xS2 NOTES DE BRITANNICUS.
Cattes. « Exercitum reduxit, nomenque impera-toris acccpil. » ( Annal., lib. T, c. 58) Mais ce litred’empereur n’avoit point le sens que nous attachonsaujourd’hui à ce mot : ce u’étoit qu’un hounèursans puissance. Geoffroy.
59 Selon d’Olivet, la phrase de Racine est in-correcte, parcequ’on ne peut pas dire : Je puisl’instruire telle chose, je puis l’instruire combien.Racine le fils a remarqué queye puis l’instruire ale même sens que je puis lui apprendre, verbe quise construit avec combien. Toutes ces observationsgrammaticales importent peu. Il y a évidemmentune faute, mais elle ne choque ni l’oreille ni legoût, et pourrait meme donner à la langue unenouvelle locution. A. Martin.
55 Instruit dans l'ignorance est une expressionaussi juste que hardie. Pourquoi ? C’est qu’en effet,lorsqu’on n’élève un prince que pour régner sousson nom , on lui apprend surtout à ignorer tout cequ’il doit savoir, à négliger tout ce qu’il doit faire.On lui donne véritablement des leçons d’ignorance;mais pour s’exprimer ainsi, il faut saisir les idéesdans tous leurs rapports et dans ioute leur étendue :c’est le mérite des écrivains originaux , de, Tacitn,de Racine, de Bossuet, de Montesquieu, etc.C'est la force de leurs conceptions qui a fait leurstyle. Une cour en esclaves fertile, vieillir dans unelongue enfance, l'honneur de s’avilir, présententle même genre de beautés. C’est au lecteur à sup-pléer ce que ces phrases sous-entendent, et àsaisir la vérité de ce qui est sous-entendu. La II.
34 üe sa conduite, pour de sa personne, figureénergique et fort juste : c’est comme si Racineavoit dit- éloigner de sa conduite l’influence des fatteurs. Geoffruy.
Si L’expression de ce vers, comme le remarqueLa Harpe, est parfaitement conforme aux mœurs.On juroil par la tête , par le salut de César, et jurerainsi par tout autre eût été un crime de Ièse-tna-jesté. Racine s’est écarté de la vérilé historiqueen supposant qu’un pareil honneur étoit rendu àAgrippine , puisque , selon Tacite , ce fut un riesmoyens que Néron employa pour justifier la mortde sa mère.Ii dit dans une lettre adressée au sénaL :«Quod consortium imperii, juraturasque in fe-minæ verba prætorias cohortes, idemque dedecussenatus et populi speravisset. « — « Elle avoitespéré de puilager J’empire, de faire jurer auxcohortes prétoriennes obéissance à une femme , etque le peuple et le sénat descendraient jusqu’à lamême ignominie. » (Annal. , lib. XIV, cap. il. )
35 Tout l’empire n’est plus une dépouille enlevéepar un maître : voilà ce que le poète vcuLdire. Ledit-il ? La proie d’un maître étoit clair et juste ; j’ose-rois affirmer que ta dépouille n’est ni l’un ni l’autre.La dépouille de n’a jamais signifié, ne peut jamaissignifier que la dépouille prise à quelqu’un, prisesur quelque chose; ta dépouille des ennemis, la dé-pouille d'un pays, la dépouille d’un temple, etc.Donner à celte phrase un sens tout contraire , cen’est pas enrichir la langue, c’est la dénaturer.Plus cette espèce de faute est rare dans Racine »moins il est permis de la dissimuler. LaïIarpe.
s ? Nièce est ici poétiquement pour arrière-pe-tite-fille ; car Junie ne pouvoit appartenir de plus
près à Auguste qu'Agrippine, mère de Néron,qui n’éloit que la fille d’une petite-fille d’Auguste.Tacite dit expressément que Silanus, frère deJunie, étoit arrière-peuUfîls d’Auguste, Divi Au-gusti abnepos. [Annal., 1. NT.) L. Racine.
38 Dans l’édition d’Amsterdam, 1750 , et danstoutes les éditions de Didot, on lit :
Ne peut-il faire un pas, qu’il ne vous soit suspect ?
5 3 Expression qui est ici plus latine que fran-çoise. Diligence , en fraiiçois , signifie prompti-tude, activité. En latin il signifie proprementexactitude d'attention et de soin. LUteras tuas (cgidiligenter. — J’ai tu vos lettres avec soin, avecattention. La diligence d’un censeur est donc priseici pour l’attention à reprendre; et je crois qu’àla faveur de l’étymologie cet exemple peut êtresuivi, et donner à notre poésie un terme de plus.
La Harpe.
4 0 II y a dans ces deux vers un enjambementvicieux. Aignan.
4 1 Ici Je mot injure est pris dans le sens de tortfait ou reçu, cL d’outrage en action, et alors moninjure, ion injure, son injure, ne peuvent s’en-tendre que passivement, pour l’injure que l’onm’a faite, qu’on t’a faite, qu’on lui a faite. C’estl’iny'iirta des Latins , qui n’a pas d’autre acceptionchez eux que celle d’injustice, de violation dodroits, du mot jus, juris. Dans notre langue, ilsignifie encore paroles offensantes ; et alors il ne seprend jamais qu’activement avec le pronom. TelesL ce vers d’Iphigénie :
Soulfrirai-je à la fois ta gloire et tes injures ?
La Harpe.
4a Les yeux cl les beaux yeux revenoient beau-coup trop souvent dans Andromaque : c’éloient doces expressions parasites que no permet pas lestyle soutenu et soigné. Les beaux yeux particu-lièrement ne doivent guère entrer dans une tra-gédie ; c’cst un mot que la galanterie a rendu sitrivial, qu’elle l’a presque enlevé à l’amour. Onpeut le passer à l’extrême jeunesse de Brilannicus ;et désormais oit le verra très rarement dans lespièces de Racine. La Harpe.
43 Cette expression est figurée. La Harpe aobservé que la tristesse est appelée ici obscure ,parcequ’elle obscurcit le front, et celle dernièreexpression est elle-même une métaphore. D’ail-leurs, on dit fort bien une sombre tristesse ,• ainsil’analogie doit réclamer en faveur de tristesseobscure. A. Martin.
44 Les grammairiens ne sont pas d’accord surl’orthographe du participe laissé : les uus veulentqu’il s’accorde avec le régime qui le précède ,lorsqu’il est suivi d’un verbe neutre; les autres,qu’il soit invariable. La règle n'étoit pas mieuxétablie du temps de Racine que de nos jours, ila donc pu ne pas mettre le participe laissé au fé-minin : son exemple même doit être allégué enfaveur de ceux qui soutiennent que le participeest invariable. D’après cette opinion , le pronomle ne serait pas le régime de laissé, mais de laissé