ACTE I, SCÈNE VI—VII. i3g
Fais porter cette lettre à la poste du Maine.
LA COMTESSE.
Prends-moi dans mon clapier trois lapins de garenne,
Ah, monsieur! quel arrêt!
Et chez mon procureur porte-les ce matin.
CIIICANKAL’.
Si son clerc vient céans, fais-lui goûter mon vin.
Je m’en rapporte à vous. Écoutez , s’il vous plaît.
Ah) donne-lui ce sac qui pend à ma fenêtre.
T. A COMTESSE.
Est-ce tout ? Il viendra me demander peul-ctre
Il faut que vous sachiez, monsieur , la perfidie...
Un grand homme sen , là , qui me sert de témoin .
CIIICANEAÜ.
Et qui jure pour moi lorsque j’eu ai besoin :
Ce n’est rien dans le fond.
Qu’il m’attende. Je crains que mon juge ne sorte :
LA COMTESSE.
Quatre heures vont sonner. Mais frappons à sa
Monsieur, que je vous die...
porte.
CHICANEAU,
petit-jean , entr’oavrant la porte.
Voici le fait. Depuis quinze ou vingt ans en çà ,
Qui va là ?
Au travers d un mien pré certain ânon passa ,
CHICANEAT.
S’y vautra , non sans faire un notable dommage ,
Peut-on voir monsieur ?
Dont je formai ma plainte au juge du village.
petit-jean, fermant (fl porte.
Je fais saisir Fanon. I,n expert est nommé ;
Non.
A deux bottes de foin le dégât estimé.
chicane.vu , frappant à la porte.
Enfin , au bout d’un an , sentence par laquelle
Nous sommes renvoyés hors de Cour. J’en appelle.
Pourroit-on
Dire un mot à monsieur son secrétaire ?
Pendant qu’à l’audience on poursuit un arrêt ,
petit-jean, fermant ta porte.
Remarquez bien ceci, madame. s’il vous plaît ;
Non.
Notre ami Drolichon , qui n’est pas une bête ,
cnrcANEAxr , frappant à la porte.
Obtient pour quelque argent un arrêt sur requête,
Et monsieur son portier?
Et je gagne ma cause- A cela , que fait-on?
PETITJEAN.
Mon chicaneur s’oppose à l’exécution.
C’est moi-même.
Autre incident : taudis qu’au procès on travaille ,
CIUCANEAU.
Ma partie en mon pré laisse aller sa volaille.
De grâce,
Ordonné qu’il sera fait rapport à la cour
Buvez à ma santé , monsieur.
Du foin que peut manger une poule en un jour :
petit-jean , prenant l’argent.
Le tout joint au procès. Enfin , et toute chose
Grand bien vous fasse.'
Demeurant en état, on appointe la cause ,
(fermant la porte. )
Le cinquième ou sixième avril cinquante-six.
Mais revenez demain.
J’écris sur nouveaux frais. Je produis, je fournis
CJIICANEAD.
De dits, de contredits - enquêtes, compulsoires ,
Hé! rendez donc l’argent.
Rapports d’experts, transports, trois interlocu-
Le monde est devenu, sans mentir, bien méchant.
toires,
J’ai vu que les procès ne donnoicnl point de peine :
Griefs et faits nouveaux , baux et procès-verbaux.
Six écuseu gagnoient une demi-douzaine.
J’obtiens lettres royaux, et je m’inscris en faux 2 ?.
Mais aujourd’hui, je crois que tout mon bien entier s 7
Quatorze appointements, trente exploits, six in-
Ne me sufliroit pas pour gagner un portier.
stances,
Mais j’aperçois venir madame la comtesse
Six-vîngls productions , vingt arrêts de défenses ,
De Pimbesche. Elle vient pour affaire qui presse.
Arrêt enfin. Je perds ma cause avec dépens.
Estimés environ cinq à six mille francs.
Est-ce là faire droit? Est-ce là comme on juge?
SCF.NE VII.
Après quinze ou vingt ans J II me reste un refuge :
La requête civile est ouverte pour moi 5o ,
LA COMTESSE , CIIICANEÀÜ.
Je ne suis pas rendu, liais vous, comme je voi,
Vous plaidez ?
CHICÀNEAU.
LA COMTESSE.
Madame , on n’entre plus 28 .
Plût à Dieu !
LA COMTESSE.
eniCANEAU.
Hé bien ! l’ai-je pas dit?
J’y brûlerai mes livres.
Sans mentir, mes valets me font perdre l’esprit.
LA COMTESSE.
Pour les faire lever c’est en vain que je gronde ;
Je...
Il faut que tous les jours j’éveille tout mon monde.
CHICANEAU.
CIT1CANEAU.
Deux bottes de foin cinq à six mille livres 51 !
Il faut absolument qu’il se fasse celer.
LA COMTESSE.
LA COMTESSE.
Monsieur , tous mes procès alloient être finis;
Pour moi, depuis deux jours je ne lui puis parler.
Il ne m’en restoit plus que quatre ou cinq petits :
CHICANEAU.
L’un contre mon mari, l’autre contre mon père,
Ma partie est puissante, et j’ai lieu de tout craindre.
Et contre mes enfants. Ab. monsieur. 1 la misère !
LA COMTESSE.
Je ne sais quel biais ils ont imaginé ,
Après ce qu’on m‘a fait, il ne faut plus se plaindre.
Ni tout ce qu’ils ont fait : mais ou leur a donné
CHICANE AT:.
Un arrêt par lequel, moi vêtue et nourrie ,
Si pourtant j’ai bon droit.
On me défend , monsieur , de plaider de ma vie.
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