i9 s BÉRÉNICE.
D’apprendre par ses pleurs à quel point elle l’aime :
Peut-être en ce moment je serois dans Ostie,
Je la Terrai gémir; je la plaindrai moi-môme.
S'il ne m’eût de sa cour défendu la sortie.
Pour fruit de tant d’amour, j’aurai le triste emploi
BÉRÉNICE.
De recueillir despleurs qui ne sont pas pour moi 6 8 .
Il vous cherche vous seul. Il nous évite tous.
ARSA.CE.
ANTIOCHUS.
Quoi! ne tous plairez-vou# qu’à vous gêner sans
Il ne m’a Teteou que pour parler de vous.
cesse 6 9 ?
BÉRÉNICE.
Jamais dans un grand cœur vit-on plus de foiblesse?
De moi, prince?
Ouvrez les yeux, seigneur, et songeons entre nous? 0
ANTIOCHE».
Par combien de raisons Bérénice est à vous.
Oui, madame.
Puisque aujourd’hui Titus ne pré tend piusiui plaire.
BÉRÉNICE.
Songez que votre hymen lui devient nécessaire.
Et qu’a- t-il pu vous dire?
ANTIOCHUS.
ÀNTIOCH trs.
Nécessaire ?
Mille autres mieux que moi pourront vous en
AR8A.CE.
instruire.
A ses pleurs accordez quelques jours ;
BÉRÉNICE.
De ses premiers sanglots laissez passer le cours ;
Quoi, seigneur!...
Tout parlera pour vous , le dépit, la vengeance,
ANTIOCHUS.
L’absence de Titus, le temps , votre présence,
Suspendez votre ressentiment.
Trois sceptres que son bras ne peut seul soutenir,
D’autres, loin de se taire en ce même moment ? 5 ,
Vos deux états voisins qui cherchent à s’unir;
Triompheroient peut-être, et, pleins de coniiance,
L’intérêt, la raison , l’amitié , tout vous lie.
Céderaient avec joie à votre impatience ;
antiocbcs.
Mais moi, toujours tremblant, moi, vous le savez
Ah 1 je respire , Arsace ; et tu me rends la vie :
bien,
J’accepte avec plaisir un présage si doux.
A qui votre repos est plus cher que le mien.
Que tardons-nous? Faisons ce qu’on attend de nous:
Pour ne le poiut troubler, j’aime mieux vous déplaire,
Entrons chez Bérénice; et, puisqu’on nous l’ordonne,
Et crains votre douleur plus que votre colère.
Allons lui déclarer que Titus l’abandonne...
Avant la fin du jour vous me justifierez.
Maispluiôtdemcurons.Quefaisois je?Est-ce à moi,
Adieu, madame.
Arsace, à me charger de ce cruel emploi?
BÉRÉNICE.
Soit vertu , soit amour, mou cœur s’en effarouche.
0 ciel ! quel discours ! Demeurez.
L'aimable Bérénice entendroit de ma bouche 71
Prince, c’est trop cacher mon trouble à votre vue :
Qu’on l’abandonne! Ab! reine, et qui l’auroit pensé
Vous voyez devant vous une reine éperdue ,
Que ce moL dût jamais vous être prononcé ? a J
Qui, la mort dans le seiu, vous demande deux
ARSACE.
mots 74 .
La baiue sur Titus tombera tout entière.
Vous craignez, dites-vous, de troubler mon repos ;
Seigneur, si vous parlez, ce n’est qu’à sa prière.
Et vos refus cruels , loin d’épargner ma peine ,
ANTIOCHUS.
Excitent ma douleur, ma colère, ma haine.
Non , ne la voyons point ; respectons sa douleur :
Seigneur, si mon repos vous est si précieux,
Assez d'autres viendront lui conter son malheur.
Si moi-même jamais je fus chère à vos yeux ,
Et ne la crois-tu pas assez infortunée
Eclaircissez le trouble où vous voyez mon âme :
D’apprendre à quel mépris Titus l'a condamnée,
Que vous a dit Titus ?
Sans lui donner encor le déplaisir fatal
ANTIOCDVS.
D’apprendre son mépris par son propre rival?
Au nom des dieux, madame...
Encore un coup, fuyons ; et, par cette nouvelle,
BÉRÉNICE.
Wallons point nous charger d’une haine iimnor-
Quoi J vous craignez si peu de me désobéir !
telle.
ANTIOCHUS.
ARSACE.
Je n’ai qu’à vous parler pour me faire haïr.
Ab! la voici, seigneur; prenez votre parti.
BÉRÉNICE.
Aimocuis.
Je veux que vous parliez.
0 ciel !
ANTIOCHUS.
Dieux! quelle violence !
SCÈNE III.
Madame , encore un coup, vous louerez monsileDce.
BÉRÉNICE , ANTIOCHUS , ARSACE ,
BÉRÉNICE.
Prince , dès ce moment contentez mes souhaits,
PHÉNICE.
Ou soyez de ma haine assuré pour jamais.
ANTIOCHUS.
BÉRÉNICE.
Madame, après cela , je ne puis plus me taire.
Hé quoi ! seigneur, vous n’ètcs point parti ?
Hé bien! vous le voulez , il faut vous satisfaire.
ANTIOCHUS.
Mais ne vous flattez point : je vais vous annoncer
Madame , je vois bien que vous êtes déçue ,
Peut-être des malheurs où vous n’osez penser.
Et que c’étoit César que ebereboit votre vue.
Je connois votre cœur : vous devez vous attendre
Mais n’accusez que lui, si, malgré mes adieux,
Que je le vais frapper par l’endroit le plus tendre.
De ma présence encor j'importune vos yeux.
Titus m’a commandé... I