242 MITHRIDATE.
Ne sacrifiera point les pleurs des malheureux
Quand vos charmes naissantSjiuconn us à mon père,
Aux intérêts du sang qui vous unit tous deux.
N’avoient encor paru qu’aux veux de votre mère ?
Vous devez à ces mots reconnoître Pharnace :
Ah ! si, par mou devoir forcé de vous quitter ,
C’est lui, seigneur, c’est lui dont la coupable audace
Tout mon amour alors ne put pas éclater 21 , ,
Veut, la force a la main , m’attacher à son sort
Ne vous souvient-il plus, sans compter tout le reste,
Par un hymen pour moi plus cruel que la mort.
Combien je me plaignis de ce devoir funeste ?
Sous quel astre ennemi faut-il que je sois née!
Ne vous souvient-il plus, en quittant vos beaux yeux ,
Au joug d’un autre hymen sans amour destinée ,
Quelle vive douleur attendrit mes adieux ?
A peine je suis libre et goûte quelque paix,
Je m’en souviens tout seul: avouez-le, madame,
Qu'il faut que je me livre à tout ce que je. bais.
Je vous rappelle un songe effacé de votre âme.
Peut êireje devrois , plus humble en ma misère ,
Tandis que, loin de vous , sans espoir de retour,
Me souvenir du moins que je parle à son frère :
Je nourrissois encore un malheureux amour,
Mais, soit raison, destin, soit que ma haine en lui
Contente , et résolue à l’hymen de mou père ,
Confonde les Romains dont il cherche l’appui,
Tous les malheurs du fils ne vous afïïigeoienl guère.
Jamais hymen formé sous le plus noir auspice 19
MONIME.
De l’hymen que je crains n’égala le supplice.
Hélas!
Et si Monime en pleurs ne vous peut émouvoir,
XIPHARI-S.
Si je n’ai plus pour moi que mon seul désespoir,
Avez-vous plaint un moment mes ennuis?
Au pied du même autel où je suis attendue ,
MONIME.
Seigneur, vous me verrez, à moi-même rendue.
Prince... n’abusez point de l’étal où je suis 22 .
Percer ce triste cœur qu’on veut tyranniser,
XIPHARKS.
Et dont jamais encor je n’ai pu disposer.
En abuser, û ciel! quand je cours vous défendre ,
XIPH VRhS,
Sans vous demander rien, sans oser rien prétendre;
Madame, assurez-vous de mon obéissance ;
Que vous dirai-je enfin ? lorsque je vous promets
Vous avez dans ces lieux une entière puissance :
De vous mettre en état de ne me voir jamais!
Pbaruace ira , s’il veut, se faire craindre ailleurs.
MONIME.
Mais vous ne savez pas encor tous vos malheurs.
C’est nte promettre plus que vous ne sauriez faire.
MONIME.
XIPIIARÈS.
Hé J quel nouveau malheur peut affliger Monime,
Quoi! malgré mes scriuenls, vous croyez le con-
Seigneur ?
traire ?
XIPHARETJ.
Vous croyez qu’abusant de mon autorité
Si vous aimer c’est faire un si grand crime .
Je prétends attenter à votre liberté ?
Pharnaoe n’en est pas seul coupable aujourd’hui*
On vient, madame,on vient : expliquez-vous, de grâce;
Et je suis mille fois plus criminel que lui.
En mot.
MOISI-UE.
MONIME.
Vous !
Défendez-moi des fureurs de Pharnace :
XIHIARES.
Pour me faire , seigneur, consentir à vous voir,
Mettez ce malheur au rang des plus funestes ;
Vous n aurez pas besoin d un injuste pouvoir.
Attestez , s’il le laut, les puissances célestes
XIPUARKS.
Contre un sang malheureux, né pour vous tour-
Ah, madame !
menter,
MONIME.
Père , enfants, animés à vous persécuter ;
Seigneur, vous voyez votre frère.
Mais, avec quoique ennui que vous puissiez apprendre
Cet amour criminel qui vient de vous surprendre ,
Jamais tous vos malheurs ne sauroient approcher
SCÈNE III.
Des maux que j’ai soufferts en le voulant cacher.
Ne croyezpoiut pourtant que, semblable à Pharnace,
MONIME , PHARNACE, XIPHARÈS.
Je vous serve aujourd'hui pour me mettre en sa place :
Vous voulez être à vous, j’en ai donné ma foi,
PHARNACE.
Kt vous ne dépendrez ni de lui ni de moi.
Jusques à quand, madame, atlendrcz-vousmon père ?
Mais , quand je vous aurai pleinement satisfaite ,
Des témoins de sa mort viennent à tous moments
En quels lieux avez-vous choisi votre retraite ?
Condamner votre doute et vos retardement».
Sera-ce loin, madame, ou près de mes étals?
Venez , fuyez l’aspect de ce climat sauvage ,
Mc scra-l-il permis d’y conduire vos pas?
Quiue parle à vos yeux que d’un triste esclavage:
Verrez-vous d’un même œil le crime et l'innocence?
Un peuple obéissant vous attend à genoux ,
En fuvant mon rival, fuirez-vous ma présence ?
Sous un ciel plus heureux et plus digne de vous.
Pour prix d’avoir si bien secondé vos souhaits ,
Ee Pont vous reeonnoît dès long temps pour sa
Faudra-t-il me résoudre à ne vous voir jamais ?
reine :
JIONIME.
Vous eu portez encor la marque souveraine ;
Ah! que m’apprenez-vous !
Et ce bandeau royal fut mis sur votre front
XIPlIARt».
Comme un gage assuré de l’empire de Pont.
Hé quoi ! belle Monime ,
Maître de cet état que mon père me laisse ,
Si le temps peut donner quelque droit légitime.
Madame , c’est à moi d’accomplir sa promesse.
Faut-il vous dire ici que . le premier de tous ,
Mais il faut, croyez-moi, sans attendre plus tard 25 ,
Je vous vis, je formai le dessein d’être à vous,
Ainsi que notre hymen presser notre départ :