ACTE III, SCÈNE III —IV. ACTE IV, SCÈNE I —II. 199
BÉRÉNICE.
Quoi?
AN’UOf.HCS.
De tous déclarer
Qu'à jamais l’un de l’autre il faut vous séparer.
BÉRÉNICE.
Nous séparer! Qui? Moi? Titus de Bérénice?iNTiocnrs.
Il faut que devant tous je lui rende justice :Tout ce que, dans un cœur sensible et généreux ,L’amour au désespoir peut rassembler d'affreux,Je l’ai vu dans le sien. Il pleure , il vous adore.Mais enfin que lui sert de vous aimer encore?Une reine est suspecte à l'empire romain.
Il faut vous séparer, et vous partez demain.
BÉRÉNICE.
Nous séparer ! Hélas ! Phénicc.
PHENICE.
Hé bien! madame,
JI faut ici montrer la grandeur de votre âme.
Ce coup sans doute est rude ; il doit vous étonner.
BÉRÉNICE.
Après tant de serments , Titus m’abandonner ITitus qui me juroit... Non , je ne le puis croire :
Il ne me quitte point ; il y va de sa gloire.
Contre son innocence on veut me prévenir.
Ce piège n'est tendu que pour nous désunir.Titus m’aime,Titus ne veut point que je meure.Allons le voir : je veux lui parler tout à l’heure.Allons.
ANTIOCHC8.
Quoi! vous pourriez ici me regarder...
BÉRÉNICE.
Vous le souhaitez trop pour me persuader.
Non, je ne vous crois point. Mais, quoi qu’il enpuisse être,
Pour jamais âmes yeux gardez-vous de paroître.
( à Phénice. )
Ne m’abandonne point dans l’état où je suis-Hélas! pour me tromper je fais ce que je puis.
SCÈNE IY.
ANTïOCHUS, ARSACE.
ANTIOCHT'S.
Ne me tronipé-je point? L’ai-jc bien entendue?Que je me garde, moi, de paroître à sa vue !
Je m’en garderai bien. Et ne parlois-je pas,
Si Titus malgré moi n’eût arrêté mes pas?
Sans doute il faut partir. Conlinuuns, Arsace:Elle croit m’affliger; sa haine me fait grâce.
Tu me voyois tantôt, inquiet, égaré ;
Je pariois amoureux, jaloux, désespéré ;
Et maintenant, Arsace , après celte défense,
Je partirai peut -être av ec indifférence.
ARSACE.
Moins que jamais, seigneur, il faut vous eloigner.
ANTIOCUCS.
Moi! je demeurerai pour me voir dédaigner?Des froideurs de Titus je serai responsable ?
Je me verrai puni pareequ’il est coupable?
Avec quelle injustice et quelle indignitéElle doute , à mes yeux , de ma sincérité!
Titus l’aime, dit-elle, et moi je l’ai trahie.
I,'ingrate! m’accuser de celle perfidie!
Et dans quel temps encor ? dans le moment fatalQue j’étale à ses yeux les pleurs de mon rival ;Que , pour la consoler , je le faisois paroîtreAmoureux et cous tant, plus qu'il ne l’est peut-être.
ARSACE.
Et de quel soin, seigneur, vous allez-vous troubler?Laissez à ce torrent le temps de s’écouler :
Dans huit jours , dans un mois, n’importe, il fautqu’il passe.
Demeurez seulement.
ANTIOCHOS.
Non , je la quitte , Arsace.Je sens qu’à sa douleur je pourvois compatir :
Ma gloire, mon repos, tout m’excite à partir.Allons ; et de si loin évitons la cruelle,
Que de long temps, Arsace, on ne nous parle d’elle.Toutefois il nous reste encore assez de jour :
Je vais dans mon palais attendre ton retour.
Va voir si sa douleur ne l’a point trop saisie.Cours; et partons du moins assurés de sa vie i b .
ACTE QUATRIÈME.
SCÈNE I.
BÉRÉNICE.
Phénice ne vient point ! Moments trop rigoureux ,Que vous paraissez lents à mes rapides vœux ? Ê JJe m’agite , je cours , languissante , abattue ,
La force m'abandonne , et le repos me tue.Phénice ne vient point ! Ah ! que celte longueurD’un présage funeste épouvante mon cœur!Phénice n'aura point de réponse à me rendre :Titus, l’ingrat Titus n’a point voulu l’entendre ;
Il fuit, il se dérobe à ma juste fureur.
SCÈNE II.
BÉRÉNICE , PHÉNICE.
BÉRÉNICE.
Cbère Phénice, hé bien ! as-tu vu l’empereur?Qu’a-t-il dit ? Viendra-t-il ?
PHÉNICE.
Oui, je l’ai vu, madame,Et j’ai peint à scs yeux le trouble de votre âme.J’ai vu couler des pleurs qu’il vouloit retenir.
BÉRÉNICE.
Vient-il?
PHÉNICE.
N’en doutez point, madame , il va venir.Mais voulez vous paroître en ce désordre extrême ?Remettez-vous, madame, et rentrez en vous-même:I,aissez-moi relever ces voiles détachés,
Et ces cheveux épars dont vos yeux sont cachés.Souffrez que de vos pleurs je répare l’outrageBÉRÉNICE.
Laisse , laisse , Phénice : il vei ra son ouvrage.