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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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NOTES D’ANDROMAQUE.

7 3 Oresle disoit dans les premières éditions :

Maïs que dis je ? Ah ! plutôt permettez que j’espcre.Excusez un amant que trouble sa misère ,

Qui , tout près d’être heureux , envie encor le sortD’un ingrat condamné par vous-même à la mort.

7 6 II y a quelque rapport entre la situation deRoxnoe, trahie par Bajaxet, et celle d’ilennione,abandonnée par Pyrrhus : il se trouve aussi quel-que conformité entre leurs discours. Voyez Baja-z et, aet. IV, se. v. Gkoeerot.

77 Le mot propre étoit, loin de les désavouer,,loin de les démentir. Révoquer des ambassadeurs si-gnifie les rappeler, et non pas rétracter ce qu’ilsont promis. D’autres éditions portent loin de terévoquer; ce qui n’esl guère moins défectueux.La Harpe. L’hémistiche (e voulus y souscrire, pour*roit faire présumer que Racine avoit mis loin dole révoquer, c’est-à-dire loin de révoquer cela.Souscrire à des ambassadeurs offre une incorrec-tion d’un autre genre. Deux vers plus bas , on voitavec peine celte expression de l’éclat victorieuxd’un autre œil , lequel a prévenu te pouvoir desyeux d’ilermione.

7® Malgré nous a deux sens: Pyrrhus, malgréson devoir et son honneur ; Andromaque , malgrésa délicatesse et sa fidélité pour Hector. Ce tourest énergique dans sa simplicité et sa précision. G.Mais l’un par l’autre entraînés, est bien dur: etplus bas, éclatez contre un traître, ne l’est guèremoins. Aigxan.

73 L’exactitude rigoureuse de la constructionvoudroit, loin que je contraigne ; mais un peu delicence est permis aux poètes, et surtout un peude désordre est excusable dans une situation sivire. Aignan.

gn Ce n’est pas pareequ’il s’agit d’une femme ,que Racine a fait ici pleurante adjectif au participedéclinable : il l'avoit fait indéclinable dans cesvers :

N’est-ce pas à vos yeux un spectacle assez douxQue la veuve d’Ilector pleurant à vos genoux?

11 a voulu marquer une nuance de diction : dansle vers que prononce Andromaque, les pleurssont nue action momentanée ; dans ceux où Her-mione se représente pleurante apres le char d’An-dromaque, les pleurs offrent, suivant l’intention dupoète , une situation prolongée , et qui fait specta-cle. L’on diroit de même , dans le langage ordi-naire, Cette femme est venue à moi plf-urant,criant, etc.; mais si l’on parîoit d’une douleurhabituelle, on diroit, Celte femme est toujourspleurante. En général, le participe seul marquel’action ; déclinable ou adjectif, il marque l’habi-tude. La Harpe.

8 î Je ne ronnoisrien de plus original et de plusénergique en alliance de mots et en images queTroie ardente, plongée dans des ruisseaux de sang :observez ici combien l’imersion ajoute à l’elfet, etcombien , malgré la beauté de l’expression, le der-nier hémistiche perdroit à devenir le premier.

La Harpe.

82 Voilà de toutes les ellipses connues la plushardie et la plus naturelle. Elle a toujours été ad-mirée, paroeque le génie l’a placée dans un deces élans d’éloquence passionnée, qui ne permet-tent pas une parole inutile: et c'est celte éloquencedes passions qui a créé toutes les figures de dictionei de pensée , de manière qu’eu négligeant quel-ques formes du langage ordinaire, elles ne violentjamais la logique générale des langues. La Harpe.

83 Chagrin est l'oible , et peu applicable à unecrise aussi violente. Aigxan.

8 * Racine lutte ici contre Virgile avec peu d’a-vantage; Didon a plus de précision et d’énergielorsqu’elle dit {Aùneid. , Jib. IV, Y- 3GGJ :

«Num fletu ingemuit nostro? num lumina flexit?«Num lacrymas viclus dédit? »

s5 AIuet à mes soupirs. C’est ici q,ue cette con-struction hardie, créée par l’auteur, est heureuse-ment placée. Remarquez que tranquille à mes alar-mes est encore plus hardi ; car, en prose, on nepourroit construire ainsi le mot tranquille avec lapréposition à, si ce n’est en énonçant le rapportimmédiat, tranquille à la vue, au bruit, ù l’appro-che, à la nouvelle , etc. Ici le rapport immédiat rstsupprimé, et celte suppression rapproche et op-pose avec bien plus de rapidité cl d’énergie latranquillité d’un côté , et les alarmes de l’autre. Cen’est pas là une ellipse ordinaire : rllc est vraimentde création , et il en résulte un vers admirable,une construction de génie qui jusqu’ici n’a pas étéencore imitée. Pour en reproduire xine semblableavec succès, il faudroît la même justesse de sen-timent et de goût qui a légitimé celle-ci. La Harpe.

86 U pense x>uir dissiper est une véritable fuite ,quoi qu’en dise Louis Racine. Le sens, d’accordavec la grammaire , exige absolument se dissiper.Il faut que le verbe soit réciproque, pareeque leverbe actif n’auroil pas de sens. C’est sans douteune inadvertance, car il est très facile de mettre ,

Il pense voir en pleurs se dissiper l’orage ;

et la correction du vers n’ôtoit rien à la mélapborenaturelle et neuve qui en fait la beauté. La Harpe.

8 7 Tout le inonde sait que la grammaire a dis-tingué essentiellement l’usage de ces prépositionsautinf et devant. La première est relative au temps,et la seconde aux lieux et aux personnes. Avantsa mort, devant lai, devant sa maison. Ou les con-fondoit du temps de Racine : et Voltaire , qui arappelé la règle dans son cmmiienhire de Cor-neille, l’a violée plus d’une fois dans ses ouvrages.

La Harpe.

8 9 Pliœnix en répond, qui, etc... Cette construc-tion est absolument latine; c’est une nouvellepreuve des efforls que faisoit Racine, dhnon pre-mier < hef-d’œn we , pour transporter dans notrelangue les tournures propres aux langues ancien-nes. Parmi tant d’heureux efforts, il y a eu quel-ques tentatives inutiles : celle-ci est du nombre. Ilest contraire au génie de notre langue de séparerle qui et le que relatifs du subjonctif qui les régît.Ce déplacement jetteroit trop de confusion dans