246 MITHRIDATE.
Et s’il faut que pour lui Monhue prévenue
Vous-même, d’un autre œil me verriez-vous madame,
Ail pu porter ailleurs une amour qui m’est due ,
Si ces Grecs vos aïeux revivoient dans votre âme ?
Malheur au criminel qui vient me la ravir,
Et, puisqu’il faut enfin que je sois votre époux ,
Kl qui m’ose offenser et n’ose me servir]
N’étoit-il pas plus noble , et plus digne de vous,
L’aime-t-ellc ?
De joindre à ce devoir votre propre suffrage ,
ARBATIT.
D’opposer votre estime au destin qui m’outrage,
Seigneur, je vois venir la reine.
Et de me rassurer , en fiat tant ma douleur ,
üTITII K IDA TB.
Contre la défiance attachée au malheur ?
Dieux, qui voyez ici mon amour et ma haine,
Hé quoi! n’avez-vous rien, madame, à me ré-
Epargnez mes malheurs, cl daignez empêcher 41
pondre ?
Que je ne Irouve encor ceux que je vais chercher!
Tout mon empressement ne sert qu’à vous confondre.
Arbate, c’esl assez : qu’on me laisse avec elle.
Vous demeurez muette; et,loin de me parler,
Je vois, malgré vos soins, vos pleurs prêts à couler.
juomiiE.
SCÈNE IV.
Moi, seigneur? Je n’ai point de larmes à répandre.
J’obéis : n’est-ce pas assez me faire entendre ?
MITHRIDATE, MONUIE.
Et ne sulüt-il pas...
MITHRIDATE.
MITnRIDATE.
Non , ce n’est pas assez.
Madame, enfin le ciel près de vous me rappelle,
Je vous entends ici mieux que vous ne pensez ;
Et, secondant du moins mes plus tendres souhaits,
Je vois qu’on m'a dit vrai. Ma juste jalousie
Vous rend à mon amour plus belle que jamais.
Par vos propres discours est trop bien éclaircie :
Je ne ui’altendois pas que de notre hyménée
Je vois qu’un fils perfide , épris de vos beautés ,
Je dusse voir si tard arriver la journée ;
Vous a parlé d’amour , et que vous l'écoulez.
Ni qu’en vous retrouvant, mon funeste retour
Je vous jette pour lui dans des craintes nouvelles ;
Fît voir mon infortune , et non pas mon amour.
Mais il jouira peu de vos pleurs infidèles,
C’est pourtant cet amour, qui, de tant de retraites,
Madame ; et désormais lotit est sourd à mes lois ,
Ne nie laisse choisir que les liens où vous êtes ;
Ou bien vous l’avez vu pour la dernière fois.
Et les plus grands malheurs pourront me sembler
Appelez Xipharès.
doux,
MONIME.
Si ma présence ici n en est point un pour vous:
Ah! que voulez-vous faire ?
C’esl veus en dire assez, si vous voulez m’enlemlre.
Xipharès...
Vous devez à ce jour dès long-temps vous attendre;
MITHRIDATE.
Et vous portez , madame , un gage de ma foi
Xipharès n a point trahi son père :
Qui vous dit tous les jours que vous êtes à moi.
Vous vous pressez en vain de le désavouer ;
Allons donc assurer cette foi mutuelle.
Et ma tendre ntnilié ne peut que s’en louer.
Ma gloire loin d’ici vous et moi nous appelle;
Ma honte en sentit moindre, ainsi que votre crime,
Et, sans perdre un moment pour ce noble dessein,
Si ce fils, en effet digne de votre estime ,
Aujourdhui votre époux, il faut partir demain.
A quelque amour encore avoit pu vous forcer.
MONIME.
Mais qu’un traître, qui n’est hardi qu’à m’offenser,
Seigneur, vouspouvezlout : ceux par qui je respire
De qui nulle vertu n’accompagne l’audace,
\ous ont cédé sur moi leur souverain empire :
Que Pharnace, en un mot, ait pu prendre ma place,
Et, quand vous userez de ce droit tout puissant,
Je ne vous répondrai qu'en vous obéissant.
Qu’il soit aimé , madame , et que je sois haï...
MITIIIUDATE.
SCÈNE V.
Ainsi, prête à subir un joug qui vous opprime,
Vous n’allez à l’autel que comme une victime-,
Et moi, lyrau d un cœur qui se refuse au mien,Même en vous possédant je ne vous devrai rien.
MITHRIDATE, MONIME , XIPHARÈS.
Ah, madame! cst-cc là de quoi me satisfaire ?
MITHRIDATE.
Faut-il que désormais, renonçant a vous plaire ,
Venez , mon fils; venez , votre père est trahi.
Je ne prétende plus qu à vous lyranniser?
Un fils audacieux insulte à ma ruine ,
Mes malheurs, en uu mot, me font-ils mépriser?
Traverse mes desseins , m’outrage, m’assassine ,
Ah ! pour tenter encor de nouvelles conquêtes
Aline la reine enfin , lui plaît, et me ravit
Quand je ne verrois pas des routes toutes prêtes,
Un cœur que son devoir à moi seul asservit.
Quand le sort ennemi m’auroit jeté plus bas,
Heureux pourtant, heureux , que , dans cette dis
Vaincu , persécuté , sans secours , sans élafs ,
grâce,
Errant de mers en mers, et moins roi que pirate ,
Je ne puisse accuser que la main de Pharnace;
Conservant pour tous biensle nom de Mithridate,
Qu’une mère infidèle, un frère audacieux,
Apprenez que, suivi d’un nom si glorieux ^ 3 ,
Vous présentent en vain leur exemple odieux !
Tartont de l’univers j’attacherois les yeux ;
Oui, mon fils, c’est vous seul sur qui je me repose,
Et qu’il n'est point de rois, s’ils sont dignes de l’être,
Vous seul qu’aux grands desseins que mou cœur se
Qui, sur le trône assis , n’enviassent peut-être
propose
Au-dessus de leur gloire un naufrage élevé,
J’ai choisi dès long-temps pour digne compagnon,
QueRorue ci quarante ans ont à peine achevé ,4 .
L’héritier de mon sceptre, et surtout de mon nom.