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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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NOTES DE BAJAZET.

8» On poursuit une vengeance, et non pas uncourroux. On suit ton courroux, parccqnon sylaisse entraîner; on poursuit la vengeance, parce-quon veut lobtenir. La Harpe.

85 On se servoit encore alors ligurément, dansla poésie et dans l'éloquence, de ces termes quine sont plus dusage quau barreau. Corneille yest fort sujet: Racine ne se lest permis quunefois, et ms bons écrivains y ont renonce. L. H.

8 * Cest un léger oubli dun grand poète, tropoccupé du naturel et de la vérité du dialogue,qui ne sc souvient pas que ce dialogue nest pointune conversation familière. Ce quil importe leplus d'observer , cest que lintérêt se soutient parlignorance lon est encore du sort de Bajazet:

la révolte dAcomat donne quelque espérance queBajazet a pu échapper à la mort. Geoffroy.

85 Les deux son se rapportant à deux per-sonnes différentes , forment une espèce damphi-bologie que le poète aurnit évitée sil eût mis,retirer le poignard. Aicnan.

88 Sans doute linversion qui sépare les mortset les -mourants du pue relatif est une incorrec-tion, mais quil ne faut pas absolument interdireen Yers, quand elle n'a dailleurs aucun incon-vénient. Ici le véritable défaut cest la secondeinterposition, pue, vengeant sa défaite, etc. Tlen résulte une phrase dure et mal construite.La Harpe. Mort, de morts , et de mourants, endeux vers, est une négligence. A. Martin.

MITHRIDATE.

PRÉFACE.

Il ny a guère de nom plus connu que celui deMithridate 1 : sa rie et sa mort font une partieconsidérable de lhistoire romaine ; et, sans comp-ter les victoires quil a remportées , on peut direque ses seules défaites ont fait presque toute lagloire de trois des plus grands capitaines de larépublique: cest à savoir, de Sylla , de Lucul-lus et de Pompée 2 . Ainsi je ne pense pas quilsoit besoin de citer ici mes auteurs : car, exceptéquelques événements que jai un peu rapprochéspar le droit que donne la poésie , tout le mondereconnoîtra aisément que jai suivi lhistoire avecbeaucoup de fidélité. En etïel, il ny a guère dac-tions éclatantes dans la vie de Mithridate qui naienttrouvé place dans nia tragédie. Jy ai inséré toutce qui pouvoit mettre en jour 5 les mœurs et lessentiments de ce prince, je veux dire sa haineviolente contre les Romains, son grand courage,sa finesse , sa dissimulation ; et enfin cette jalousiequi lui étoit si naturelle , et qui a tant de foiscoûté la vie à ses maîtresses 4 .

La seule chose qui pourroil nêtre pas aussiconnue que le reste, cest le dessein que je lui faisprendre de passer dans lItalie. Comme ce desseinma fourni une des scènes qui ont le plus réussidans.ma tragédie, je croîs que le plaisir du lecteurpourra redoubler, quand il verra que presquetous les historiens ont dit ec que je fais dire ici àMithridate.

Flora s, Plutarque, et Dion Cassius, nomment lespays par il devoit passer. Appien dAlexandrieentre plus dans le détail : et, après avoir marquéles facilités et les secours que Mithridate espéraittrouver dans sa marche, il ajoute que ce projetfut le prétexte dont Pharnace se servit pour faire

révolter toute Larmée , et que les soldats, effrayésde lentreprise de son père, la regardèrent commele désespoir dun prince qui ne eherchoit quàpérir avec éclat. Ainsi elle fut en partie cause desa mort, qui est laction de ma tragédie.

Jai encore lié ce dessein de plus près à monsujet : je men suis servi pour faire connaître àMithridate les secrets sentiments de ses deux fils.On ne peut prendre trop de précaution pour nerien mettre sur le théâtre qui ne soit très nécessaire:et les plus belles scènes sont en danger dennuyer,du moment quon les peut séparer de laction , etquelles linterrompent au lieu de la conduire verssa fin 5 .

Voici la réflexion que fait Dion Cassius sur cedessein de Mithridate : < Cet homme étoit vérita-blement pour entreprendre de grandes choses.Comme if avoit souvent éprouvé la bonne et lamauvaise fortune , il ne croyoit rien au-dessus deses espérances et de son audace, et mesurait sesdesseins bien plus à la grandeur de son couragequau mauvais état de ses affaires ; bien résolu , sison entreprise ne rcussissoit point, de faire unefiu digne dun grand roi, et de sensevelir lui-même sous les ruines de son empire, plutôt quede vivre dans lobscurité et dans la bassesse 6 . »

Jai choisi Monime entre les femmes que Mi-lliridate a aimées. 11 paraît que cest celle de toutesqui a été la plus vertueuse, et qu'il a aimée leplus tendrement. Plutarquesemble avoir pris plai-sir à décrire les malheurs et les sentiments de cetteprincesse. Cest lui qui ma donné lidée de Mo-ni me ; et cest en partie sur la peinture qu'il en afaite que jai fondé un caractère que je puis direqui na point déplu. Le lecteur trouvera bon que