ACTE I, SCENE I —II. 161
D’une longue vertu laisse un jour le modèle ?
Ai-je mis dans main le timon de l’étatPour le conduire au gré du peuple et du sénat?
Ah ! que de In pairie il soit, s’il yeut, Je père:
Mais qu’iî songe un peu plus qu’Agrippine est samère.
De quel nom cependant pouvons-nous appelerL’altcniat que le jour vient de nous révéler ?
Jl sait, car leur amour ne peut être ignorée »
Que de Biilnnnicus Jurvic est adorée :
Et ce même Néron , que la vertu conduit,
Fait enlever Junie au milieu de la nuit !
Que veut-il ? Est-ce haine, est-ce amour quiJ’iDspire ?
Cherehe-l-jl seulement le plaisir de leur nuire;
Ou plutôt n’est-ce point que sa malignitéPunit sur eux l’appui que je leur ai prêté ?
^ Al-BINF.
Vous leur appui 1 * madame?
AGRIPPINE.
Arrête, chère Alhincl
Je sais que j’ai moi seule avancé leur ruine ;
Que du trône, où le sang l’a dû faire monter ,Britannicus par moi s’est vu précipiter.
Par moi seule , éloigné de l’hymen d’Octavie 2 5 ,Le frère de Junie abandonna la vie ,
Silanus , sur qui Claude ovoit jeté les yeux ,
El qui comptoit Auguste au rang de ses aïeux.Néron jouit de tout : cl moi, pour récompense ,
Ii faut qu’entre eux et lui je tienne la balance ,Afin que quelque jour, par une même loi,Britannicus la tienne entre mon fils et moi 2 *.AI.BINE.
Quel dessein !
AGRIPPINE.
Je m’assure un port dans la tempête.Néron m’échappera , si ce frein ne l’arrête.
Aï. BINE.
Mais prendre contre un fils tant de soins superflus?
AGRIPPINE.
Je le craindrois bienLôt, s’il ne me craignoil plus.ALDINE.
Une juste frayeur vous alarme peut-être.
Mais si Néron pour vous n’est plus ce qu’il doit être,Du moins son changement ne vient pas jusqu’ànous ,
El ce sont des secrets entre César et vous.Quelques titres nouveaux que Borne lui défère,Néron n’en reçoit point qu’il ne donne à sa mère.Sa prodigue amitié ne se réserve rien :
Votre nom est dans Ko me aussi saint que le Sien ;À peine parle t on de la triste Oetavie.
Auguste votre aïeul honora moins Livie :
Néron devant sa mère a permis le premierQu’on portât les faisceaux couronnés de laurier.Quels effets voulez-vous de sa rcconnoissance?AGRIPPINE.
Un peu moins de respect, et plug de confiance.Tous ces présents , Albine , irritent mon dépit :
Je vois mes honneurs croître, et tomber mon crédit.Non,non, le temps n’est plus que Néron, jeuneencore ^ r ',
Me renvoyoil les vœux d’une cour qui l’adore ;Lorsqu'il se reposoit sur moi de tout l’état :
Que mon ordre au palais assembioit le .‘énat;
El que derrière un voile, invisible et présente,J’élnis de ce grand corps l’âme Louie-puissanle.Des volontés de Rome alors mal assuré , 1
Néron de sa grandeur n’étoit point enivré.
Ce jour, ce triste jour frappe encor ma mémoire ,Où Néron fut lui-même ébloui de sa gloire,Quand les ambassadeurs de tant de rois diversVinrent le reeotmoître au nom de l’univers.
Sur son troue avec lui j’allois prendre ma place :J’ignore quel conseil prépara ma disgrâce ;
Quoi qu’il eu soit, Néron, d’aussi loin qu’il me vit,Laissa sur son visage éclater son dépit.
Mon cœur même eu conçut un malheureux augure.L’ingrat, d’un faux respect colorant son injure ,Se leva par avance ; et, courant m’embrasser,
Il m'écarta du trône où je m’allois placer.
Depuis ce coup fatal, le pouvoir d’AgrippineVers sa chute à grands pas chaque jour s’ache-mine 2K .
T/ombre seule m’en reste ; et l'on n’implore plusQue le nom de Sénèque et l’appui de Burrhus.
ALBINE.
Ali 1 si de ce soupçon votre âme est prévenue,Pourquoi nourrissez-vous le venin qui vous lue ?Allez avec César vous éclaircir du moins.
AGRIPPINE.
César ne me voit plus, Albine , sans témoins :
Kit public, à mon heure, on me donne audience.Sa réponse est dictée, et même son silence.
Je vois deux surveillants , ses maîtres cl les miens,Présider l’un ou l’autre à lous nos entretiens.
Mais je le poursuivrai d’aulant plus qu’il m’évite :De son désordre, Albine, il faut que je profite.J’entends du bruit ; on ouvre. Allons subitementLui demander raison de cet enlèvement :Surprenons , s’il se peut, les secrets de son âme-Mais quoi ! déjà Burrhus sort de chez lui !
SCÈNE II.
AGRIPPINE , BURRHUS, ALBINE.
BÜRRULS.
Madame,
Au nom de l'empereur j’allois vous informerD’un ordre qui d’abord a pu vous alarmer,
Mais qui n’est que l'effet d’une sage conduite,Dont César a voulu que vous soyez instruite 2 ?.
AGRIPPINE.
Puisqu’il le veut, entrons : il m’en instruira mieux.BORRHPS.
César pour quelque temps s’est soustraità nos yeux.Déjàpar une, porte, au public moins connueL’un et l’autre consul vous avoient prévenue ,Madame. Mais souffrez que je retourne exprès...
AGRIPPINE.
Non , je ne trouble point ses augustes secrets ;Cependant voulez-vous qu’avec moins de contrainteL’uu et l’autre une fois nous nous parlions sansfeinte ?
BPRJUICS.
Burrhus pour le mensonge eut toujours trop d'hor-reur 28 .