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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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NOTES DE KRITANNICUS.

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Quand on se moquoit de ce début, il se moquoit j

des critiques on leur citant le vers de Racine, et j

ue doutoit pas que ce ne fût la môme chose. Cest 'pareeque beaucoup de gens sont capables de pa-reilles méprises , que le détail nous sommes en-tres peut être bon à les détromper. La Harpe. ,Hans les variantes des Plaideurs, on lit ces deuxvers, dont Racine a pu se souvenir ici :

Le beau plaisir d'aller, tout mourant de sommeil,

A la porte dun juge attendre son réveil. Aigxan.

23 XI y a dans ces yers plusieurs consonnancesqui nuisent à lharmonie , Octavie, Junie, la vie.

Le second est surtout vicieux, pareeque les deuxhémistiches liment ensemble, liais le plus granddéfaut de cette période, cest que les deux der-niers vers maiiq uent de clarté. Agrippine veut direquelle fit également périr Silanus. Lexpressionest vicieuse , et ces mois, par moi sottie abandonnala vie, devroient être reportés après le derniervers. Geoffroy.

Le sens de ces deux vers nest pas bien net :on entend parfaitement comment Agrippine lientla balance cuire Néron et Brilannicus ; mais onnenleml pas si bien commentBritannicus, quelquejour, tiendra la balance entre Néron et sa mère.Néron, couronné par sa mère, peut craindrequelle ne fasse un jour pour Bri tannicu« ce quellea fait pour son fils; mais Agrippine doit savoirque , si Britanuicus reprenait jamais la puissance ,ce ne pourroil être que pour se venger. Geoffroy.Léternelle illusion des ambitieux et des traîtresest de croire que leurs services ne cesseront jamaisdêiro agréables à ceux à qui ils les rendent. Voilàle sens des vers de Racine. Aicnax.

8 5 Le temps n'est plus que, etc. , ne sauroit seconstruire par la grammaire générale : c'est unvéritable gallicisme , cest-à-dire un tour de phraseparticulier à la langue francoise, et quil est bonde conserver, surtout en vers, la particule, quiest régulière dans celte phrase, nétant pas tou-jours favorable à loreille. La Harpe.

3 s Ce vers est une imitation dun fort beau versde Corneille , qui, dans yiromede, dit en pai lanlde Rome :

Sa sagesse profonde

Sachemine à grands pas ver» lempire du monde.

Lexpression est heureuse , en ce que sacheminer,qui nest pas du style noble , est relevé par cetteopposition à grands pas, et que le tout ensembleforme une image à la fois naturelle et grande ,quand il sagit de lempire du monde. Il étoit per-mis à Racine , qui créoit tant dexpressions , denemprunter quelquefois; mais javoue que, quoi-que celles-ci soient bien placées, elles perdentbeaucoup en rappelant loriginal. S'achemine seulà la fin duu vers ne me paroît pas dun aussi boneffet quau commencement et avec à grand pas.Hans Corneille , le vers marche aven Rome : lebut lon marche nest quà la lin du vers : cedoit être lelînt de la phrase , et ici linversion ledétruit. Le vers de Racine dit bien ce quil doitdire : celui de Corneille rend sensible une grandeidée par la figure et par Je nombre. Mais quand

Racine, un moment après, dit en parlant deNéron :

Sa réponse est dictée, et même son silence,

l dicter un silence 1 ) il ne prend rien à personne ,pas même à Tacite : il peint, comme lui, pardes expressions que le génie seul sait rapprocher.

La Harpe.

27 Racine a un peu sacrifié la grammaire àlharmonie en préférant ici soyez à fussiez. Il lepouvoit sans être décidément inexact, pareeque1e verbe exprime un état permanent auquel nesattache aucune idée dantériorité. Aignax.

a 8 Si la phrase étoit absolue , lexpression neseroit pas juste t car on ne peut jamais avoir tropdhorreur pour le mensonge. La phrase est elliptique,et lellipse se rapporte à ce qui précède. Voulez-vous que nous parlions sans feinte ? Je. hais trop lemensonge pour rien feindre. La IIarpe.

29 Cette construction est remarquable. Lagrammaire demanderoit. Disputez-vous à qui mef-facera... La gloire est de trop pour la règle, oubien il faudroit la gloire de meffacer. Mais connuela phrase est suspendue par lintervalle dun versà un autre, le poète a trouvé moyen de mettreune idée de plus à la faveur dune espèce dellipsequil laisse remplir à limagination. Disputez-vousla gloire, en disputant ù qui... et la clarté et laplénitude du sens font oublier l'irrégularité. Maison ne saxiroit trop redire que ces sortes de har-diesses ne doivent être risquées que par le talentassez sûr de Jui-inême pour juger ce quon peuthasarder contre la grammaire en la faisant oublier,cest-à-dire sans blesser loreille et la raison , quine manquent jamais de réclamer la règle dès quelirrégularité se fait sentir. Lart de Racine consisteà la dérober, et cet art nappariient quau génie.

La IIvrve.

50 Pour être : la clarté exigeroil que lon dît enprose pour que vous soyez, et non pas pour être. Oudiroit bien ; Fous ai-je confié mon fils pour être voireesclave ? Mais on ne pourroit pas dire : Vous ai-jeconfié mon fils pour être son tyran ? Geoffroy.

81 Et moi qui, etc. Le désordre de cette con-struction peint le trouble qui agite Agrippine : cestun effet de l'art. Racine a très heureusementimité ce tour de Virgile (Æneid., lib. I, v. 5o et 5 jJ:

«Ast ego , qufc Hivum iucedo regina , Jovisque«Et soror et conjux. »

Agrippine fut la sœur de lempereur Caïus Cali*gula , la femme de lempereur Claude , la mère delempereur Néron. Tacite observe quAgrippineolîroit « un exemple unique jusqualors duneprincesse fille, femme, sœur et mère dempereur.*

«Qiinm imperatore genilam , gororem ejus quirerum potitus sil, et conjugcm et matrern fuisseunicum ad hune diem exemplum est. » ( Annal. ,lib. XII, cap. 4s- ) Tacite donne à Gcrmanicus,père dAgrippine, le titre û'imperator, pareequillavoit reçu réellement du sénat, sur lapprobationmême de Tibère , lorsquil ramena son armée etreçut le nom dempereur, après la défaite des