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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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ACTE IV,

SCÈNE IV. i 7 5

NARCISSE.

SCÈNE IV.

Et prenez-vous , seigneur, leurs caprices pourguides ?

Avez-vous prétendu qu’ils se tairoîent toujours ?

NÉRON, NARCISSE.

Est-ce à vous de prêter l’oreille à leurs discours ?

De vos propres désirs perdez-vous la mémoire ?

NARCISSE.

Et serez-vous le seul que vous n’oserez croire ?

Seigneur, j’ai tout prévu pour une mort si juste 8 9;

Mais, seigneur, les Romains ne vous sont pas

Le poison est fout prêt. La fameuse Locuste 9 '*

connus ;

A redoublé pour moi ses soins officieux :

Non, non, dans leurs discours ils sont plus retenus.

Elle a fait expirer un esclave à mes yeux;

Tant de précaution alfoiblit votre règne :

Et le fer est moins prompt, pour trancher une vie,

Ils croiront, en effet, mériter qu’on les craigne.

Que le nouveau poison que sa main me confie.

• Au joug , depuis long-temps , ils se sont façonnés ;

NÉRON.

Ils adorent la main qui les tient enchaînés.

Narcisse , c’est assez ; je reconnois ce soin ,

Vous les verrez toujours ardents à vous complaire:

Et ne souhaite pas que vous alliez plus foin.

Leur prompte servitude a fatigué Tibère 9

NARCISSE.

Moi même , revêtu d’un pouvoir emprunté,

Quoi ! pour Britannicus votre haine affoiblie

Que je reçus de Claude avec la liberté,

Me défend...

J’ai cent fois , dans le cours de ma gloire passée,

NÉRON.

Tenté leur patience , et ne l'ai point lassée.

Oui, Narcisse : on nous réconcilie.

D un empoisonnement vous craignez la noirceur?

NARCISSE.

Faites périr le frère, abandonnez la sœur ;

Je me garderai bien de vous en détourner.

Rome, sur les autels prodiguant les victimes ,

Seigneur. Mais il s’est vu tantôt emprisonner :

l'ussent-ils innocents, leur trouvera des crimes :

Cette offense en son cœur sera long-temps nou-

Vous verrez mettre au rang des jours infortunés

Telle.

Ceux où jadis la sœur et le frère sont nés.

II n’est point de secrets que le temps ne révèle :

NÉRON.

Il saura que ma maiu lui devoit présenter

Narcisse,encore un coup, je ne puisl’entreprendre.

Un poison que votre ordre avoit fait apprêter.

J’ai promis à Burrhus, il a fallu me rendre.

Le? dieux de ce dessein puissent-ils le distraire !

Je ne veux point encore, en lui manquant de foi.

Mais peut-être il fera ce que vous n’osez faire.

Donner à sa vertu des armes contre moi.

NÉRON.

J’oppose à ses raisons un courage inutile :

On répond de son cœur ; et je vaincrai le mien-

Je ne l’écoute point avec un cœur tranquille.

NARCISSE.

NARCISSE.

Et l’hymen de Junic en est-il le lien ?

Burrbus ne pense pas, seigneur, tout ce qu’il dit :

Seigneur, lui faites-vous encor ce sacrifice I

Son adroite vertu ménage son crédit ;

NÉRON.

Ou plutôt ils n’ont tous qu'une même pensée :

C’est prendre trop de soin. Quoi qu’il en soit,

Ils verroient par ce coup leur puissance abaissée;

Narcisse,

Vous seriez hbre alors, seigneur ; et devant vous,

Je ne le compte plus parmi mes ennemis.

Ces maîtres orgueilleux fléebiroient comme nous.

NARCISSE.

Quoi donc ! ignorez-vous tout ce qu’ils osent dire ?

Agrippine , seigneur, se l’ètoit bien promis :

«Néron, s’ils en sont crus, n’est point né pour

Elle a repris sur vous son souverain empire.

1 empire ;

NÉ BON.

‘ Il ne dit, il ne fait que ce qu’on lui prescrit :

Quoi donc? Qu’a-t-elle dit? Et que voulez-vous dire 91 ?

‘Burrbus conduit son cœur, Sénèque son esprit.

NARCISSE.

« Pour toute ambition, pour vertu singulière,

Elle s’en est vantée assez publiquement.

« Il excelle à conduire un char dans la carrière:

NÉRON.

« A disputer des prix indignes de ses mains ,

De quoi ?

• A se donner lui-même en .spectacle aux Romains,

-NARCISSE.

< A venir prodiguer sa voix sur un théâtre ,

Qu’elle n’avoit qu’à vous voir un moment 9fl ;

i A réciter des chants qu’il veut qu’on idolâtre;

Qu’à tout ce grand éclat, à ce courroux funeste ,

« Tandis que des soldats, de moments en moments,

Onverroil succéder un silence modeste;

» Vont arracher pour lui des applaudissements.»

Que vous-même a la paix souscririez le premier:

Ab! ne voulez-vous pas les forcer à se taire 94 1

Heureux que sa bonté daignât tout oublier.

NÉRON. -

NÉRON.

Viens, Narcisse : allons voir ce que nous devons

Mais , Narcisse , dis-moi, que veux-tu que je fasse?

Je n’ai que trop de pente à punir son audace;

Et, si je m’en croyois , ce triomphe indiscret

Seroit bientôt suivi d’un éternel regret.

Mais de tout l’univers quel sera le langage ?

Sur les pas des tyrans veux-lu que je m’engage ,

Et que Rome . effaçant tant de litres d’honneur,

Me laisse pour tous noms celui d’empoisonneur?

Ilg mettront ma vengeance au rang des parricides,

1

faire.