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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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ACTE IT, SCÈNE V—VI. 247

Pliarnace, ch ce moment, et ma flamme offensée,

Sous quel appui tantôt mon cœur s’est-il jeté?

Ne peuvent pas tout seuls occuper ma pensée :

Quel amour ai-je enfin sans colère écouté ?

T)’tm voyage important les soins et les apprêts,

XIPHABtS.

Mes vaisseaux qu’à partir il faut tenir tout prêts ,

0 ciel ! Quoi ! je scroisce bienheureux coupable i 8

Mes soldats, dont je veux tenter la complaisance,

Que vous avez pu voir d’un regard favorable !

Dans ce même moment demandent ma présence.

"Vos pleurs pour Xipharës auroienldaigné couler?

Vous cependant ici veillez pour mon repos;

MONIME.

D’un rival insolent arrêtez les complots :

Oui, prince : il n’est plus temps de le dissimuler ;

Ne quittez point ht reine; et, s’il se peut,vous-même

Ma douleur pour se taire a trop de violence.

Rendoz-la moins contraire aux vœux d’un roi qui

Un rigoureux devoir me condamne au silence i

l’aime ;

Mais il faut bien enfin , malgré ses dures lois ,

Détournez-la , mon Gis, d’un choix injurieux :

Parler pour la première et la dernière fois. ,

Juge sans intérêt, vous la convaincrez mieux.

Vous m’aimez dés long-temps : une égale tendresse

En un mot, c’est assez éprouver ma foiblesse :

Pour vous, depuis long-temps, m’afflige et m’in-

Qu’elle ne pousse point cette même tendresse ,

téresse

Que sais-je ? à des fureurs dont mon cœur outragé

Songez depuis quel jour ces funestes appas

Ne se repenliroit qu'après s’être vengé 46 .

Firent naître un amour qu’ils ue méritoient pas;Rappelez un espoir qui ne vous dura guère ,

SCÈNE VL

Le trouble où vous jeta l’amour de votre père ,

Le tourment de me perdre et de le voir heureux ,

Les rigueurs d’un devoir contraire à tous vos vœux :

HOMME, XIPIIAEÈS.

Vous n’eu sauriez, seigneur, retracer la mémoire,

Ni conter vos malheurs, sans conter mon histoire;

XlPUAItiîS.

Et, lorsque ce matin j’en écoutois le cours,

Que dirai-je, madame ? et comment dois-je entendre

Mon cœur vous l épondoit tous vos mêmes discours.

Cet ordre , ce discours que je ne puis comprendre ?

Inutile, ou plutôt funeste sympathie!

Seroil-il vrai, grands dieux! que, trop aimé de vous,

Trop parfaite union par le sort démentie !

Pliarnace eût en effet mérité ce courroux?

Ah! par quel soin cruel le ciel a voit-il joint

Pliarnace auroit-il part à ce désordre extrême?

Deux cœurs que l’un pour l’autre il ne destinoit

MONIME.

point !

Pharnacc ? 0 ciel! Pliarnace! Ah J qu’entends-je

Car ,quel que soit vers vous le penchant qui m’attire.

moi-même ?

Je vous le dis, seigneur, pour ne plus vous le dire ,

Ce n’est donc pas assez que ce funeste jour

Ma gloire me rappelle et m’entraîne à l’autel,

À tout ce que j'aimois m’arrache sans retour.

Où je vais vous jurer un silence éternel 5o .

Et que, de mon devoir esclave infortunée,

J’entends, vous gémissez; mais telle est ma misère,

A d’éternels ennuis je me voie enchaînée?

Je ne suis point à vous, je suis à votre père.

Il faut qu’on joigne encor l’outrage à mes douleurs!

Dans ce dessein vous-même il faut me soutenir,

A l'amour de Pharnnce on impute mes pleurs !

Et de mon foible cœur m’aider à vous bannir.

Malgré tou te ma haine on veut qu’il m’ait su plaire!

J’attends du moins, j’attends de votre complaisance

Je le pardonne au roi, qu’aveugle sa eolcre ,

Que désormais partout vous fuirez ma présence.

Et qui de mes secrets ne peut être éclairci :

J’en viens de dire assez pour vous persuader

Mais vous, seigneur,mais vous, me traitez-vous ainsi?

Que j’ai trop de raison de vous le commander.

XIPIIAEÈS.

Mais après ce moment, si ne cœur magnanime

Ah ! madame , excusez un amant qui s’égare ,

D’un véritable amour a brûlé pourMonimc ,

Quilui-même , lié par un devoir barbare ,

Je ne reconnois plus la foi de vos discours,

Se voit près de tout perdre, et n’ose se venger is .

Qu’au soin que vous prendrez de ru’eviterloujours.

Mais des fureurs du roi que puis-je enfin juger?

XII’HARKS.

Il se plaint qu’à ses vœux un autre amour s’oppose :

Quelle marque, grands dieux! d'un amour déplo-

Oucl heureux criminel en peut être la cause ?

rable !

Qui? Parlez.

Combien, en un moment, heureux et misérable!

MONIME.

De quel comble de gloire et de félicités,

Vouscherchez , prince, à vous tourmenter.

Dans quel abîme affreux vous me précipitez !

Plaignez votre malheur, sans vouloir l’augmenter.

Quoi ! j’aurai pu toucher un cœur nomme le vôtre,

XIPIlAHfcS.

Vous aurez pu m’aimer; et cependant un autre

Je sais trop quel tourment je m’apprête moi-même.

Possédera ce cœur don^ j’attirois les vœux !

C’est peu de voir un père épouser ce que j’aime :

Père injuste, cruel, mais d’ailleurs malheureux !...

Voir encore un rival honoré de vos pleurs ,

Vous voulez que je fuie , et que je vous évite :

Sans doute c’esi pour moi le comble des malheurs;

Et cependant le roi m’attache à votre suite.

Mais dans mon désespoir je cherche à les accroître.

Que dira-t-il ?

Madame, par pitié , failes-le-inoi connoître :

ITONIMW.

Quel est-il, cet amant ? Qui dois-je soupçonner ?

N’importe , i! me faut obéir.

MONIME.

Inventez des raisons qui puissent 1 éblouir.

Avez-vous tant de peine à vous l’imaginer ?

D’un héros tel que vous c’rst là l’effort suprême :

Tantôt , quand je i'uyois une injuste contrainte ,

Cherchez, prince, cherchez, pour vous trahir vous-

A qui contre Pharnace ai-je adressé ma plainte ?

même,