NOTES DE BÉRÉNICE. an
Ce vers, dont l’expression est touchante , empêcheBornent de remarquer l’iucorreclion du vers sui-vant. Que m’importe de semble pécher contre lesrègles sévères de la grammaire, le que ne pouvantici servir ds sujeL au verbe importer puisqu’il n’estpas là pour quelle chose, mais pour de quoi, llfalloitdonc que m'importent ces vains ornements, c’est-à-dire de quoi m’importent.On dit bien il m’importe detout mon bien de faire cela ; mais dans ce cas U estle sujet du verbe , et la phrase d’ailleurs n’exprimeplus le même sens.
7 8 Oti le théâtre reste vide , ou Titus voit Béré-nice : s’il la voit, il doit donc dire qu’il l’évite, oului parler. Voltaire. Cette retraite de Bérénice ,dans un moment où l’on doit la supposer im-patiente de voir L’empereur , u’est pas naturelle.L’on voit trop que le poêle se ménage quelquesscènes pour reculer la catastrophe. Geoffroy.
7 9 C’est peut-être la première fois que la phrasetriviale, faire l’amour, a pu entrer dans le stylenoble : c’est un de ces coups de l’art si connus deRacine. Il falloit, pour faire passer celte expres-sion, tonie l’amertume de l’ironie, et tout lecontre-poids de ce mot empire , qui relève si adroi-tement la familiarité du premier hémistiche. LaHarpe.
80 Ce monologue est long, et il contient, pourle fond, les mêmes choses à peu près que Titus adiles à Paulin; mais remarquez qu’il y a desnuances différentes. Les nuances font beaucoupdans la peinture des passions; et c’est là le grandart, si caché cl si diflicile, dont Bacine s’est servipour aller jusqu’au cinquième acte sans rebuterle spectateur. 11 n’y a pas dans ce monologue unseul mot hors de sa place :
Ah , lâche 1 fais l’amour, et renonce à l’empire.
Ce vers, et tout ce qui suit, me paroissent admi-rables. Voltaire.
81 jtfn princesse est peu digne de la tragédie;mais celte expression éloil en usage du temps deRacine. Lui-même, clans la suite, a contribué àla banr;ir du théâtre tragique. A. Martin.
8 - Cette tirade, et quelques autres de la mêmepièce, se ressentent encore de cette affectationque Racine , dans la suite , fit disparoître entière-ment de la scène. Tels sont ces deux vers :
Que mon cœur de moi-même est prêt à s’éloigner ;Mais il ne s’agit plus de vivre , il faut régner.
On peut aussi remarquer que le mot cœur est ré-pété trois fois en cinq vers dans les deux der-nières phrases. A. Martin.
83 Ce vers si connu faisoil allusion à cette ré-ponse de mademoiselle Mancini à Louis XIV :« Vous m’aimez, vous êtes roi, vous pleurez, etje pars! > Cette réponse est bien plus énergiqueque le vers de Bérénice. Ce vers même n'est aufond qu’un reproche un peu ironique. « Vous ditesqu’un empereur doit vaincre l’amour ; vous êtesempereur, et vous pleurez ! «Voltaire. Il est vraique les paroles de mademoiselle Mancini sontbeaucoup plus fortes que celles de Bérénice ; mais
Bérénice devoit-eüe avoir cette espèce de forcequi consiste à faire entendre que celui qui règnene doil point trouver d’obstacle au choix de soncœur ? Je ne le crois pas, et Bérénice ne dit jamaisrit-u qui soit dans ce sens : son earacLèrc donné,et le sacrilice qui termine son rôle et la pièce , nepermettoient pas à l’auteur de la faire parler tout-à-fait comme mademoiselle Mancini. La IIaiipk.
84 Cela est trop foible, il ne faut pas dire jepleure : il faut que par vos discours on juge quevotre cœur est déchiré. Je m’étonne comment Ra-cine a cette fois manqué à une règle qu'il con-noissoit si bien. Voltaire.
Peut-être est-il permis d’objecler que Titus nedit je pleure, que pareeque Bérénice lui a ditcous pleurez; ce qui est tout autre chose que s’ille disoit de lui-même. Ajoutons que je pleure, jesoupire, est relevé par je frémis, àignan.
8 5 Heureuse imitation de ce tour de Virgile:
« Infelix . utcumque ferent ea facta minores ,«Yincet amor palriæ , laudumque immensa cu-pido ! «
• Malheureux, quel que soit le jugement de lapostérité sur cette rigueur d’un père, l'amour dela pairie et la passion de la gloire l’emporteronttoujours! » Tout ce morceau paroît emprunté dusixième livre de 1 Enéide. Dans la première édi-tion , à la place des six vers précédents, on lisoitceux-ci :
Vous les verriez toujours , jaloux de leur devoir,De tous les autres nœuds oublier le pouvoir. À.M.
86 Cela me paroît encore plus foible, parce-que rien ne l'est tant que l’exagération outrée. Ilest ridicule qu’un empereur dise qu’il y a plus devertu, plus d’austérité à quittersa maîtresse qu’àimmoler à sa patrie scs deux enfants coupables.Il falloit peut-être dire, en parlant des Brutus etdes Manlius :
Titus en vous quittant les égale peut-être:
ou plutôt il ne falloit point comparer une victoireremportée sur l’amour à ces exemples étonnantset presque surnaturels de la rigidité des anciensRomains. Les vers sont bien faits, je l’avoue;mais, encore une fois, cette scène élégante n’estpas ce qu’elle devroil être. Voltaire.
8 ? Du temps de Racine , on disoit indifférem-ment devant que pour avant de. Aujourd’hui de-vant ne peut plus s’employer que comme préposi-tion de lieu ou d’ordre , ou pour signifier en pré-sence de, et il n’est plus permis de l’employercomme préposition de temps.
88 Autre exagération puérile. Quelle comparai-son y a-t-il à faire d’un homme qui n’épouse pointsa maîtresse, à un monstre qui fait assassiner samère ? Voltaire.
8 9 Dire et Dis font un mauvais effet. Je ne saisce que je dis est du style comique ; et c’étoit quandil se crovoit plus austère que Brutus et plus cruelque Néron qu’il pouvoit s’écrier : Je ne sais ceque je dis. Voltaire.