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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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ACTE I, SCENE III. 161

Dune longue vertu laisse un jour le modèle ?

Ai-je mis dans main le timon de létatPour le conduire au gré du peuple et du sénat?

Ah ! que de In pairie il soit, sil yeut, Je père:

Mais qu songe un peu plus quAgrippine est samère.

De quel nom cependant pouvons-nous appelerLaltcniat que le jour vient de nous révéler ?

Jl sait, car leur amour ne peut être ignorée »

Que de Biilnnnicus Jurvic est adorée :

Et ce même Néron , que la vertu conduit,

Fait enlever Junie au milieu de la nuit !

Que veut-il ? Est-ce haine, est-ce amour quiJiDspire ?

Cherehe-l-jl seulement le plaisir de leur nuire;

Ou plutôt nest-ce point que sa malignitéPunit sur eux lappui que je leur ai prêté ?

^ Al-BINF.

Vous leur appui 1 * madame?

AGRIPPINE.

Arrête, chère Alhincl

Je sais que jai moi seule avancé leur ruine ;

Que du trône, le sang la faire monter ,Britannicus par moi sest vu précipiter.

Par moi seule , éloigné de lhymen dOctavie 2 5 ,Le frère de Junie abandonna la vie ,

Silanus , sur qui Claude ovoit jeté les yeux ,

El qui comptoit Auguste au rang de ses aïeux.Néron jouit de tout : cl moi, pour récompense ,

Ii faut quentre eux et lui je tienne la balance ,Afin que quelque jour, par une même loi,Britannicus la tienne entre mon fils et moi 2 *.AI.BINE.

Quel dessein !

AGRIPPINE.

Je massure un port dans la tempête.Néron méchappera , si ce frein ne larrête.

. BINE.

Mais prendre contre un fils tant de soins superflus?

AGRIPPINE.

Je le craindrois bienLôt, sil ne me craignoil plus.ALDINE.

Une juste frayeur vous alarme peut-être.

Mais si Néron pour vous nest plus ce quil doit être,Du moins son changement ne vient pas jusquànous ,

El ce sont des secrets entre César et vous.Quelques titres nouveaux que Borne lui défère,Néron nen reçoit point quil ne donne à sa mère.Sa prodigue amitié ne se réserve rien :

Votre nom est dans Ko me aussi saint que le Sien ;À peine parle t on de la triste Oetavie.

Auguste votre aïeul honora moins Livie :

Néron devant sa mère a permis le premierQuon portât les faisceaux couronnés de laurier.Quels effets voulez-vous de sa rcconnoissance?AGRIPPINE.

Un peu moins de respect, et plug de confiance.Tous ces présents , Albine , irritent mon dépit :

Je vois mes honneurs croître, et tomber mon crédit.Non,non, le temps nest plus que Néron, jeuneencore ^ r ',

Me renvoyoil les vœux dune cour qui ladore ;Lorsqu'il se reposoit sur moi de tout létat :

Que mon ordre au palais assembioit le .énat;

El que derrière un voile, invisible et présente,Jélnis de ce grand corps lâme Louie-puissanle.Des volontés de Rome alors mal assuré , 1

Néron de sa grandeur nétoit point enivré.

Ce jour, ce triste jour frappe encor ma mémoire , Néron fut lui-même ébloui de sa gloire,Quand les ambassadeurs de tant de rois diversVinrent le reeotmoître au nom de lunivers.

Sur son troue avec lui jallois prendre ma place :Jignore quel conseil prépara ma disgrâce ;

Quoi quil eu soit, Néron, daussi loin quil me vit,Laissa sur son visage éclater son dépit.

Mon cœur même eu conçut un malheureux augure.Lingrat, dun faux respect colorant son injure ,Se leva par avance ; et, courant membrasser,

Il m'écarta du trône je mallois placer.

Depuis ce coup fatal, le pouvoir dAgrippineVers sa chute à grands pas chaque jour sache-mine 2K .

T/ombre seule men reste ; et l'on nimplore plusQue le nom de Sénèque et lappui de Burrhus.

ALBINE.

Ali 1 si de ce soupçon votre âme est prévenue,Pourquoi nourrissez-vous le venin qui vous lue ?Allez avec César vous éclaircir du moins.

AGRIPPINE.

César ne me voit plus, Albine , sans témoins :

Kit public, à mon heure, on me donne audience.Sa réponse est dictée, et même son silence.

Je vois deux surveillants , ses maîtres cl les miens,Présider lun ou lautre à lous nos entretiens.

Mais je le poursuivrai daulant plus quil mévite :De son désordre, Albine, il faut que je profite.Jentends du bruit ; on ouvre. Allons subitementLui demander raison de cet enlèvement :Surprenons , sil se peut, les secrets de son âme-Mais quoi ! déjà Burrhus sort de chez lui !

SCÈNE II.

AGRIPPINE , BURRHUS, ALBINE.

BÜRRULS.

Madame,

Au nom de l'empereur jallois vous informerDun ordre qui dabord a pu vous alarmer,

Mais qui nest que l'effet dune sage conduite,Dont César a voulu que vous soyez instruite 2 ?.

AGRIPPINE.

Puisquil le veut, entrons : il men instruira mieux.BORRHPS.

César pour quelque temps sest soustraità nos yeux.Déjàpar une, porte, au public moins connueLun et lautre consul vous avoient prévenue ,Madame. Mais souffrez que je retourne exprès...

AGRIPPINE.

Non , je ne trouble point ses augustes secrets ;Cependant voulez-vous quavec moins de contrainteLuu et lautre une fois nous nous parlions sansfeinte ?

BPRJUICS.

Burrhus pour le mensonge eut toujours trop d'hor-reur 28 .