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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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BRITANNICUS.

168

SCÈNE VII.

NÉRON, JUNIE, NARCISSE.

NÉRON-

Madame...

i rxiK.

Nou, seigneur, je ne puis rien entendre.Vous êtes obéi. Laissez couler du moinsDes larmes dont ses yeux ne seront pas témoins.

SCÈNE VIII.

NÉRON, NARCISSE.

NLKON,

Hé bien ! de leur amour tu vois la violence ,Narcisse : elle a paru jusque dans son silence !Elle aime mon rival , je ne puis l’ignorer;

Mais je mettrai ma joie à le désespérer.

Je nie lais de sa peine une image nbarnianle ;

Et je l’ai vu douter du cœur de son amante.

Je La suis. Mon rival t’attend pour éclater :

Par de nouveaux soupçons.va,cours le tourmenter;El tandis qu’à mes yeux on le pleure , on l’adore,Eais-lui payer bien cher un bonheur qu’il ignore.

NARCISSE , Seul.

La fortune t’appelle une seconde fois >

Narcisse ; voudrois tu résister à sa voix ?

Suivons jusques au bout ses ordres favorables ;

Et, pour nous rendre heureux , perdons les misé-rables.

ACTE TROISIÈME 6 4 .

SCÈNE I.

NÉRON, BCRIiHüS.

ItüMtHÜS.

Pallas obéira, seigneur.

NÉRON.

Et de quel œil

Ma mère a-t-elle vu confondre son orgueil ?

BURimrs.

Ne doutez point, seigneur, que ce coup ne la frappe ;Qu’en reproches bientôt sa douleur ne s’échappe.Ses transports dès long-temps commencent d'éclater ;A d’inutiles eris puissent-ils s'arrêter 1NÉRON.

Quoi ! de quelque dessein la croyez-vous capable !

BURUUUS.

Agrippine , seigneur . est toujours redoutable :Rome et tous vos soldats révèrent scs aïeux ;Germanicus sou père est présent à leurs yeux.

Elle sait son pouvoir : vous savez son courage :

Et ce qui me la fait redouter davantage,

C’est que vous appuyez vous-même son courroux ,

El que vous lui donnez des armes contre vous.

IÇSiltON.

Moi, Btirrhus?

BCRRHUS.

Cet aruour, seigneur, qui vous possède,.,

NÉRON.

Je vous entends, Rurrhus. Le mal est sans remède :Mon cœur s’en est plus dit que vous ne m’en direz;Il faut que j’aime enfin.

BTRRHU8.

Vous vous le figurez,Seigneur ; et, satisfait de quelque résistance ,

\ ous redoutez un mal foiblc dans sa naissance.Mais si dans son devoir votre cœur affermi"Youloit ne point s’entendre avec son ennemi :

Si de vos premiers ans vous consultiez la gloire ;

Si vous daigniez , seigneur , rappeler la mémoireDes vertus d’Qplavie indignes de ce prix,

Et de son chaste amour vainqueur de vos mépris;Surtout si, de Junie évitant la présence ,

Vous condamniez vos yeux à quelques jours d’ab-sence ;

Croyez-moi, quelque amour qui semble vous char-mer .

Oc ifaime point, seigneur, si l’on ne veut aimer.

NÉRON.

Je vous croirai, Rurrhus, lorsque dans les alarmes]I faudra soutenir la gloire de nos armes ,

Ou lorsque, plus tranquille , assis dans le sénat ,Il faudra décider du destin de l’état ;

Je m’en reposerai sur votre expérience.

Mais, croyez-moi, l’amour est une autre science,jBurrhus : et je ferois quelque difficultéD'abaisser jusque là votre sévérité-Adieu. Je souffre trop , éloigné de Junie.

SCÈNE II.

BüRRIIUS.

Enfin , Rurrhus, Néron découvre son génie ;

Celte férocité que lu eroyois fléchir,

Bq tes faibles liens est prête à s’affranchir.

En quels excèspeul-èlre elle va se répandu; IO dieux! en ce malheur quel conseil dois-jeprendre ?

Sénèque , dont les soins me devroienl soulagée 6 4 ;Occupé loin de Rome, ignore ce danger.

Mais quoi ! si , d’Agrippine excitant la tendresse ,Je pou vois.., La voici : mon bonheur me l’adresse.

SCÈNE III.

AGRIPPINE. RtJRRIIUS, ALBINE.

AGRIPPINE.

lié Lien ! je me trompois, Rurrhus, dans messoupçons ?

Et vous vous signalez par d’illustres leçons !

On exile Pallas , dont le crime peut-êtreEst d’avoir à l’empire élevé votre maître.

Vous le savez trop bien; jamais, sans ses avis,Claude qu’il gouvernoil n’eût adopté mon fils.

Que dis-je ? A son épouse on donne une rivale ;

On affranchit Néron de la foi conjugale :