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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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ANDROMAQUE.

Pour qui coule le saug que }o viens de répandre ?

Je suis , si je i’en crois , un traîlre , un assassin.

Est-ce Pyrrhus qui meurt ? et suîs-je üresfe enfin ;Quoi] jVtouffe en mon cœur la raison qui m’éclaire?J’assassine à regret un roi que je révère ;

Je viole en un jour les droits des souverains,

Ceux des ambassadeurs, et tous ceux des humains,

Ceux même des autels où ma fureur l’assiège ;

Je deviens parricide, assassin, sacrilège l

Pou r qui ? Pour une ingrate à qui je le promets, !

Qui même , s’il ne meurt, ne me verra jamais,

Dont jYpouse la rage ! Et quand je l’ai servie ,

Elle me redemande et son sang et sa vie 9 3 !

Elle l’aime! et je suis un monstre furieux!

Je la vois pour jamais s’éloigner de mes yeux!

Et l’ingrate en fuyant me laisse pour salaireTous les noms odieux que j’ai pris pour lui plaire !

SCÈNE V. |

ORESXE, PYLADK ; soldais d’oju-ste.

PYLADC.

II faut partir, seigneur. Sortons de ce palais,

Ou bien résolvons-nous de n’en sortir jamais.

Nos Grecs pour un moment an défendent la porte : j

Tout le peuple assemblé nous poursuit à main- ■

forte'»". I

Aux ordres d’Andromaque ici tout est soumis ;

Ils la traitent en reine , et nous comme ennemis.Andïonvaque eUe-même , à Pyrrhus si rebelle ,

Lui rend tous les devoirs d'une veuve fidèle,Commande qu’on le venge: et peut-être qu'cncor 101Elle poursuit sur nous la vengeance d’IIector.

Allons , [l’attendons pas que l’on nous environne :

Nos Grecs nous rejoindront; cl, tandis qu’Uermiano i

Tient encore le peuple autuur d’elle arrêté ,

Yoilà notre chemin , sortons en sûreté.

onisre.

Non, non, c’est TTo.vnvimie, amis, que je veux suivre:

A son dernier arrêt je ne puis plus survivre.

Partez : j’ai fait le crime , et je vais l'expier.

PYJ.ADE.

Hcrmione ,seigneur? II la faut oublier.

Quoi! toujours l'instrument et l’objet de sa rage ,Cherchez* vous chez les morts quelque nouveloutrage ?

Et, pai'cequ’elle meurt, faut-il que vous mouriez ?obeste.

Elle meurt ? dieux ! qu’eutends-je î

TVEA-DE.

Hé quoi ! vousl’ignoricz ?

En rentrant dans ces lieux nous l’avons rencontréeQui couroil vers le temple , inquiète , égarée.

Elle a trouvé Pyrrhus porté par des soldatsQue son sang excitoil à venger son trépas.

Sans doute à cet objet sa rage s’est émue.

Hais du liant de la porte enfin nous l’avons vuelîn poignard à la main sur Pyrrhus se courber ,Lever les yeux au ciel, se frapper, et tomber.

OKF.STE.

Grâce aux dieux, mon malheur passe mon espéranceOui, je le loue , ô ciel, de ta persévérance !Appliqué sans relâche au soin do me punir ,

Au comble des douleurs tu m’as fait parvenir •,

Ta haine a pris plaisir à former nia misère ;

J’étois né pour sert ird’exemple à ta colère loS ,Pour être du malheur un modèle accompli.

Hé bien ! je meurs content, et mon sort est rempli.Où sont ces deux amants? Pour couronner nia joie,Dans leur sang, dans le mien, il faut que je me noie;L’un, et l'autre en mourant je les veux regarder :Réunissons trois cœurs qui n’ont pu s’accorder...Mais quelle épaisse nuit Iciut-.à-coup m’environne ?De quel côté sortir ? D’où vient que je frissonne ?Quelle horreur me saisit ? Grâce au ciel, j’entrevoi.Dieux! quels ruisseaux de sang couleut autour demoi.

pylade.

Ah, seigneur !

OE.RSTE.

Quoi ! Pyrrhus, je te rencontre encore!Trouverai-je partout un rival que j’abhorre ?

Percé de tant de coups, comment t’es-tu sauvé ?Tiens, tiens , voilà le coup que te t’ai réservé.

Mais que vois-je ! A rues yeux Hermione l’embrasse !Elle vient l'arracher au coup qui le menace JDieux! quels affreux regards elle jette sur moi !Quels dénions, quels serpents traîne-t-elle après soi ?Hé bien! filles d’enfer, vos mains sont-elles prêtes ?Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos-têtes 1 " 5 ?

A qui destinez-vous l’appareil qui vous suit ?

Venez vous m’enlever dans l’éternelle nuit?

Venez, à vos faveurs Oreste s’abandonne.

Mais non , retirez-vous, laissez faire Hermione :L’ingrate mieux que vous saura me déchirer:

Et je lui porte enfin mon cœur à dévorer.

PYLADK.

II perd le sentiment. Amis, le temps nous presse;Ménageons les moments que ce transport nouslaisse.

Sauvons-le. Nos efforts deviendroient impuissants,S’il reprenoîi ici sa rage avec ses sens i oi .