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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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ACTE II, SCENE IIIVI.

NÉRON.

Et ce sont ces plaisirs et ces pleurs que ferme ,Que tout autre que lui me paieroit de sa vie.Mais je garde à ce prince un traitement plus doux :Madame , il Ta bientôt paroître devant vous.

J II NIE.

Ah! seigneur, vos vertus mont toujours rassurée.

NÉRON.

Je pouvoîs do ces lieux lui défendre lentrée ;Mais, madame, je veux prévenir le danger son ressentiment le pourroit engager.

Je ne veux point, le perdre : il vaut mieux queltii- me

Entende son arrêt de la bouche qu il aime.

Si ses jours vous sont chers , éloignez-le de vousSans quil ait aucun lieu de me croire jaloux.

De son bannissement prenez sur vous lotîense ;Et. soit pur vos discours , soit par votre silence ,Du moins par vos froideurs , faites-lui concevoirQuil doit porter ailleurs ses vœux et son espoir.

JOUE.

Moi ! que je lui prononce un arrêt si sévère 1Ma bouche mille fois lui jura le contraire.

Quand même jusque je pourvois me trahir,Mes yeux lui défendront, seigneur, de mobéir.

NÉRON.

Caché près de ces lieux , je vous verrai, madame.Renfermez votre amour dans le fond de votre âme :Vous naurez point pour moi de langages secrets :Jentendrai des regards que vous croirez muets ;

Et sa perte sera Linfaillible salaireDuDgeste ou dun soupir échappé pour lui plaire

J LIME.

Hélas! si jose encor former quelques souhaits ,Seigneur, permetlez-moi de ne le voir jamais!

SCÈNE ÏY.

NÉRON, JUNIE, NARCISSE.

NARCISSE.

Britannicus, seigneur, demande la princesse ;

11 approche.

NÉRON.

Qu'il vienne.

JUNIE.

Àh ! seigneur.

NÉRON.

Je vous laisse.

Sa fortune dépend de vous plus que de moi :Madame, en le voyant, songez que je vous voi.

SCÈNE Y.

JUNIE, NARCISSE.

JUNIE.

Ah ! cher Narcisse, cours au-devant de ton maître ;Dis-lui... Je suis perdue 1 et je le vois paroître.

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SCÈNE YI.

BRITAMlCliS, JUNIE, NARCISSE.

BRITANNICUS.

Madame, quel bonheur me rapproche de vous 6 3 ?

Quoi ! je puis donc jouir dun entretien si doux ?

Mais parmi ce plaisir quel chagrin me dévore 3 9 !Hélas! puis-je espérer de vous revoir encore?

Faut-il que je dérobe , avec mille détours,

Un bonheur que vos yeux maceordoient tous lesjours ?

Quelle nuit! Quelrévcit! Vosplenrs, votre présenceNont point de ces cruels désarmé l'insolence !

Que faisoit votre amant? Quel démon envieuxMa refusé l'honneur de mourir à vos yeux ?

Hélas! dans la frayeur dont vous étiez atteinte,Mavez-vous , en secret, adressé quelque plainte ?

Ma princesse, avez-vous daigné me souhaiter?Songiez-vous aux douleurs que vous malliez coûter?Vous ne me dites rien! Quel accueil! quelle glace !

Est ce ainsi que vos yeux consolent ma disgrâce 6o ?Parlez : nous sommes seuls. Notre ennemi trompé,Tandis que je voua parle , est ailleurs occupé.Ménageons les momeuts de cette heureuse absence.

JUNIE.

Vous êtes en des lieux tout pleins de sa puissance :

Ces murs même, seigneur, peuvent avoir des yeux;

Et jamais lempereur nest absent de ces lieux.

BRITANNICUS.

Et depuis quand , madame, êtes-vous ai craintive?

Quoi ! déjà votre amour souffre quon le captive ?Quesl devenu ce cœur qui me juroit toujoursDe faire à Néron même envier nos amours?

Mais bannissez, madame, une inutile crainte ;

La foi dans tous les cœurs ncsl pas encore éteinte:Chacun semble des yeux approuver mon courroux;

La mère de Néron se déclare pour nous.

Rome , de sa conduite elle-même offensée...

JUNIE.

Ah, seigneur! vous parlez contre votre pensée.Vous-même , vousmavez avoué mille fois 62Que Rome le louoit dune commune voix ;

Toujoursà sa vertu vous rendiez quelque hommage.Sans doute la douleur vous dicte ce langage.

BRITANNICUS.

Ce discours me surprend , il le faut avouer :

Je ne vous cherchons pas pour lentendre louer.

Quoi ! pour vous confier la douleur qui maccableA peine je dérobe un moment favorable;

Et ce moment si cher, madame , est consuméA louer lennemi dont je suis opprimé !

Qui vous rend à vous-même , en un jour , si con-traire ?

Quoi! même vos regards ont appris à se taire 6 9 ?

Que vois'je ? Vous craignez de rencontrer mes yeux !Néron yuus plairoit-il? Vous serois-je odieux ?

Ah ! si je le croyois !... Au nom des dieux, madame,Eclaircissez le trouble vous jetez mon âme.

Parlez. Ne suis-je plus dans votre souvenir ?

JUNIE.

Retirez-vous, seigneur; lempereur va venir. j

BRITANNICUS.

Après ce coup, Narcisse, à qui dois-je mattendre 6 5 ?