ACTE X, SCENE I.
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PERSONNAGES.
BtJBYBÀTE, S
ÆGINE , feimne de la suite de Clyîemnesire.BORIS, confidente d’Ériphiie.
CARDES.
La s cène est en Àulide, dans /a tente d’Agomemnon.
AGAMEMNON.
ACHILLE.
ULYSSE.
CLYTEMNESTRE, femme d’Agamemnon.TfclIIGÉNIE, fille d’Againemnon.ÉR1PHILE, fille d’Hélène et de Thésée.
ACTE PREMIER.
SCÈNE I.
agamemnon, arcas.
AGAMEMNON.
Oui , c’est Agamemnon , c’est ton roi qui t’éveille.Viens, reconnois lu voix qui frappe ton oreille 7 .
ARCAS.
C’est vous-même, seigneur. 1 Quel important besoinVous a fait devancer l’aurore de si loin?
A peine un foible jour vous éclaire et me guide,
Vos yeux seuls et les miens sont ouverts dans l’Au-lide 5 .
Avez-Vous dans les airs entendu quelque bruit?
Les vents nous auroicnt-ils exaucés celte nuit?
Mais tout dort, et l’armée, et les vents, et Neptune.
AGAMEMNON.
Heureux qui, satisfait de son humble fortune,
Libre du joug superbe oii je suis attaché ,
Vit dans l’état obscur où les dieux l’ont caché 1
ARCAS.
Et depuis quand, seigneur, tenez-vous ce langage?Comblé de tant d'honneurs, par quel secret outrageLes dieux, à vos désirs toujours si complaisants ,Vous font-ils nxéeonnoître et haïr leurs présents ?Roi, père, époux heureux, fila du puissant Atrée,Vous possédez des Grecs la plus riche contrée :
Du sang de Jupiter issu de tous côtés,
L’hymen vous lie encore aux dieux dont vous sortez:
Le jeune Achille enfin, vanté par tant d’oracles ,Achille , à qui le ciel promet tant de miracles,Recherche votre fille , et d’un hymen si beauVeut dans Troie embrasée allumer le flambeau.Quelle gloire, seigneur, quels triomphes égalentLe spectacle pompeux que ces bords vous étalent;Tous ces mille vaisseaux, qui, chargés de vingt rois 9 ,N’attendent que les vents pour partir sous vos lois?
Ce long calme, il est vrai, retarde vos conquêtes 1 °;Ces vents, depuistrois mois enchaînés sur nos têtes,D’Uiorj trop long-temps vous ferment le chemin :Mais, parmi tant d’honneurs, vous êtes homme enfin :Tandis que vous vivrez, le sort, qui toujours change,
Ne vous a point promism> bonheur sans mélange.Bientôt... Mais quels malheurs dans ce billet tracésVous arrachent, seigneur, les pleurs que vous versez ?
Votre Oreste au berceau va-t-il finir sa vie?IMeurezivous Clyierunestre, ou bien Iphigénie?.Qu’est-ce qu’on vous écrit? Daignez m’en avertir !1 .
AGAMEMNON.
Non, tu ne mourras point, je n’y puis consentir.
ARCAS.
Seigneur...
AGAMEMNON.
Tu vois mon trouble; apprends ce qui le cause,Et juge s’il est temps, ami, que je repose.
Tu te souviens du jour qu’en Aulide assemblésNos vaisseaux par les ventssembloient être appelés:Nous partions; et déjà,par mille cris de joie,Nous menacions de loin les rivages de Troie.
Un prodige élonnant fit taire ce transport;
Le vent qui nous flalloit nous laissa dans le port.Il fallut s’arrêter , et la rame inutileFatigua vainement une mer immobile 12 .
Ce miracle inouï me fit tourner les yeuxVers la divinité qu’on adore en ces lieux :
Suivi de Ménélas, de Nestor, et d’Ulysse,
J’offris sur ses autels un secret sacrifice.
Quelle fut sa réponse! et quel devins-je, Arcas 11 ,Quand j’entendis ces mots prononcés par Calchas!« Vous armez contre Troie une puissance vaine ,
« Si, dans un sacrifice auguste et solennel,b Une fille du sang d’Hélèneh De Diane . en ces lieux , n’ensanglante l’autel.«Pour obtenir les vents que le ciel vous dénie,
« Sacrifiez Iphigénie. >
ARCAS.
Voire fille i
4gameunon.
Surpris, comme lu peux penser,
Je sentis dans mon corps tout mon sang se glacer.Je demeurai sans voix, et n’en repris l’usageQue par mille sanglots qui se firent passage.
Je condamnai les dieux, et, sans plus rien ouïr,Fis vceu , sur leurs autels , de leur désobéir.
Que n’en crovois-je alors ma tendresse alarmée 1Je voulois sur-le-champ congédier l’ai mée.Ulysse, en apparence, approuvant mes discours,De ce premier torrent laissa passer le cours.
Mais bientôt, rappelant sa cruelle industrie ,
Il me représenta l’honneur et la patrie,
Tout ce peuple , ces rois, à mes ordres soumis,Et l’empire d’Asie à la Grèce promis:
De quel front, immolant tout l’étal à ma fille 14 ,Roi sans gloire, j’irois vieillir dans ma famille.