ne mourrai pas seule, et quelqu’un me suivra.
SCÈNE III.
ORESTE, IIERMIONE, CLÉONE.
ORESTE.
Madame, c’en est fait, et vous êtes servie :Pyrrhus rend à l’autel son Infidèle vie.
aERltlONE'
Il est mort 1
ORESTE.
Il expire; et nos Grecs irritésOnt lave dans son sang ses infidélités.
Je vous Pavois promis; et, quoique mon courageSe fit de ce complot une funeste image,
J’ai couru vers le temple, où nos Grecs dispersésSe sont jusqu’à l’autel dans la foule glissés 9 3 .Pyrrhus m’a reconnu, mais sans changer de face 3 3 ;Il semblcit que ma vue excitât son audace :
Que tous les Grecs, bravés en leur ambassadeur,Dussent de son hymen relever la splendeur.
Enfui, avec transport prenant son diadème ,
Sur le front d’Andromaque il l’a posé lui-même :« Je vous donne, a-t-il dit, rua couronne et ma foi ;« Andromaque, régnez sur l’Epire et sur moi.i Je voiie à votre fils une amitié de père ;
« J’en atteste les dieux, je lejure A sa mère;
« Tour tons mes ennemis je déclare les siens 3 4 ,t El je le reconnois pour le roi des Troyens. •
A ces mots, qui du peuple attiroienl le suffrage ,IVos Grecs n’ont répondu que par un cri de rage ;
L’infidèle s’est vu partout envelopper 9 5 ,
Et je n’ai pu trouver de place pour frapper :
Chacun sc disputoit la gloire de l’abattre.
Je l’ai vu dans leurs mains quelque temps se débattre,Tout sanglant à leurs coups vouloir se dérober;
Mais enfin à l’autel il est allé tomber.
Du peuple épouvanté j’ai traversé la pressePour venir de ces lieux enlever ma princesse ,Etregaguer le port, où bientôt nos amisViendront couverts du sang que je vous ai promis.
HERUIONE.
Qu’ont-ils fait!
onrsir.
Pardonnez à leur impatience :
Ils ont, je le vois bien, trahi votre vengeance ;
Vous vouliez que ma main portât les premiers coups*Qu il sentît en mourant qu’il expiroit pour vous ;Mais c’est moi dont l’ardeur leur a servi d'exemple:
Je les ai pour vous seule entraînés dans le temple ,Madame ; et vous pouvez justement vous flatterI>’une mort que leurs bras n’ont fait qu’exécuter.
Vous seule avez poussé les coups...
lIKUMIOi'E.
Tais-toi, perlidc,
Et n’impute qu’à toi ton lâche parricide.
Va faire chez les Grecs admirer ta fureur.
Va : je la désavoue, et lu me fais horreur.
Barbare , qu’as-tu fait ? Avec quelle furieAs-tu tranché le cours d’une si belle vie?
Avez-vous pu, cruels, l’immoler aujourd’hui 9® ,Sans que tout votre sang se soulevât pour lui?
Mais parle : de son sort qui t’a rendu l’arbitre?Pourquoi l’assassiner? Qu’a-t il fait ? A quel titre?Qui te la dit ?
ORESTE.
Oh dieux ! Quoi ! ne m’avez-vous pasVous-même, ici, tantôt, ordonné son trépas?
UKRMîOîîE.
Ah! failoit-il en croire une amante insensée ?
Ne devois-tu pas lire au fond de ma pensée ?
Et ne voyois-tu pas, dans mes emportements,
Que mon cœur démentoit ma bouche à tous moments?Quand je l’aurois voulu , falloit-il y souscrire ?
N’as-tu pas dû cent fois te le faire redire?
Toi même avant le coup me venir consulter,
Y revenir encore, ou plutôt m’éviter?
Que ne me laissois-lu le soin de ma vengeance ?
Qui t’amène en des lieux où l’on fuit ta présence?Voilà de ion amour le détestable fruit :
Tu m’apportais, cruel, le malheur qui te suit.
C’est toi dont l’ambassade , à tous les deux fatale ,
L’a fait pour son malheur pencher pour ma rivale.Nous le verrions encor nous partager ses soins;
Il m’aiuieroit peut-être, il lefeindroit du moins 97.Adieu. Tu peux partir. Je demeure en Épirc :
Je renonce à la Grèce, à Sparte, à son empire,
A toute ina famille; et c’est assez pour moi,
Traître, qu’elle ait produit un monstre tel que toi 9®.
SCÈNE IV.
ORESTE.
Que vois-je ? cst-ce Ilermione ? Et que viens-je d’en-tendre ?