NOTES DE BAJÀZET.
2ÏS
Sî Cette phrase un peu prosaïque et même fa-milière ne blesse point ici, grâce à la vérité desmouvements divers qui agitent Roxane , et qui fontque le spectateur délibère pour ainsi dire avec elle.C’est à force de vérité que Racine fait passer, etce qu’il a de plus hardi, et ce qu’il a de plus sim-ple. La Haute.
6 4 Ajax, di.ns Sophocle , s’exprime à peu près demême: »(J Jupitei! s’écrie-t-il, auteur de ma race,>qiie ne puis je exterminer ce méchant fourbet( Ulysse ) que je hais! que ne puis-je percer le» cœur de deux injustes rois, rl me tuer moi-même* après f nx ! > (Note manuscrite de Racine ; Sophoclede <a iuMiolliègue du roi, p, 18.) La Haute.
Hans le vers précédent, les unissant d’un mêmepoignard : expression d’une hardiesse heureuse.
Geoffroy.
8 5 La question est familière, même dans la bon-che d’une sultane, au moment d’utie si grandecrise : le mol amoureux , et cette Façon de parler,être Gr/iaureua: de quelqu’un , doivent cire bannis dela tragédie, comme exprimant une sorte d’auiourqui n'est ni assez sérieuse ni assez noble. Geoff.
s 6 On diroil 1 tien, ses soupirs et ses gémissementsmarquent encore un reste de vie; mais quand le no-minatif csL une personne,il faut dire, elle ne montre.C’est que le mot nmr^uer, dans les personnes, sup-pose toujours mie intention; elle marque de (a haine,de l’amour , etc. Ces petites distinctions tiennent àla logique de la grammaire , et c’est dans un écri-vain tel que .Racine qu’il faut les observer, d’autantplus qu’il y manque plus rarement. La Hakpe.
Ê ? Le mot sein se trouve employé deux vers plushaut. Hans le vers suivant , le mot lettre signifieécriture. C’est la seconde lois que Racine l’emploiedans ce sens. Geoffroy.
6 8 Après ce vers , Racine a retranché les quatresuivants :
Tu n’as pas eu besoin de tout ton artifice ,
Et je veux bien te faire encor celte justice :Toi-même, je m’assure . ns rougi plus d'un jourDu peu qu’il t’eu coûtuit pour tromper tant d’amour.Moi qui, de ce haut rang, etc.
6 » Attacher des jours à des périls : il étoit impos-sible d’exprimer avec plus d’énergie le» sacrificesque Roxaue faisait à son amant. C’esl un de cestours hardis créés par Racine , et dont la justesseégale la richesse poétique. A. Martin.
70 C’est Virgile qui a fourni à Racine cette heu-reuse figure ; le poète latin fait dire à Hidon :
u Infelix Dido , mine te fata irnpia tangunl !
«T uni. decuit, cuni seeptra dalias. t
• Malheureuse Hidon , tu pleures maintenant tacruelle destinée! Ab! tu devois pleurer quand tulivrois au perfide ton cœur et ion empire! * (Æncid.,lib. IV, v. êc)6 et 5 g 7.)
71 Expression très poétique, qui semble une imi-tation de ce vers du Cid :
Nous laissent pour adieu leurs cris épouvantables.
Il est remarquable que ce beau vers ayant été
critiqué par l’académie , Corneille lui substitua levers suivant, qui est bien loin d’offrir une aussigrande image :
Poussent jusques auxcieux des cris épouvantables.
72 Cette construction , interdite à la prose , quidoit dire vaincu par (es obstacles, appartient à lapoésie depuis ce vers heureux de Malherbe :
Je suis vainciTdu temps : je cède à ses outrages.
Boileau rcpéloit souvent ce vers, et Racine s’estservi deux Cols de la même construction. La II a rpe
7j Perfide pour quetqu’unu’u point été adopté parl’usage , quoique cette tournure soit plus vive queperfide envers quelqu’un , seule locution conforme àla grammaire. A. M artin. L’inversion justifie celleque Racine a employée. Aigxvs.
7 4 Ridicule 11e semble pas fuit pour entrer dansle dialogue tragique. Ici c’est nue lu-auté : le poète11e pouvoit pas mieux faire sentir le profond mé-pris (l’Aromat pour ces ridicules jalousies d’amourqui viennent, malgré lui, se mêler à de si grandsintérêts. Corneille s’est servi du même mot plusheureusement encore, en parlant de ce foudre ri-dicule que les païens metloient dans les mains deleur Jupiter : le contraste de foudre et de ridiculeest de génie- La Harpe.
75 Hardie et sortie, foiblcs rimes, que Racinene s’est permises que. par l’aHinité du son entre le det le t. Aicvan.
76 Cet hémistiche blesse l’harmonie; niais laforce de la situation ne permet guère qu’on s’enaperçoive. Aigjvan.
77 La grarmnaiie voudroit, «ii.mnt dû. Maisanciennement quoique régissoit aussi l’indicatif,ainsi que Ménage l’a remarqué. Aion.an.
78 Boileau et Racine ont employé cette façonde parler devant que : c’étoil une raison pour laconserver; mais l'aveugle tyrannie de l'usage l’asupprimée. On lisoit dans la première édition :
El devant qu’à ma vue,
Prévenant mon espoir, vous fussiez apparue. G.
7 9 Racine , dans l’édition de 1676, a très heu-reusement substitué ce vers terrible au suivant,dont l’idée et l’expression étoient également ré-préhensibles :
De ton cœur par sa mort viens me voir assurer.
Geoffroy.
8 0 Dans les règles de la grammaire , il faudroitrépéter ni, à la place de la conjonction et.
L- DE BoiSJERMAfX.
8 1 Après ce vers, Racine a supprimé les six verssuivant», qui se trouvent dans l’édition de 1672 :
Si mon cœur l’avoil crue , il ne seroil qu’à vous.Confessant vo* bienfaits, reconnoissant vos charmes,Elle a pour 111c fléchir employé jusqu’aux larmes.Toute prête vingt fois à se sacrifier,
Par sa mort elle-même a voulu uoti» lier.
En un mot, etc.