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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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NOTES DE BERENICE.

6 9 L’abbé d’OIivet a raison de trouver cellephrase -vicieuse : elle ne rend pas la pensée del’auleur. Si Phénicc s’y perd, ce n'est pas parce-qu'elle y pense ; mais plus elle y pense, plus elles’y perd : c’est la différence de sens entre d’autantplus que, el les deux plus en opposition. La Harpe.Celle différence n’éloit pas entièrement marquéedu temps de Racine. Aicnan.

60 Celte manière de s'adresser à son cœur, àses yeux, sent plutôt la déclamation que la vraiepassion. On en voit beaucoup dVxeniple& dansCorneille , et l’on en trouve quelques uns dansRacine. L. de Bojsjebmain.

Cependant il y a des exceplions qui dépendentdes convenances particulières, dont le goût seulpeut décider. La Harpe.

Si La main ne s’épanche pas, elle épanche. Ce-pendant s’épancher dit ici de la main et du eteur,et cette expression hardie présente l’image d’unprince qui ouvre son cœur et sa main pour sonami. L. Racine.

6 2 Inversion un peu embarrassée. Aignan.

63 Celle figure, par laquelle le pocte person-nifie les transports, nuit à l’élégance et à la sim-plicité du discours. Racine l’a rarement employée:l’expérience lui avoit appris sans doute combienelle est peu favorable au mouvement de la passion.

A. Martin.

6 4 Bérénice descendoitde la fameuse Cléopâtre,reine d’Égypte , qui desccndoit elle-même despremiers successeurs d’Alexandre-le-Grand.

L. DE Boisjermain.

6 3 j e crois celte épithète de mauvais goût. Ondiroit bien un hymen obscur, une alliance obscure,des amours obscurs; mais après avoir établi lamétaphore, brûler dans des flammes, Vobscurité n’aplus ici de sens : il y a incohérence entre les idéeset les mots. Cette faute est bien rare dans l'auteur.

La Harpe.

6 6 On n’a d'autre remarque à faire sur cettescène, sinon qu’elle est écrite avec la même élé-gance que le reste, et avec le même art. Anlioehus,chargé, par son rival même de déclarer à Béréniceque ce rival aimé renonce à elle , devient alors unpersonnage un peu plus nécessaire qu’il u était.

Voltaire.

6? P« cœur qui conte son audace n'est pas une ex-pression heureuse. Fuyiez est dur : ce sont des motsque tout pocie doit éviter. Geoffroy.

6 8 Qui ne sont pas pour qui ne seront pas. Nousretrouverons dans Iphigénie cette même substitu-tion du présent au futur, qui est le langage animéde la passion. Aig.van.

On a déjà observé que,du lempsde Racine,gêner étoilun terme qui signifioit tourmenter. G.

7° Songeons entre nous. Cette expression manquede dignité. Dans la phrase suivante , Arsace ditencore à Titus: Songez quo, etc. Geoffroy.

7 1 Cette coupe de vers, cette césure jetée parenjambement à la quatrième syllabe, est d’un heu-reux effet. Delille reproduit souvent et quelquefoisjusqu’à l’abus le même artifice de versification. A.

7 2 Au milieu d’une joie et d’une espérance im-prévues, ne pas concevoir que Titus puisse quitterBérénice , et s’arrêter à celte idée, est aussi tendre

que délicat. C'est là vraiment la science de l’a-mour, et c’étoit celle de Racine. Observez aussique ces alternatives d’espérance et de crainte , etla résolution généreuse de ne pas annoncer à Béré-nice une nouvelle aussi terrible pour elle que cod-solanle pour lui, donnent à celte scène un mouve-ment qui est l'espèce d'action qu’elle pou voit avoir,mais qu’un grand maître pouvoil seul lui donner.

La Harpe.

7 5 Concevez l’exccs de la tyrannie de la rime ,puisque l’auteur qui lui commande le plus est gênépar elle au point de remplir un hémistiche de cesmotsinutiles et lâches, en ce même moment . Volt.

Il m’est impossible de déférer ici à l’autorité deVoltaire. En ce même moment n’est rien moinsqii’muftte et lâche. Sansdoute le censeur n’y a pasassez réfléchi : comment n’a-t-il pas vu que cemoment est très marquantpour Anlioehus sous tousles rapports, et ne peut être ici, connue il l’est sisouvent dans nos tragédies , un remplissage oiseuxet parasite? Supposons qu’Aniincbns parle enprose ; il diroit et devroit dire : « Il n’y a peut-êtreque moi , madame, qui, dans un pareil moment,ne fusse pas pressé de parler. » Consolons-nousd’être faillibles dans nos jugements , puisque Vol-taire a pu se tromper à ce point. La Harpe.

7 * Deux mots ailleurs seroient une expression tri •viale •, elle est ici très touchante : tout intéresse, lasituation, la passion, le discours de Bérénice,l’embarras même d’Antioohus. Voltaire.

7 5 Tous les actes de celle pièce finissent par desvers foibles, et un peu langoureux. Le public aimeassez que chaque acte se termine par quelque mor-ceau brillant qui enlève les applaudissements, maisBérénice réussit sans ce secours. Les lendresses del’amour ne comportent guère ces grands (railsqu’on exige à la lin des actes dans des silualiousvraiment tragiques. Voltaire.

7 6 Je me souviens d’avoir vu autrefois une tra-gédie de Saint Jean-Baptiste, supposée antérieureà Bérénice, dans laquelle on avoit inséré toutecelte tirade , pour faire croire que Raciue l’avoitvolée. Cette supposition maladroite éîoit assez con-fondue parle style barbare du reste de la pièce;mais ce trait suliit pour faire voir à quels excès seporte la jalousie, surtout quand il s’agit des succèsdu théâtre, qui, étant les plus éclatants dans lalittérature, sont aussi ceux qui aveuglent le plusles yeux de l’envie. Corneille et Racine en ressen-tirent les effets tant qu’ils travaillèrent. Voltage.

77 On peut appliquer à ce vers ce précepte deBoileau :

Qui dit sans s’avilir les plus petites choses.

En effet, rien n’est pins petit que de faire paroîtresur le théâtre tragique une suivante qui propose àsa maîtresse de rajuster son voile et ses cheveux.Otez à ces idées les grâces de la diclion , on rira.Voltaire. Oui : mais quelle diction ! quel choix defigures dans ces mois.réparer l’oulrage de nos pleurs,el que le vers qui suit et qui est amené par celui-làest beau de sentiment 1

Laisse, laisse, Phénicc; il verra son ouvrage. La II.