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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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200

BÉRÉNICE.

Eh que m'importe, hélas ! de ces vains ornements,Si ma foi, si mes pleurs, si mes gémissements,Mais que dis-je ? mes pleurs { si ma perte certaine,Si ma mort toute prête entin ne le ramène,Dis-moi, que produiront tes secours superflus ,

Et tout ce foible éclat qui ne le louche plus ?

PHBXrCE.

Pourquoi lui faites-vous cet injuste reproche 1Jentends du bruit, madame , et lempereur sap-proche.

Venez , fuyez la foule , et rentrons promptement :Vous l'entretiendrez seul dans votre appariement.

SCÈNE III.

TITUS, PAULIN, suite.

TITUS.

De la reine , Paulin , flattes linquiétude :

Je vais la voir. Je veux un peu de solitude :

Que lon me laisse.

PAin.fs, à part.

0 ciel! que je crains ce combat !Grands dieux,sauvez sa gloire et lhoDneur de létat!Voyons la reine ? 8 .

SCÈNE IV.

TITUS.

bien ! Titus, que viens-tu faire ?Bérénice tattend. viens-tu , téméraire ?

Tes adieux sont-ils prêts ? ïes-tu bien consulté ?Ton cœur te promei-il assez de cruauté ?

Car enfin au combat qui pour toi se prépare ,

C'est peu dêlrc constant, il faut être barbare.Soutiendrai-je ces yeux dont la douce langueurSait si bien découvrir les chemins de mon cœur?Quand je verrai ces yeux armés de tous leurs char-mes ,

Attachés sur les miens, maccabler de leurs larmes,Me souviendrai-jc alors de mon triste devoir?Pourrai-je dire enfin : Je ne veux plus vous voir ?Je viens percer un cœur que jadore, qui maime.Et pourquoi le percer ? Qui l'ordonne ? Moi-même:Car enfin Rome a-t-elle expliqué ses souhaits?Lentendons-nous crier autour de ce palais?Vois-je létat penchant au bord du précipice ?

Ne le puis-je sauver que par ce sacrifice ?

Tout se tait: et moi seul, trop prompt à me troubler,Javance des malheurs que je puis reculer.

El qui sait si, sensible aux vertus de la reine ,Rome ne voudra point lavouer pour Romaine ?Rome peut pat son choix justifier le mien.

Non , non , encore un coup , ne précipitons rien.Que Rome , avec ses lois , mette dans la balanceTant de pleurs, tant damour, tant de persévérance;Rome sera pour nous... Titus, ouvre les veux!Quel air respires-tu ? Nes-lu pas dans ces lieux la haine des rois, avec le lait sucée ,

Par crainte ou par amour ne peut être effacée ?Rome jugea ta reine en condamnant ses rois.Nas-tu pas en naissant entendu celle voix ?

Et nas-tu pas encore ouï la renomméeTannoncer ton devoir jusque dans ton armée ?

Et lorsque Bérénice arriva sur tes pas,

Ce que Rome en jugeait, ne lentendis-tu pas ?

Faut-il donc tant de fois le le faire redire?

Ah, lâche! fais l'amour, et renonce à lempire 7 9 :

Au bout de lunivers va, cours te confiner ,

Et fais place à des cœurs plus dignes de régner.Sont-ce ces projets de grandeur et de gloireQui dévoient dans les cœurs consacrer ma mémoire?Depuis huit jours je règue ; et , jusquesà ce jour,Qu'ai-je fait pour l'honneur? J'ai tout fait pour lamour.Dun temps si précieux quel compte puis-je rendre ? sont ces heureux jours que je faisois attendre ?Quels pleurs ai-je séchés ? Dans quels yeux satisfaitsAi-je déjà goiltè le fruit de mes bienfaits ?

Lunivers a-t-il vu changer ses destinées?

Sais-jc combien le ciel ma compté de journées ?

Et de ce peu de jours si long-temps attendus,

Ah ! malheureux! combien jen ai déjà perdus!

Ne lardons plus : faisons ce que l'honneur exige ;Rompons le seul lien 8o ...

SCÈNE V.

TITUS, BÉRÉNICE.

Bérénice , sortant de son appartement.

Non, laissez-raoi, vous dis-je.

En vain tous vos conseils me retiennent ici.

Il faut que je le voie. Ah! seigneur! vous voici 1 bien ! il est donc vrai que Titus mabandonne IIl faut nous séparerl et cest lui qui lordonne!titi s.

Naccablez point, madame, un prince malheureux.

Il nefaut point ici nous attendrir tous deux.

Un trouble assez cruel magite et me dévore.

Sans que des pleurs si chers me déchirent encore.Rappelez bien plutôt ce cœur qui, tant de fois ,

Ma fait de mon devoir reconnoître la voix :

II en est temps. Forcez voire amour à se taire ;

Et dun œil que la gloire et la raison éclaireContemplez mon devoir dans toute sa rigueur.Vous-même , contre vous, fortifiez mon cœur :Aidez-moi, sil se peut , à vaincre ma foiblesse ,

A retenir des pleurs qui mécbappenl sans cesse ;

Ou , si nous ne pouvons commander à nos pleurs,Que la gloire du moins soutienne nos douleurs ,

Et que tout lunivers reconnoisse sans peineLes pleurs dun empereur et les pleurs dune reine.Car enfin , ma princesse, il faut nous séparer 8 J .BÉRÉNICE.

Ah, cruel ! est-il temps de me le déclarer ?Quavez-vous fait ? Ilélas! je me suis crue aimée :

Au plaisir de vous voir mon âme accoutuméeNe vit plus que pour vous. Ignoriez-vous vos loisQuand je vous lavouai pour la première fois ?

A quel excès damour mavez-vous amenée!

Que ne me disiez-vous : « Princesse infortunée ,t vas-tu lengager, et quel est Ion espoir?

« Ne donne point un cœur quon ne peut recevoir.»

Ne lavez-vous reçu , cruel, que pour le rendre ,Quand de vos seules mains ce cœur voudroit dé-pendre?