BERENICE.
204.
itirs,
0 ciel! Que vous êtes injuste!BÉEcarcE.
Retourne?:, retournez vers ce sénat augusteQui vient vous applaudir de votre cruauté,lié Lieu! avec plaisir l’ave/.-vous écoulé ?
Etes-vous pleinement content de votre gloire?Avez-vous bien promis d’oublier ma mémoire?
Mais ce n’est pas assez expier vos amours :
Avez-vous bien promis de me haïr toujours?
TiTCS.
Nou, je n'ai rien promis. Moi , que je vous baisse !
Que je puisse jamais oublier Bérénice!
Ah dieux! dans quel moment son injuste rigueurDe ce cruel soupçon vient affliger mon cœur !Connoissez-moi, madame ; et depuis cinq annéesComptez tous les moments et toutes les journéesOù , par plus de transports et par plus de soupirs,
Je vous ai de mon cœur exprimé les désirs :
Ce jour surpasse tout. Jamais , je le confesse,
Vous ne fuies aimée avec tant de tendresse 1 0 ’ ;
Et jamais...
BKBKKICE.
Vous m'aimez, vous me le soutenezEt cependant je pars, et vous me l’ordonnez !
Quoi! dans mou désespoir trouvez-vous tant decharmes ?
Craignez-vous que mes yeux versent trop peu delarmes 1 oi ?
Que me sert de ce cœur l’inutile retour ?
Ah, cruel! par pitié, montrez-mui moins d’amour:
Ne me rappelez point une trop chère idée ,
El Iaissez-moi du moins partir persuadéeQue , déjà de votre âme exilée en secret,J’abandonuc un ingrat qui inc perd sans regret.
(Titus lit une lettre.)
Vous m’avez arraché ce que je viens d’écrire.
Voilà de votre amour tout ce que je désire :
Lisez , ingrat, lisez , et me laissez sortir 10 5 .
TITUS.
Vou6 ne sortirez point, je n’y puis consentir.
Quoi! ce départ n’est donc qu'un cruel stratagème!Vous cherchez à mourir ! et de tout ce que j’aimeUne restera plus qu’un triste souvenir!
Qu’on cherche Autiochus; qu’on le fasse venir.
(Bérénice Se laisse tomber sur un siège.)
SCÈNE VI.
TITUS, BÉRÉNICE,mes.
Madame, il faut vous faire un aveu véritable :Lorsque j’envisageai le moment redoutableOù, pressé par les Lois d’un austère devoir,
Il falloit pour jamais renoncer à vous voir ;
Quand de ce triste adieu je prévis les approches,Mes craintes, mes combats, vos larmes, vos reproches,Je préparai mon âme à toutes les douleursQue peut faire sentir le plus grand des uftlheurs ;Mais, quoi que je craignisse, il faut que je le die 1 0Je n'en avois prévu que la moindre partie ;
Je croyois ma vertu moins prèle à succomber,
El j’ai honte du trouble où je la vois tomber.
J’ai vu devant mes yeux Rome entière assemblée;Le sénat m’a parlé : mais mon âme accabléeEeoutoit sans entendre , et ne leur a laissé,
Pour prix de leurs transports , qu’un silence glacé.Rome de votre sort est encore incertaine :Moi-même à tous moments je me souviens à peineSi je suis empereur, ou si je suis Romain 1o5 .
Je suis venu vers vous sans savoir mon dessein :
Mon amour m’entraînoit ; et je venois peut-êtrePour me chercher moi-même, et pour me recori'noître.
Qu’ai-je trouvé? Je vois la mort peinte en vos yeux:Je vois pour la chercher que vous quillezces lieux' 06(Peu est trop. Ma douleur, à cette triste vue , '
A son dernier excès est enfin parvenue :
Je ressens tous les maux que je puis ressentir :
Mais je vois le chemin par où j’en puis sortir.
Ne vous attendez point que , las de tant d’alarmes,Par uu heureux hymen je tarisse vos lamies :
En quelque extrémité que vous m’ayez réduit,
Ma gloire inexorable à toute heure me suit 10 ? :Sans cesse elle présente à mon âme étonnéeL’empire incompatible avec votre hyménée.
Me dit qu’après l’éclat et les pas que j’ai faits,
Je dois vous épouser encor moins que jamais.
Oui, madame ; et je dois moins encore vous direQue je suis prêt pour vous d'abandonner l’empire,I)e vous suivre, et d’aller, trop content de mes fers,Soupirer avec vous au bout de l’univers.Vous-même rougiriez de ma Jâche conduite :
Vous verriez à regret marcher à votre suiteUn indigne empereur sans empire , sans cour,
Vil spectacle aux humains des foiblesses d’amour.Pour sortir des tourments dont mon âme est laproie,
Il est, vous le savez, une plus noble voie ;
Je me suis vu , madame , enseigner ce chemin ,
Et par plus d’un héros , et par plus d'un Romain :Lorsque trop de malheurs ont lassé leur constance,Us ont tous expliqué cette persévéranceDont le sort s’allaclioil à les persécuter,
Comme un ordre secret de n’y plus résister,
Si vos pleursplus long-temps viennent frapper mavue ,
Si toujours à mourir je vous vois résolue,
S’il faut qu’à tout moment je tremble pour vos jours,Si vous ne me jurez d’en respecter le cours,Madame, à d’au 1 res pleurs vous devez vous attendre'En l’état où je suis je puis tout entreprendre :
Et je ne réponds pas que ma main à vos yeuxN’ensanglante à la fin nos funestes adieux.
né RÉXICE.
Hélas !
TITUS.
Non , il n’est rien dont je ne soiscapable.Vous voilà de mes jours maintenant responsable.Songez-y bien, madame : et si je vous suis cher...
SCÈNE VII,
TITUS , BÉRÉNICE , ANTrOCIIUS.
TiJ'I'S.
Venez , prince , venez, jo vous ai fait chercher.