Buch 
Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
Entstehung
JPEG-Download
 

ACTE V, SCÈNE IIIV.

123

CT.EONE.

Oreste voua adore ;

Mais de mille remords son esprit combattuCroit tantôt son amour cl tantôt sa vertu-Il respecte en Pyrrhus lhonneur du diadème ;

Il respecte en Pyrrhus Ànliillo et Pyrrhus même ;

Il craint les Grecs, il craint l'univers en courroux;Mais il se craint, dit-il, soi-même plus que tous 8 3.Il voudroit en vainqueur vous apporter sa tête :

Le seul nom dassassin lépouvante et larrête.

Enfin il est entré sans savoir dans son cœurSil en devoil sortir coupable ou spectateur 3°.

HERMlOViR.

Non , non , il les verra triompher sans obstacle :

Tl sc gardera bien de troubler ce spectacle.

Je sais de quels remords son courage est atteint :Le lâche craint îa mort, et cest tout ce quil craint.Quoi! sans quelle employât une seule prière.

Ma mère en sa faveur arma la Grèce entière ;

Ses yeux pour leur querelle, en dix ans de combats,Virent périr vingt rois quils ne connoissoieut pas ;Et moi, je ne prétends que la mort dun parjure ,Et je charge un amant du soin de mon injure :

Il peut me conquérir à ce prix, sans danger:

Je me livre ntoi-même , et ne puis me venger !Allons : c'est à moi seule à me rendre justice 3 GQue de cris de douleur le temple retentisse ,

De leur hymen fatal troublons lévénement;

Et quils ne soient unis, sil se peut, quun moment,.le ne choisirai point clans ce désordre extrême :Tout me sera Pyrrhus, fût-ce Oreste lui-même.

Je mourrai : mais au moins ma mort me vengera :Je ne mourrai pas seule, et quelquun me suivra.

SCÈNE III.

ORESTE, IIERMIONE, CLÉONE.

ORESTE.

Madame, cen est fait, et vous êtes servie :Pyrrhus rend à lautel son Infidèle vie.

aERltlONE'

Il est mort 1

ORESTE.

Il expire; et nos Grecs irritésOnt lave dans son sang ses infidélités.

Je vous Pavois promis; et, quoique mon courageSe fit de ce complot une funeste image,

Jai couru vers le temple, nos Grecs dispersésSe sont jusquà lautel dans la foule glissés 9 3 .Pyrrhus ma reconnu, mais sans changer de face 3 3 ;Il semblcit que ma vue excitât son audace :

Que tous les Grecs, bravés en leur ambassadeur,Dussent de son hymen relever la splendeur.

Enfui, avec transport prenant son diadème ,

Sur le front dAndromaque il la posé lui-même :« Je vous donne, a-t-il dit, rua couronne et ma foi ;« Andromaque, régnez sur lEpire et sur moi.i Je voiie à votre fils une amitié de père ;

« Jen atteste les dieux, je lejure A sa mère;

« Tour tons mes ennemis je déclare les siens 3 4 ,t El je le reconnois pour le roi des Troyens.

A ces mots, qui du peuple attiroienl le suffrage ,IVos Grecs nont répondu que par un cri de rage ;

Linfidèle sest vu partout envelopper 9 5 ,

Et je nai pu trouver de place pour frapper :

Chacun sc disputoit la gloire de labattre.

Je lai vu dans leurs mains quelque temps se débattre,Tout sanglant à leurs coups vouloir se dérober;

Mais enfin à lautel il est allé tomber.

Du peuple épouvanté jai traversé la pressePour venir de ces lieux enlever ma princesse ,Etregaguer le port, bientôt nos amisViendront couverts du sang que je vous ai promis.

HERUIONE.

Quont-ils fait!

onrsir.

Pardonnez à leur impatience :

Ils ont, je le vois bien, trahi votre vengeance ;

Vous vouliez que ma main portât les premiers coups*Qu il sentît en mourant quil expiroit pour vous ;Mais cest moi dont lardeur leur a servi d'exemple:

Je les ai pour vous seule entraînés dans le temple ,Madame ; et vous pouvez justement vous flatterI>une mort que leurs bras nont fait quexécuter.

Vous seule avez poussé les coups...

lIKUMIOi'E.

Tais-toi, perlidc,

Et nimpute quà toi ton lâche parricide.

Va faire chez les Grecs admirer ta fureur.

Va : je la désavoue, et lu me fais horreur.

Barbare , quas-tu fait ? Avec quelle furieAs-tu tranché le cours dune si belle vie?

Avez-vous pu, cruels, limmoler aujourdhui 9® ,Sans que tout votre sang se soulevât pour lui?

Mais parle : de son sort qui ta rendu larbitre?Pourquoi lassassiner? Qua-t il fait ? A quel titre?Qui te la dit ?

ORESTE.

Oh dieux ! Quoi ! ne mavez-vous pasVous-même, ici, tantôt, ordonné son trépas?

UKRMîOîîE.

Ah! failoit-il en croire une amante insensée ?

Ne devois-tu pas lire au fond de ma pensée ?

Et ne voyois-tu pas, dans mes emportements,

Que mon cœur démentoit ma bouche à tous moments?Quand je laurois voulu , falloit-il y souscrire ?

Nas-tu pas cent fois te le faire redire?

Toi même avant le coup me venir consulter,

Y revenir encore, ou plutôt méviter?

Que ne me laissois-lu le soin de ma vengeance ?

Qui tamène en des lieux lon fuit ta présence?Voilà de ion amour le détestable fruit :

Tu mapportais, cruel, le malheur qui te suit.

Cest toi dont lambassade , à tous les deux fatale ,

La fait pour son malheur pencher pour ma rivale.Nous le verrions encor nous partager ses soins;

Il maiuieroit peut-être, il lefeindroit du moins 97.Adieu. Tu peux partir. Je demeure en Épirc :

Je renonce à la Grèce, à Sparte, à son empire,

A toute ina famille; et cest assez pour moi,

Traître, quelle ait produit un monstre tel que toi 9®.

SCÈNE IV.

ORESTE.

Que vois-je ? cst-ce Ilermione ? Et que viens-je den-tendre ?