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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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ACTE Y, SCÈNE IIY. 203

SCÈNE II.

ANTIOCIIÜS , ARSACE.

ARSACE.

Ah ! quel heu reux destin en ces lieux tous rem oie,Seigneur ?

ANTIOCHUS.

Si mon retour tapporte quelque joie,Arsace, rends-en grâce à mon seul désespoir.

ABS ACE.

La reiue part, seigneur.

ANTIOCHUS.

Elle part?

ARSACE.

Dès ce soir :

Ses ordres sont donnés. Elle sest offenséeQue Titus à ses pleurs lait si long-teuips laissée.Un généreux dépit succède à sa fureur :

Bérénice renonce à Rome , à l'empereur;

Et même yeut partir ayant que Rome instruitePuisse voir son désordre et jouir de sa fuite.

Elle écrit à César.

ANTIOCHUS.

O ciel! qui lauroit cm ?

Et Titus?

ARSACE.

A ses yeux Titus na point paru.

Le peuple avec transport larrête et lenvironne ,Applaudissant au nom que le sénat lui donne ;

Et ces noms, ces respects , ces applaudissements,Deviennent pour Titus autant dengagements,Qui, le liant, seigneur, dune honorable chaîne,Malgré tous ses soupirs , et les pleurs de la reiue ,Fixent dans son devoir scs vœux irrésolus.

Cen est fait : et peut-être il ne la verra plus.antiochus.

Que de sujets despoir, Arsaee ! je lavoue :

Mais dun soin si cruel la fortune me joue,

Jai vu tous mes projets tant de fois démentis ,Que jécoute en tremblant tout ce que tu me dis ;Et mon cœur, prévenu dune crainte importune ,Croit, même en espérant, irriter la fortune.

Mais que vois-je ? Titus porte vers nous ses pas!Que veut-il?

SCÈNE III.

TITUS, ANTIOCHUS, ARSACE.

titüs , à sa suite.

Demeurez : quon ne me suive pas.( à Antiochus .}

Enfin , prince , je viens dégager ma promesse.Bérénice moccupe et mafflige sans cesse.

Je viens, le cœur percé de vos pleurs et des siens 9 7,Calmer des déplaisirs moins cruels que les miens.Venez, prince, venez : je veux bien que vous-mêmePour la dernière fois vous voyiez si je laime.

SCÈNE IY.

ANTIOCHUS, ARSACE.

ANTIOCHUS.

bien , voilà l'espoir que tu mavoîs rendu !

Et tu vois le triomphe jélois attendu !

Bérénice partoil justement irritée]

Pour ne la plus revoir, Titus lavoit quittée!Quai-je donc fait, grands dieux ? Quel cours in-fortuné

A ma funeste vie aviez-vous destiné ?

Tous mes moments ne sont quun éternel passageHe la crainte à lespoir, de lespoir à la rage 9 s .

Et je respire encor ! Bérénice! Titus!

Dieux cruels! de mes pleurs vous ne vous rirez plus.

SCÈNE Y.

TITUS , BÉRÉNICE , PHENICE.

BÉRÉNICE.

Non , je nécoute rien. Me voilà résolue ;

Je veux partir. Pourquoi vous montrer à ma vue ?Pourquoi venir encor aigrir mon désespoir?N'êtes-vouspas content? Je ne veux plus vous voir.

TITUS.

Mais, de grâce, écoutez.

BÉRÉNICE.

Il nestplustemps.tites.

BÉRÉNICE.

Nod.

TITUS.

Dans quel trouble elle jette mon âme.Ma princesse , d vient ce changement soudain ?

BÉRÉNICE.

Cen est fait. Vous voulez que je parte demain ;

Et moi, jai résolu de partir tout-à-lheure :

El je pars.

TITUS,

Demeurez.

BÉRÉNICE.

Ingrat! que je demeure!

Et pourquoi? Pour entendre un peuple injurieux 9 9Qui fait de mon malheur retentir tous ces lieux?Ne lentendez-vous pas cette cruelle joie ,

Tandis que dans les pleurs moi seule je me noie ?Quel crime, quelle offense , a pu les animer lo °?llélas ! et quai-je fait que de vous trop aimer ?

TITUS.

Ecoutez-vous, madame, une foule insensée?

BÉRÉNICE.

Je ne vois rien ici dont je ne sois blessée.

Tout cet appartement préparé par vos soins,

Ces lieux, de mon amour si longtemps les témoinsQui sembloient pour jamais me répondre du vôtre,Ces festons, nos noms enlacés l'un dans lautreA mes tristes regards viennent partout soffrir ,Sont autant dimposteurs que je ne |>uis souffrirAllons, Phéniee.