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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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ACTE I, SCÈNE VIVII. i3g

Fais porter cette lettre à la poste du Maine.

LA COMTESSE.

Prends-moi dans mon clapier trois lapins de garenne,

Ah, monsieur! quel arrêt!

Et chez mon procureur porte-les ce matin.

CIIICANKAL.

Si son clerc vient céans, fais-lui goûter mon vin.

Je men rapporte à vous. Écoutez , sil vous plaît.

Ah) donne-lui ce sac qui pend à ma fenêtre.

T. A COMTESSE.

Est-ce tout ? Il viendra me demander peul-ctre

Il faut que vous sachiez, monsieur , la perfidie...

Un grand homme sen , , qui me sert de témoin .

CIIICANEAÜ.

Et qui jure pour moi lorsque jeu ai besoin :

Ce nest rien dans le fond.

Quil mattende. Je crains que mon juge ne sorte :

LA COMTESSE.

Quatre heures vont sonner. Mais frappons à sa

Monsieur, que je vous die...

porte.

CHICANEAU,

petit-jean , entroavrant la porte.

Voici le fait. Depuis quinze ou vingt ans en çà ,

Qui va ?

Au travers d un mien pré certain ânon passa ,

CHICANEAT.

Sy vautra , non sans faire un notable dommage ,

Peut-on voir monsieur ?

Dont je formai ma plainte au juge du village.

petit-jean, fermant (fl porte.

Je fais saisir Fanon. I,n expert est nommé ;

Non.

A deux bottes de foin le dégât estimé.

chicane.vu , frappant à la porte.

Enfin , au bout dun an , sentence par laquelle

Nous sommes renvoyés hors de Cour. Jen appelle.

Pourroit-on

Dire un mot à monsieur son secrétaire ?

Pendant quà laudience on poursuit un arrêt ,

petit-jean, fermant ta porte.

Remarquez bien ceci, madame. sil vous plaît ;

Non.

Notre ami Drolichon , qui nest pas une bête ,

cnrcANEAxr , frappant à la porte.

Obtient pour quelque argent un arrêt sur requête,

Et monsieur son portier?

Et je gagne ma cause- A cela , que fait-on?

PETITJEAN.

Mon chicaneur soppose à lexécution.

Cest moi-même.

Autre incident : taudis quau procès on travaille ,

CIUCANEAU.

Ma partie en mon pré laisse aller sa volaille.

De grâce,

Ordonné quil sera fait rapport à la cour

Buvez à ma santé , monsieur.

Du foin que peut manger une poule en un jour :

petit-jean , prenant largent.

Le tout joint au procès. Enfin , et toute chose

Grand bien vous fasse.'

Demeurant en état, on appointe la cause ,

(fermant la porte. )

Le cinquième ou sixième avril cinquante-six.

Mais revenez demain.

Jécris sur nouveaux frais. Je produis, je fournis

CJIICANEAD.

De dits, de contredits - enquêtes, compulsoires ,

! rendez donc largent.

Rapports dexperts, transports, trois interlocu-

Le monde est devenu, sans mentir, bien méchant.

toires,

Jai vu que les procès ne donnoicnl point de peine :

Griefs et faits nouveaux , baux et procès-verbaux.

Six écuseu gagnoient une demi-douzaine.

Jobtiens lettres royaux, et je minscris en faux 2 ?.

Mais aujourdhui, je crois que tout mon bien entier s 7

Quatorze appointements, trente exploits, six in-

Ne me sufliroit pas pour gagner un portier.

stances,

Mais japerçois venir madame la comtesse

Six-vîngls productions , vingt arrêts de défenses ,

De Pimbesche. Elle vient pour affaire qui presse.

Arrêt enfin. Je perds ma cause avec dépens.

Estimés environ cinq à six mille francs.

Est-ce faire droit? Est-ce comme on juge?

SCF.NE VII.

Après quinze ou vingt ans J II me reste un refuge :

La requête civile est ouverte pour moi 5o ,

LA COMTESSE , CIIICANEÀÜ.

Je ne suis pas rendu, liais vous, comme je voi,

Vous plaidez ?

CHICÀNEAU.

LA COMTESSE.

Madame , on nentre plus 28 .

Plût à Dieu !

LA COMTESSE.

eniCANEAU.

bien ! lai-je pas dit?

Jy brûlerai mes livres.

Sans mentir, mes valets me font perdre lesprit.

LA COMTESSE.

Pour les faire lever cest en vain que je gronde ;

Je...

Il faut que tous les jours jéveille tout mon monde.

CHICANEAU.

CIT1CANEAU.

Deux bottes de foin cinq à six mille livres 51 !

Il faut absolument quil se fasse celer.

LA COMTESSE.

LA COMTESSE.

Monsieur , tous mes procès alloient être finis;

Pour moi, depuis deux jours je ne lui puis parler.

Il ne men restoit plus que quatre ou cinq petits :

CHICANEAU.

Lun contre mon mari, lautre contre mon père,

Ma partie est puissante, et jai lieu de tout craindre.

Et contre mes enfants. Ab. monsieur. 1 la misère !

LA COMTESSE.

Je ne sais quel biais ils ont imaginé ,

Après ce quon ma fait, il ne faut plus se plaindre.

Ni tout ce quils ont fait : mais ou leur a donné

CHICANE AT:.

Un arrêt par lequel, moi vêtue et nourrie ,

Si pourtant jai bon droit.

On me défend , monsieur , de plaider de ma vie.

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