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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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BRITANNICUS.

£7 6

ACTE CINQUIÈME.

SCÈNE ï.

BRITAMICIS, IUKIE.

BRU ANN ICUS.

Oui, madame, Néron, qui l’auroit pu penser!Dans son appariement m’altendpour m’embrasser.Il y Fait de sa cour inviter la jeunesse;

Jl veut que d’un festin la pompe et l’allégresseConfirment à leurs yeux la foi de nos serments,Et réchauffent l’ardeur de nos embrassements ;

Il éteint cet amour, source de tant de haine;

11 vous fait de mon sort arbitre souveraine.

Pour moi, quoique banni du rang de mes aïeux *Quoique de leur dépouille il se pare à mes yeux ;Depuis qu’à mon amour cessaut d’être contraireIl semble me céder la gloire de vous plaire ,

Mon cœur, je l’avouerai, lui pardonne en secrel,El lui laisse le reste avec moins de regret.

Quoi! je ne serai plus séparé de vos charmes,Quoi! même en ce moment, je puis voir sansalarmes

Ces yeux que n’ont émus ni soupirs ni terreur,Qui m’ont sacrifié l’empire et l’empereur!

Ali, madame!... Mais quoi! Quelle nouvelle crainteTient parmi mes transports votre joie en contrainte?D’où vient qu’en m’écoutant, vos yeux, vos tristesyeux

Avec de longs regards se tournent vers les cieux ?Qu’est-cc que vous craignez ?

J0NIK.

Je l’ignore moi-même ;

Mais je crains.

BRITANNICIS.

Vous m’aimez?

JUNTE.

Hélas! si je vous aime!

BRITANNICCS.

Néron ne trouble plus notre félicité.

JONIE.

Mais me répondez-vous de sa sincérité ?

BBITANNICTTS.

Quoi ! vous le soupçonnez d’une haine couverte ?

JUNTE.

Néron m’aimoit tantôt, il juroit votre perte :

Il me fuit, il vous cherche : un si grand changementPeut-il être, seigneur, l’ouvrage d’un moment ?

SKITANNrCUS.

Cet ouvrage madame est un coup d’Agrippine :Elle a cru que rua perte entraînoit sa ruiue.Graccviux préventions de son esprit jaloux.

Nos plus grands ennemis ont combattu pour nous.3e m'en fie aux transports qu’elle m'a fait paroitre.Je m'en fie à Burrhus; j’en cioismême son maître:Je crois qu’à mon exemple, impuissant à trahirIl hait à cœur ouvert, ou cesse de haïr.

Jt'NIK.

Seigneur, ne jugez pas de son cœur par îe vôtre :Sur des pas différents vous marchez l’un et l’autre.Je ne comioisNéron et la cour que d’un jour,

Mais, si j’ose le dire, hélas! dans celle courCombien tout ce qu’on dit est loin de ce qu’onpense !

Que la bouche et le cœur sont peu d’intelligence!Avec combien de joie on y trahit sa foi !

Quel séjour étranger et* pour vous et pour moi!

BRITANNICCS.

Mais que son amitié soit vèritable'ou feinte,

Si vous craignez Néron, lui-même est-il sans crainte ?Non , non , il n’ira point, par un lâche attentat,Soulever contre lui le peuple et le sénat.

Que dis-jc? Il reconnoîl sa dernière injustice ,

Ses remords ont paru, même aux yeux de Narcisse.Ah! s’il vous avoit dit, ma princesse, à quel point...JTTNIE.

Mais Narcisse , seigneur, ne vous trahit-il point?

BRIIANSICCB.

Et pourquoi voulez-vous que mon cœur s’en défie?JOME.

Et que sais-je ? Il y va, seigneur, de votre vie :

Tout m’est suspect: je crains que tout ne soit séduit:

Je crains Néron , je crains le malheur qui me suit.D’un noir pressentiment malgré moi prévenue,

Je vous laisse à regret éloigner de ma vue 9 6 .

Hélas! si cette paix dont vous vous repaissezCouvroit contre vos jours quelques pièges dressés :

Si Néron, irrité de notre intelligence ,

Avoit choisi la nuit pour cacher sa vengeance ;

S’il préparoit ses coups tandis que je vous vois,

El si je vous parlois pour la dernière fois !

Ah, prince!

BEITANNICTS.

Vous pleurez! Ah, ma chère princesse!

Et pour moi jusque là votre cœur s’intéresse!

Quoi, madame, en un jour où plein de sa grandeurNéron croit éblouir vos yeux de sa splendeur ,

Dans des lieux où chacun me fuit et le révère ,

Aux pompes de sa cour préférer ma misère !

Quoi! dans ce même jour et dans ces mêmes lieux,.Refuser un empire, et pleurer à mes yeux !

Mais , madame, arrêtez ces précieuses larmes :

Mon retour Ta bientôt dissiper vos alarmes.

Je me rendrois suspect par un plus long séjour 3 7 .Adieu. 3e vais , le cœur tout plein de mon amour,

Au milieu des transports d’une aveugle jeunesse ,

Ne voir, n’entretenir que ma belle princesse 9®.Adieu.

JÜNIK.

Prince...

BRITANNICCS.

On m’attend, madame, il faut partir.

JDN1E.

Mais du moins attendez qu’on vous Tienne avertir.

SCÈNE II.

BRITANNICUS, AGRIPPINE ,JUNIE.

AGRIPPINE.

Prince , que tardez-vous? Partez en diligence.

Néron impatient se plaint de votre absence.

La joie et le plaisir de tous les conviésAttend, pour éclater, que vous vous embrassiez.

Ne fai tes point languir une si juste envie ;

Allez. Et nous, madame , allons chez Octavie.