Buch 
Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
Entstehung
JPEG-Download
 

220

bajazet.

BAJAZET.

0 ciel, que ne puis-je parler !boxant.

Quoi donc 1 Que dites-vous ? et que viens-je d’en-tendre ?

Vous avez des secrets que je rie puis apprendre ?Quoi] de vos sentiments je ne puis m'éclaircir?

BAJAZET.

Madame , encore un coup, c’est à vous de choisir :Daignez m'ouvrir au trône un chemin légitime ;Ou bien , me voilà prêt, prenez votre victime.

RGXAMS.

Ah! c’en est trop enfin, tu seras satisfait.

Holà! gardes, qu’on vienne.

SCÈNE II.

BAJAZET, KOXANE, ACOMAT.

B0XANE.

Acomat, c’en est fait.

Vous pouvez retourner, je n’ai rien à vous dire.Du sultan Amurat je reconnois l’empire :

Sortez. Que le sérail soit désormais fermé ;

Et que tout rentre ici dans l’ordre accoutumé î6 .

SCÈNE III.

BAJAZET, AUOMAT.

ACOMAT.

Seigneur, qu’ai-je entendu? Quelle surprise ex-

Qu’allez-vous devenir? Que deviens-je moi-même?D’où naît ce changement ? Qui dois je en accuser ?0 ciel J

BAJAZET.

Il ne faut point ici vous abuser.

Roxane est offensée et court à la vengeance :

Un obstacle éternel rompt notre intelligence.

Yisir , songez à vous, je vous on averti ;

Et, sans compter sur moi , prenez votre parti.

BAJAZET.

Vous et vos amis, cherchez quelque retraite.Je sais dans quels périls mon amitié vous jette ;

Et j’espérois un jour vous mieux récompenser.Mais, c’en est ïait.vousdis-je; il n’y faut plus penser.ACOMAT.

Et quel est donc, seigneur, cet obstacle invincible?Tantôt dans le sérail j’ai laissé tout paisible.Quelle fureur saisît votre esprit et le sien ?bajazet.

Elle veut, Acomat, que je l’épouse I

ACOMAT.

lié bien I

E’usoge des sultans à ses vœux est contraire ;

Mais cet usage, enfin, est-ce une loi sévère,Qu’aux dépens de vos jours vous deviez observer ?La plus sainte des lois , ah ! c’est de vous sauver,Et d'arracher , seigneur, d’une mort manifeste ,Le sang des Ottomans dont vous faites le reste !

BAJAZET.

Ce reste malheureux seroil trop acheté,

S’il faut le conserver par une lâcheté.

ACOMAT.

Et pourquoi vous en faire une image si noire 58 ?

L'hymen de Soliman ternît-il sa mémoire ?Cependant Soliman n’étoit point menacéDes périls évideuts dont vous êtes pressé.

BAJAZET.

Et ce sont mes périls e t ce soin de ma vieQui d'un servile hymen ferment l’ignominie.

Soliman n'avoit point ce prétexte odieux :

Son esclave trouva grâce devant ses yeux ;

Et, sans subir le joug d'un hymen nécessaire ,

Il lui fit de son cœur un présent volontaire.acomat.

Mais vous aimez Roxane.

BAJAZET.

Acomat, c’est assez.

Je me plains de mon sort moins que vous ne pensez.La mort u’esi point pour moi le comble des disgrâces -,J’osai, tout jeune encor, la chercher sur vos traces;

Et l’indigne prison où je suis renferméA la voir de plus près m’a même accoutumé ;Arnurat à mes yeux l’a vingt fuis présentée :

Elle finit le cours d’une vie agitée.

Hélas ! si je la quitte avec quelque regret...Pardonnez , Acomat, je plains avec sujet 5 9Des cœurs dont les bontés trop mal récompenséesM’avoient pris pour objet de toutes leurs pensées.ACOMAT.

Ah ! si nous périssons , n’en accusez que vous ,Seigneur : dites un mol, eL vous nous sauvez tous.Tout ce qui reste ici de braves janissaires,

De la religion les saints dépositaires ,

Du peuple bysantin ceux qui, plus respectés,

Par leur exemple seul règlent ses volontés ,

Sont prêts de vous conduire à la porte sacréeD’où les nouveaux sultans font leur premièreentrée.

BAJAZET.

lié bien , brave Acomat, si je leur suis si cher ,

Que des mains de Roxane ils viennent m’arracher;Du sérail, s’il le faut, venez forcer la porte ;

Entrez , accompagné de leur vaillante escorte.

J’aime mieux en sortir sanglant, couvert de coups,Que chargé malgré moi du nom de sim époux.Peut-être je saurai, dans ce désordre extrême ,

Par un beau désespoir me secourir moi-même 40 ;Attendre , en combattant, l’effet de votre foi,

Et vous donner le temps de venir jusqu'à moi.ACOMAT.

Hé ! pourrai-je empêcher, malgré nia diligence ,Que Roxane d’un coup n’assure sa vengeance ?

Alors qu’aura servi ce zèle impétueux,

Qu’ù charger vos amis d’un crime infructueux?Promettez : affranchi du péril qui vous presse ,

Vous verrez de quel poids sera votre promesse.

BAJAZET.

Moi!

ACOMAT.

Ne rougissez point : le sang des OttomansNe doit point en esclave obéir aux serments.C.nnsnltez ces héros que le droit de ia guerreMena victorieux jusqu’au bout de la terre :