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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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ACTE II, SCENE III—Y.

SCÈNE III.

IPHIGÉNIE , ÉMPHILE , BORIS.

IPHIGÉNIE.

De cet accueil que dois-je soupçonner ?

D’une secrète horreur je me sens frissonner :

Je crains, malgré moi-même, un malheur que j’ignore.Justes dieux! vous savez pour qui je vous implore!ÉiurniLiî.

Quoi! parmi tous les soins qui doivent l’accabler,Quelque froideur suffit pour vous faire trembler!Hélas ! à quels soupirs suis-je donc condamnée,

Moi qui, de mes parents toujours abandonnée,Étrangère partout, n’ai pas, même en naissant,Peut-être reçu d’eux un regard caressant!

Du moins, si vos respects sont rejetésd'un père ,Vous en pouvez gémir dans le sein d’une mère;

Et, de quelque disgrâce enfin que vous pleuriez ,Quels pleurs par un amant ne sont point essuyés!

ll'UIGÉNIE. f

Je ne m’en défends poiut : mes pleurs, bi lle Eriphile,Ne tiendront pas long temps contre les soins d’Achille;Sa gloire, son amour, mon père , mon devoir.

Lui donnent sur mon âme un trop juste pouvoir.Mais de lui-même ici que faut-il que je pense?

Cet amant, pour me voir brûlant d’impatience ,

Que les Grecs de ces bords ne pouvoienL arracher.Qu’un père de si loin m’ordonne de chercher,S’empressc-t il assez pour jouir d’une vueQu’avec tant de transports je croyois attendue?

Pour moi, depuis deux jours qu’approchant de ceslieux,

Leur aspect souhaité sc découvre à nos yeux ,

Je l’attendois partout: et, d’un regard timide,

Sans cesse parcourant les chemins de l’Aulide,

Mon cœur pour le chercher voloit loin devant moi,

Et je demande Achille à tout ce que je voi.

Je viens, j'arrive enfin sans qu’il m’ait prévenue.

Je n’ai percé qu’à peine une foule inconnue;

Lui seul ne paroît point : le triste AgninemnonSemble craindre à mes yeux de prononcer son nom.Que fait-il? Qui pourra m’expliquer ce mystère ?Trouverai-je l’amant glace comme le père?

Et les soins de la guerre auroient-ils en un jourEteint dans tous les cœurs la tendresse et l’amour?Mais non, c’est l'offenser par d’injustes alarmes :

C’est à moi que l’on doit le secours de ses armes.

Il n’éloit point à Sparte entre tous ces amantsDont le père d’Hélène a reçu les serments :

Lui seul de tous les Grecs, maître de sa parole ,

S’il part contre Ilion , c’est pour moi qu’il y vole;

Et, satisfait d’un prix qui lui semble si doux,

Il veut même y porter le nom de mon époux.

SCÈNE rv.

CLYTEMNESTRE, IPHIGÉNIE, ERIPHILE,DOEIS.

CT.TTKMNKSTRE.

Ma fille, il faut partir sans que rien nous retienne ,

Et sauver, en fuyant, votre gloire et la mienne.

* 1 *

Je ne m’étonne plus qu’interdit cl distraitVoire père ail paru nous revoir à regret :

Aux affronts d’un refus craignant de vous commet-tre 47 ,

Il m’avoit par Areas envoyé cette lettre.

Areas s’est vu trompé par notre égarement ,

Et vient de me la rendre en ce même moment.Sauvons, encore un coup, notre gloire offensée:Pour votre bymen Achille a changé de pensée ,

Et, refusant l’honneur qu'on lui veut accorder,Jusques à suu retour il veut le retarder.

ÊBIPHILE.

Qu’entends-je ?

CLÏTEMNl-STRE.

Je vous vois rougir de cet outrage.Il faut d’un noble orgueil armer votre courage.Moi-même , de l’ingrat approuvant le dessein ,

Je vous l’ai dans Argos présenté de ma mainEl mon choix , que flatloit le bruit de sa noblesse,Vous donnoit avec joie au lils d’une déesse.

Mais , puisque désormais son lâche repentirDément le sang des dieux dont on le fait sortir.Ma fille , c’est à nous de montrer qui nous sommes,Et de ne voir en lui que le dernier des hommes.Lui ferons-nous penser, par un plus long séjour.Que vos vœux de son cœur attendent le retour ?Rompons avec plaisir un bymen qu’il diffère.

J’ai fait de mon dessein avertir votre père;

Je ne l’attends ici que pour m’en séparer;

Et pour ce prompt départ je vais tout préparer.

( à Eriphile. )

Je ne vous presse point, madame, de nous suivre ;En de pius chères mains ma retraite vous livre.

De vos desseins secrets on est trop éclairci 5El ce n’est pas Calchas que vous cherchez ici.

SCÈNE V.

IPHIGÉNIE, ERIPHILE, DORIS.

IPHIGÉNIE.

En quel funeste état ces mots m’ont-ils laissée JPour mon hymen Achille a changé de pensée!

11 me faut sans honneur retourner sur mes pas!

Et vous cherchez ici quelque autre que Calchas!

ÉCIPHILE.

Madame, à ce discours je ne puis rien comprendre.

IPHIGÉNIE.

Vous m’entendez assez, si vous voulez m’entendre.Le sort injurieux nie ravit un époux;

Madame, à mon malheur m’abandonnerez-vous?Vous 11e pouviez sans moi demeurer à illycèm- ;Me verra-t-on sans vous partir avec la reine ?ÉRIPIIU.E.

Je voulois voir Calchas avant que de partir.

/ IPHIGÉNIE.

Que tardez-vous, madame, à le faire avertir?in iphile.

D’Argos, dans un moment, vousreprenez la route.

IPHIGÉNIE.

Un moment quelquefois éclaircit plus d’un doute.Mais, madame, je vois que c’est trop vous,presser ;Je vois ce que jamais je n’ai voulu penser :

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