NOTES DE BÉRÉNICE.
vailler l’un et l’autre sur ce sujet, qui paroissoit sipeu fait pour la scène. Les deux pièces furentcomposées dans l'année 1670 , sans qu’aucun desdeux sût qu’il avoit un rival. Elles furent jouéesen même temps, surla fin de la même année, cellede liacine à i’iiolel de Bourgogne, et celle de Cor-neille au Palais-Royal. Il est étonnant que Corneilletombal dans ce piège : il devnit bien sentir que lesujet étoit l’opposé de son talent. Entellus ne ter-rassa point Darés dans ce combat : il s’en faut bien.La pièce de Corneille tomba : celle de liacine euttrente représentations de suite; et toutes les foisqu’il «'est trouvé un acteur et une actrice capablesd’intéresser dans les rôles de Titus et de Bérénice,cet ouvrage dramatique , qui n'est peut-être pasune tragédie, a toujours excité les applaudissementsles plus vrais : ce sont les larmes. Voltaire.
10 Ce détail n’est point inutile : il fait voir claire-ment combien 1’unité de lieu est observée; il met lespectateur ou fait tout d’un coup. On pourroit direque lu pompe de ces lieux, et ce cabinet superbe,paroissent des expressions peu convenables à unprince que cette pompe ne doit point du toutéblouir, et qui est occupé de toute autre chose quedes ornements d’un cabinet. J’ai toujours remarquéque la douceur des vers empêchoit qu’on ne re^marquât ce défaut. Voltaire.
1 * Épouse en espérance, expression heureuse etneuve, dont Racine enrichit la langue, et quepar conséquent on critiqua d’abord. Remarquezencore q n'épouse suppose étant épouse. C’est uueellipse heureuse en poésie. Ces finesses sont lecharme de la diction. Voltaire.
13 Sans vouloir te charger d’autres soins: ce vers,qui ne semble fait que pour la rime, annonce avecart qu’Antioelms aime Bérénice. Voltaire.
1 Ce» amants fidèles sans succès et sans espoirn’intéressent jamais. Cependant la douce harmoniede ces vers naturels fait qu’on supporte Antioehus;c'est surtout dans ces foiblcs rôles que la belle ver-sification est nécessaire. Quelques vers plus haut ,belle reine a passé pour une expression fade.
14 Beaucoup de lecteurs réprouvent ce longmonologue. Il n’est pas naturel qu’on lasse ainsitout seul l’histoire de scs amours , qu’on dise : « Jeme suis tu cinq ans : on m’a imposé silence, j'aicouvert mon amour d’un voile d’amitié, n On par-donne un monologue qui est un combat du cœur,mais non une récapitulation historique. Voltaire.
1 5 La prose n’eût pu exprimer cette idée avec lamême précision . ni se parer de la beauté de cesfigures : c’est là le grand mérite de la poésie. Cettescène est parfaitement écrite, et conduite de même:car il doit y avoir une conduite dans chaque scène,coin me dans le total de la pièce ; elle est même in-téressante, pareeque Antioehus ne dit point sonsecret, et se fait entendre. Voltaire.
1 6 Quelques commentateurs ont blâmé cette ex-pression , s e redonner, sans faire attention que dutemps de Racine elle étoit employée dans le sensqu’il lui donne, ainsi qu’on en trouve des exemplesdans le dictionnaire de Trévoux et dansVaugelas :se redonner aux soins de son amour, pour se livrer,s’abandonner de nouveau aux soins de son amour, estune expression poétique assez heureuse pour mé-
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ri ter d’être conservée dans notre langue. A. Martin.Rotrou a dit en parlant d’ÏIercule :
Léger, il se redonne à la troupe immortelle. Aig.
On ne dit point en prose changer au ; mais lapoésie peut se permettre cette licence. La Fontaineen offre un autre exemple dans PhilémonetBaucis:
Cependant l’humble toit devient temple, et ses mursChangent leur frêle enduit aux marbres les plusdurs. A. Martin.
18 Je ne lui puis parler. Qu’il est difficile d’êtretoujours harmonieux I Geoffroy.
1 Consentir à votre empressement. Ellipse heureusepour : Consentir à se rendre ù votre empressement. A.
20 Ingrate ù vos bontés. Cette locution critiquéepar d’Olivet a cependant été adoptée dans la poésie.Voltaire en a fait un usage très heureux (se. ur,act. III de Mahomet , et sc. iv, ael. I de la Mort deCésar.) A. Martin.
21 A quoi se rapporte ils? est-ec à tout le campvainqueur? le nom collectif ne semble pas expliquerassez clairement le sens de la phrase: est-ce auxennemis, dont il est parlé dix vers plus haut? Aig.
52 Ajouter des titres aux rois , pour ajouter destitres au titre de roi, est une ellipse admirable, quipeint avec énergie la supériorité du peuple romainsur les rois. Geoffroy.
23 Les commentateurs ont observé que Racinese permet souvent ces façons de parler trop com-munes: il ne faut point mentir, ù ne vous pointmentir, quoi qu’il en soit, quoiqu’il en puisse être,etc.;mais ils dévoient observer aussi que ces expres-sions sont environnées de traits heureux qui les relè-vent, et qui souvent empêchent de les remarquer.A. Martin. Racine les a souvent placées à dessein,pour ajouter à la vérité du langage et à la force del’impression. Aignan.
24 Var. Aujourd’hui que les dieux semblent me
présager.
Un honneur qu’avec lui je prétends partager.
On peut voir dans la note 27 le motif qui adéterminé Racine à refaire ces deux vers; maisen substituant vous à lui, pour éviter famphibo*logie, il est tombé dans un autre inconvénient ;carrons ne se rapporte grammaticalement ni à cequi précède, ni à ce qui suit. A. Martin. Cettelégère incorrection n’auroit d’importance que sile sens étoit douteux ou embarrassé. Aignan.
2b A la merci, expression que Racine emploie icid’une manière neuve et très poétique. Geoffroy.
26 Cette ardeur assidue lorsqu’il passoit les jours.Sous-entendu : qu’il montrait jadis. La rapidité de laphrase poétique est acquise ici un peu aux dépensde la clarté. Aignan.
27 L’expression entre les dieux a été l’objet dequelques critiques. On a dit que Bérénice étantjuive 11c pouvoit parler ainsi des dieux desRomains.La remarque seroit juste si Bérénice disoit entrenos dieux ; mais il est clair que les dieux ne veutdire ici que les dieux des Romains. Au reste , il est