134 NOTES D’ANDROMAQUE.
une langue qui n’a pas les moyens de procéderhabituellement par l'inversion. Exprès et pnlaissont une mauvaise rime, c’est-à-dire une rimeinsuffisante, car Racine n’en a pas qui soient ab-solument vicieuses. La IIarpk. C’rsl précisémentpareeque notre langue est dénuée d’inversions,que la tournure latine employée ici par Racineest excellente pour jeter dans nos constructionsquelque variété, Tl n’est point exact d’avancer quecelte tentative , qui riYsl point particulière à Ra-cine, soit rejetée par l'usage. On dit tous les jours ,« Tin homme est là qui vous demande ; • et dansle discours soutenu , • Un homme s’est trouvéqui... • Nos orateurs, et particulièrement Rossuet,eu ollrent plusieurs exemples. Aibnait.
8 9 Du temps de Racine, la lègle sur l’emploide lui ou île soi n’étoil pas encore établie. Aujour-d'hui la règle générale est de préférer lui lorsquele sens est défini, et soi lorsque le sens est indéfini.Selon cette règle , le vers de Racine seroit incor-rect dans un écrivain moderne. A. Martin.
9 0 En ne se rapporte à rien qui ait été annoncé.On le supplée si aisément, que l'omission - est unelégère inexactitude. Tl y a peut-être plus à redireà ces mots, coupable ou speciate.nr , qui n’expri-inenl point d’opposition réelle. Sortir spectateurne rend pas ce que l’auteur a voulu dire. La II.Sans doute, absolument parlant, il n'y a pas d’op-position réelle entre coupable et spectateur, maisici elle est très claire et très marquée. KL quant àsortir spectateur, ce seroit sans doute une trèsmauvaise manière de parler; mais Racine l a pré-parée par sortir coupable . En tout, ce qu’il peuty avoir «l’irrégulier dans cc vers me paroît Lieuracheté par son énergique précision. Atgnan.
91 Se rendre justice, c’est se rendre à soi-mêmeun juste témoignage, soit en bien, soit en mal.5c faire justice, c’est exécuter sur soi-rnême ousur un autre ce que la justice prescrit. Ce derniercas est celui d Uertnione. Elle deioit donc direme faire et non pas me rendre justice. AilleursRacine a parfaitement observé cette différence.
La Haï:i>f.
92 Celte expression , glissés, peu faite par elle-même polir la poésie noble, passe à la laveur del'inversion et de l'arrangement des mots, qui lafont pour ainsi dire attendre à la lin du vers, de ma-nière à la tendre nécessaire. Si l'auteur eût misdans le premier hémistiche, se glissant dans tafoule , c’eût été un prosaïsme marqué. Celtescience de l’arrangement des mots, essentiellepartout , l’est surtout dans une langue où beau*coup de tenues dont la phvase a besoin semblentrepoussés parla délicatesse scrupuleuse de notrepoésie , et ne peuvent y entier qu'avec toutes lesprécautions qui ne sont enseignées que par legoût. La Harpe.
9 5 Changer de face, s’entend, dans notre langue,des choses qui changent d'état, et non pas despersonnes qui changent de visage, (ie second hé-mistiche est donc répréhensible. La IIarpe. J’ose-rois croire qu’il ne l’est pas en poésie. Aignas.
9* L’abbé d’Olivet a saison, quoi qu’en diseLouis Racine, de blâmer le mot tous el la placeoù il est. C’est trop intervertir l’ordre des idées. Je
déclare tous scs ennemis pour les miens : voilà lesens et la construction Je déclare ses ennemis pourtous les miens n’est pas frauçois, et, s’il l’éloit,diroit autre chose que ce que veut dire Pyrrhus ,car cela signilieroit qu’il n’a pas d'autres ennemisque ceux d’Andromaque. La Harpe.
9 5 On a critiqué l’expression d'tnjidele commetrop fui b le cl trop vague, ü nous semble cepen-dant qu’elle caractérise à la fois la conduite dePyrrhus vis-à-vis des Grecs et vis-à vis d’IIermione.Comme homme public, G reste se croit justifiéd’avoir porté les Grecs à frapper un roi infidèle àleur cause ; comme amant d’Jlermione, il craintencore qu’elle ne plaigne Pyrrhus, et veut, par ceseul mot à'iufldele , lui rappeler combien il éloitcoupable. Tels sont tous les sentiments que Racinea su renfermer dans une seule expression. A. M.
9 e Aujourd’hui n’ajoute rien à l’idée et mêmel’embarrasse; il semble donc être amené visible-ment par la rime. 11 importe d’autant plus d’enfaire la remarque, que Racine subit rarement cettecontrainte, et que la cheville aujourd’hui est de-venue banale chez uos poètes par la nécessité derimer à lui. Aignan.
97 On est surpris de trouver ce même vers dansune comédie de Monlfleury, intitulée le ilari sansFemme, jouée en ifi63, quatre ans avant Andro-maque. Mais si l'on en croit Louis Racine, dontle raisonnement paroît fort juste, c’est un versque Monlfleury a jugé à propos d’emprunter àRacine, pour en parer après coup une de ses co-médies, lorsqu’il la lil imprimer. Geoffkov.
38 Traître, qu’elle ait produit un monstrecomme toi.
Dans l’origine, Andromaque éloit présente àcette entrevue. Ilerinionefinissoil même par briserles fers de sa rivale, en lui disant :
Allons, madame, allons. C’est moi qui vous délivre.Pyrrhus ainsi l’ordonne, et vous pouvez me suivre.De nos derniers devoirs allons nous dégager.Montrous qui de nous deux saura mieux le venger.
Ces vers démentoienl le caractère d’Hermîone.On ignore à quelle époque Racine les relranchn.Nous donnons , dans les variantes , la scène tellequ’elle avoir d’abord été conçue. A. Martin.
3 3 Est cc le sang cl la vit: d'Hermione ? La gram-maire le veut ; le sens demande que cc soit le sanget la vie de Pyrrhus. Peut-être Oreste a-l-ij hor-reur de nommer l’ennemi qu'il vient d’assassinersi lâchement, de même qu'llennione avoit hor-reur de nommer l’amant iulidèle dont elle voulaitse venger si cruellement. Geoffroy. Il fauL direune fois pour toutes que la grammaire ne veutpas toujours que le po-sessif se rapporte au derniernom. Les grammairiens qui ont posé cette règleabsolue , inflexible, ont manqué de jugement etde réflexion. Ce que la grammaire et le bon sensveulent, c’est que l’on soit clair; or nn cesscroitquelquefois de l’être si, lorsqu’un nom dominela phrase el la pensée, on ne lui rapportoit pas lespossessifs lors même «ju’ils en sont séparés par un