| ACTE I, SCÈNE X—IL 241
1 Et moi, plus que jamais à mon père fidèle ,
Tu sais combien de fois ses jalouses tendresses
Je conserve aux Romains une haine immortelle.
Ont pria soin d’assurer la mort de ses maîtresses.
Cependant et ma haine et ses prétentions
Je volai vers Nymphée ; et mes tristes regards
Sont les moindres sujets de nos divisions.
Rencontrèrent Pharnace au pied «le ses remparts.
AHHATE.
J’en conçus, je l’avoue , un présage funeste.
Et quel autre intérêt contre lui vous anime ?
Tu nous reçus tous deux, et tu sais tout le reste.
XIPHâRKS.
Pharnace, en ses desseins toujours impétueux,
Je m’en vais t’étonner : celte belle Monime ,
Ne dissimula point ses vœux présomptueux,
Qui du roi notre père attira tous les vœux ,
De mon père à la reine il conta la disgrâce ,
Dont Pharnace, après lut, se déclare amoureux...
L’assura de sa mort, et s’offrit en sa place.
ABCiTE.
Comme il le dit, Arbate , il veut l’exécuter.
lié bien, seigneur?
Mais enfin, à mon tour, je prétends éclater :
XlPHARtSS.
Autant que nnm amour respecta la puissance
Je l’aime, et ne veux plus m’en taire
D’un père à qui je fus dévoué dès l’enfance,
Puisque enfin pour rival je n’ai plus que mon frère.
Autant ce même amour, maintenant révolté ,
Tu ne t’atlendoispas . sans doute, à ce discours
De ce nouveau rival brave l’autorité.
Mais ce n'est point, Àrbate,un secret de deux jours 11 .Cet amour s’est long-temps accru dans le silence.
Ou Monime , à ma flamme elle-même contraire ,
Condamnera l’aveu que je prétends lui faire ;
Que n’en puis-je à tes yeux marquer la violence ,
O 11 bien, quelque malheur qu’il en puisse avenir 1 6 ,
Et mes premiers soupirs, et mes derniers ennuis 1 2 1
Ce n est que par ma mort qu’on la peut obtenir.
Mais , eu l’état funeste où nous sommes réduits ,
Voilà tous les secrets que je voulois t’apprendre.
Ce n'est guère le temps d’occuper ma mémoire
C’est à toi de choisir quel pavli tu dois prendre ;
A rappeler le cours d’une amoureuse histoire.
Qui des deux te paroît plus digne de ta foi,
Qu’il te suffise donc . pour me justifier ,
L’esclave des Romains , ou le fils de ton roi.
Que je vis , que j’aimni la reiue le premier;
Fier de leur amitié , Pharnace croit peut-être
Que mon père ignoroil jusqu’au nom de Monime
Commander dans Nymphée, et me parler en maître.
Quand je conçus pour elle un amour légitime.
Mais ici mon pouvoir ne commît point le sien :
Tl la vit. Mais, au lieu d’ulFrir à ses beautés
Le Pont est son partage, et Colchos est le mien 1 ?-
ÏTn hymen , et des vceux dignes d’être écoutés ,
Et l’on sait que toujours IaColchide et ses princes
Il crut que , sans préiendie une plus haute gloire,
Ont compté ce Bosphore au rang de leurs provinces 1 s .
Elle lui eéderoit une indigne victoire.
ARBATE.
Tu sais par quels efforts il tenta sa vertu :
Commandez-nmi,seigneur.Si j’ai quelque pouvoir,
Et que. lassé d’avoir vainement combattu 1 3 ,
Mon choix est déjà fuit, je ferai mon devoir :
Absent, mais toujours plein de son amour extrême.
Avec le même zèle , avec la même audace
11 lui fit par tes mains porter son diadème.
Que je servois le père , et gardois cette place,
Juge de inesdouleurs, quand des bruits trop certains
Et contre votre frère , et même contre vous,
M’annoncèrent du roil’ainour et les desseins:
Après la mort du roi, je vous sers contre 1ous.
Quand je sus qu’à son lit Monime réservée ,
Sans vous, ne sais-je pas que ma mort assurée ,
Avoit pris, avec toi, le chemin de Nymphée 14 !
De Pharnace eu ces lieux alloit suivre l’entrée?
Hélas ! ce fut encor dans ce temps odieux
Sais-jepasquemon sang, par ses mains répandu ,
Qu'aux offres des Romains ma mère ouvrit Iesyeux:
Eut souillé ce rempart contre lui défendu?
i Ou pour venger sa foi par eet hymen trompée ,
Assurez-vous du cœur et du choix de la reine ;
Ou ménageant pour moi la faveur de Pompée,
Du resle, ou mon crédit n’est plus qu’une ombre
Elle trahit mon père, et rendit aux Romains
vaine,
La place et les trésors confiés en ses mains.
Ou Pharnace, laissant le. Bosphore en vos mains,
Quel devins-je , au récit du crime de nia mère J
Ira jouir ailleurs des bontés des Romains.
Je ne regardai plus mon rival dans mon père ;
XIPIIAHÈ8.
J’oubliai nlon amour par le sien traversé :
Que ne devrai-je point à celte ardeur extrême!
Je n’eus devant les yeux que mon père ollengé.J’attaquai les Romains; et ma mère éperdue
■ Mais on vient. Cours, ami. C’est Moni me elle-même.
Me vit, en reprenant celte place rendue,
SCÈNE II.
A mille eoups mortels contre eux rue dévouer 15 ,
Et chercher, en mourant, à la désavouer.
L’Euxin, depuis ce temps, fut libre, et l’est encore:
El, des rives de Pont aux rives du Bosphore ,
MONIME, XIPIÏARÈS.
Toulreeonnut mou père ; et ses heureux Taisscatix
MONIME.
N’eurent plus d’ennemis que les vents et les eaux.
Seigneur, je viens à vous : car enfin, aujourd’hui,
Je voulons faire plus : je préfondois , Arbalc ,
Si vous m’abandonnez, quel sera mon appui?
Moi-même à son secours m’avancer vers l’Euphrate.
Sans parents, sans amis, désolée et craintive.
Je fus soudain frappé du bruit de son trépas.
Reine long-temps de nom, mais en effet captive .
Ah milieu de mes pleurs, je 11 e le cèle pas,
Et veuve maintenant sans avoir eu d'époux,
Monime , qu’en tes mains mon pève avoit laissée,
Seigneur, de mes malheurs ce sont là les plus doux.
Avec tous ses attraits revint en ma pensée.
Je tremble a vous nommer l’ennemi qui ru’op
Que dis-je? en ce malheur je Iremblaipour ses joui s;
prime.
Je redoutai du roi les cruelles amours :
J espèie toutefois qu un cœur si magnanime