Buch 
Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
Entstehung
JPEG-Download
 

2

IPHIGÉNIE.

Je me laissai conduire à cet aimable guide 4S -Je J’aimois à Lesbos, et je l’aime en Aulide.Iphigénie en vain s’ofïrc à me protéger,

Et tne tend une main prompte à me soulager :Triste effet des fureurs dont je suis tourmentée ,

Je n’accepte la main qn’cile m’a présentée '

Que pour in’armercoutre elle, et, sans me décou-vrir,

Traverser son bonheur que je ne puis souffrir.

DOBIB.

Et que ponrroit contre elle une impuissante haine 1,4 ?Ne valoit-il pas mieux, renfermée à Mycène,Eviter 1rs tourments que vous venez chercher ,

Et combattre des feux contraints de se cacher?ériphii.e.

Je le voulois , Boris. Mais , quelque triste imageQue sa gloire à mes yeux montrât sur ce rivage,

Au sort qui me traînoit il fallut consentir 45 :

Une secrète voix m’ordonna de partir,

Me dit qu’offrant ici ma présence importune ,Peut-être j’y pourroia porter mon infortune;

Que peut-être, approchant ces amants trop heureux ,Quelqu’un de mes malheurs se répandroil sur eux.Voilà ce qui m’amène , et non l’impatienceD’apprendre à qui je dois une triste naissance;

Ou plutôt leur hymen me servira de loi:

S’il s’achève , il suffit , tout est fini pour moi :

Je périrai, Doris ; et, par une mort prompte ,

Bans la nuit du tombeau j’enfermerai ma honte ,Sans chercher des parents si long temps ignorés ,

Et que ma folle amour a trop déshonorés.

BORIS.

Que je vous plains, madame 1 et que la tyrannie...

ÉRIPHILE.

Tu vois Agamemnon avec Iphigénie.

SCÈNE II.

AGAMEMNON , IPHIGÉNIE , ÉIUPHILE ,BORIS.

IPHIGÉNIE.

Seigneur, où courez-vous ? et quels empressementsVous dérobent si tôt à nos embrassements ?

A qui dois-je imputer celte fuite soudaine ?

Mon respect a fait place aux transports de la reine;Un moment à mon tour ne vous puis-je arrêter?Et ma joie à vos yeux n’ose-l-elle éclater ?

Ne puis je...

AGAMEMNON-

Hé bien , ma fille , embrassez votre père ;Il vous aime toujours.

IPHIGÉNIE.

Que cette amour m’est chère !Quel plaisir de vous voir et de vous contemplerBans oeïiouvel éclat dont je vous vois briller 46 !Quels honneurs 1 quel pouvoir! Déjà la renomméePar d’étonnants récits m’eu avoit informée ;

Mais que , voyant de près ce spectacle charmant,Je sens croître ma joie et mon étonnement !

Dieux ! avec quel amour la Grèce vous révère 1Quel bonheur de me voir la fille d’un tel père 1

AGAMEMNON.

Vous méritiez, ma fille , un père plus heureux.

IPHIGÉNIE.

Quelle félicite peut manquer à vos vœux ?

A de plusgrands honneurs un roi peut-il prétendre?J’ai cru n’avoir au ciel que des grâces à rendre.AGAMEMNON, à part.

Grands dieux ! à son malheur dois-jc la préparer ?IPHIGÉNIE.

Vous vous cachez, seigneur, etsemblez soupirer;Tous vos regards sur inoi ne tombent qu’avec peine:Avons nous sans votre ordre abandonné Mycène ?

AGAMEMNON.

Ma fille , je vous vois toujours des mêmes yeux :Mais le» temps sont changés , aussi-bien que leslieux.

B’un soin cruel ma joie est ici combattue.IPHIGÉNIE.

Hé ! mon père, oubliez votre rang à ma vue.

Je prévois la ligueur d’un long éloignement.N’osez-vous sans rougir être père un moment ?Vous u’avez devant vous qu’une jeune priueesseA qui j’avois pour moi vanté votre tendresse;

Cent fois lui promettant mes soins, votre bonté,J’ai fait gloire à ses yeux de ma félicité :

Que va-t-elle penser de votre indifférence?

Ai-je fia11é ses vœux d’une fausse espérance ?N’éclaircirez-vous point ce front chargé d’ennuis?AGAMEMNON.

Ah ! ma fille !

IPHIGÉNIE.

Seigneur, poursuivez.AGAMEMNON.

Je ne puis.

IPHIGÉNIE.

Périsse le Troyen auteur de nos alarmes 1AGAMEMNON.

Sa perte à ses vainqueurs coùterabien des larmes.

ÎI'HJGÉNIE.

Les dieux daignent surtout prendre soin de vosjours!

AGAMEMNON.

Les dieux depuis un temps me sont cruels et sourds.

IPUIGKISIK.

Calchas, dit-on , prépare un pompeux sacrifice ?AGAMEMNON.

Puissé-je auparavant fléchir leur injustice !

IPHIGÉNIE.

L’offrira-t-on bientôt ?

AGAMEMNON.

Plus tôt que je ne veux.

IPHIGÉNIE.

.Me sera-t il permis de me joindre à vos vœux?Verra-t-on à l’autel votre heureuse famille ?

AGAMEMNON.

Hélas!

IPHIGÉNIE.

Vous tous taisez!

AGAMEMNON.

Vous y serez , ma fille.

Adieu.