ACTE III, SCÈNE V —VI.
Elle n’a que vous seul : vous êtes en ces lieuxSon père , sou époux » son asile , ses dieux.
Je lis dans vus regards la douleur qui vous presse.Auprès de voire époux, ma fille , je vous laisse.Seigneur, daignez m'attendre, et ne la pointquitter.
A mon perfide époux je cours me présenter :
Il ne soutiendra point la fureur qui m’anime.
Il faudra que Calclias cherche une autre victime :Ou , si je ne vous puis dérober à leurs coups ,lia fille, ils pourront bien m’immoler avant vous.
SCÈNE VI.
ACHILLE, IPHIGÉNIE«L
ACHILLE.
Madame , je me tais , et demeure immobile.Est-ce à moi que l’on parle, et connoîl-on Achille ?U ne mère pour vous croît devoir me prier !
Une reine à mes pieds se vient hmnilicrJEt, me déshonorant par d’injustes alarmes,
Pour attendrir mon cœur on a recours aux larmes!Qui doit prendre à vos jours plus d’intérêt que moi ?Ah ! sans doute, on s’en peut reposer sur ma foi.L’outrage me regarde ; et, quoi qu’on entreprenne.Je réponds d’une vie où j’allacbe la mienne.
Mais ma juste douleur va plus loin m’engager :C’est peu de vous défendre, et je cours vous venger,Et punir à la fois le cruel stratagèmeQui s’ose de mon nom armer contre vous. même.irUIGÉNIJB.
Ah! demeurez, soigneur, ci daignez m’écouter.ACHILLE.
Quoi, madame I un barbare osera m’insulter!
Tl voit que de sa sœur je cours venger l’outrage ;Tl sait que, le premier lui donnant mon suffrage ,Je le fis nommer chef de vingt rois ses rivaux ;
Et, pour fruit de mes soins, pour fruit de mestravaux,
Pour tout le prix enfin d’une illustre victoireQui le doit enrichir, venger, combler de gloire ,Content et glorieux du nom de votre époux,
Je ne lui demandois que l’honneur d'être à vous flS :Cependant aujourd’hui, sanguinaire, parjure ,C’est peu de violer l’amitié , la nature ,
C’est peu que de vouloir, sous un couteau mortel,Me montrer votre cœur fumant sur un autel ;D’un appareil d’hymen couvrant ce sacrifice,
Il veut que ce soit moi qui vous mène au supplice,Que ma crédule main conduise le couteau ,Qu’au lieu de votre époux je sois votre bourreau !Et quelétoit pour vous ce sanglant hyménée,
Si je fusse arrivé plus lard d'une journée?
Quoi donc! à leur fureur livrée eu ce momentVous iriez à l’autel me chercher vainement ;
Et d’un fer imprévu vous tomberiez frappée,
En accusant mon nom qui vous auroit trompée IIl faut de ce péril , de cette trahison ,
Aux yeux de tous les Grecs lui demander raison.A l’honneur d’un époux vous-même intéressée .Madame , vous dtvez approuver ma pensée.
Il faut que le cruel qui m’a pu mépriserApprenne de quel nom il osoit abuser.
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IPHIGÉNIE.
Hélas ! si vous m’aimez, si, pour grâce dernière ,Vous daignez d’une amante écouler la prière,
C’est maintenant, seigneur, qu’il faut iue le prouver :Car enfin , ce cruel que vous allez braver ,
Cet ennemi barbare , injuste, sanguinaire ,
Songez, quoi qu’il ai [fait,songez qu’il est mon père.ACHILLE.
Lui, votre père ! Après son horrible dessein,
Je ne le comtois plus que pour votre assassin.
IPHIGÉNIE.
C’est mon père , seigneur, je vous le dis encore ,Mais un père que j’aime , un père que j’adore ,
Qui me chérit lui-même, et dont, jusqu’à ce jour,Je n’ai jamais reçu que des marques d’amour.
Mon cœur, dans ce respect élevé dès l’enfance ,
Ne peut que s’affliger de tout ce qui l'offense ,
Et, loin d’oser ici, par un prompt changement,Approuver la fureur de votre emportement,
Loin que, par mes discours, je l’attise moi-même.Croyez qu’il faut aimer autant que je vous aime,Four avoir pu souffrir tous les noms odieuxDont votre amour le vient d’outrager à mes yeux.Et pourquoi voulez-vous qu’inhumain et barbareIl ne gémisse pas du coup qu’on me prépare?
Quel père de son sang se plaît à se priver ?
Pourquoi me perdroil-il s’il pouvoil me sauver?J’ai vu , n’en cloutez point, ses larmes se répandre.Faut-îl le condamner avant que de l’entendre?Ilélas ! de tant d’horreurs son cœur déjà troubléDoit-il de votre haine être encore accablé ?
ACHILLE.
Quoi, madame ! parmi tant de sujets de crainte ,
Ce sont là les frayeurs dont vous êtes atteinte !
Un cruel ( comment puis-je autrement l’appeler ? JPar la main de Calclias s’en va vous immoler ;
El lorsqu’à sa fureur j’oppose ma tendresse,
Le soin de son repos est le seul qui vous presse !
On me ferme ta bouche ! on l’excuse ! on le plaint !C’est pour lui que l’on tremble , cl c’est moi quel’on craint]
Triste effet de mes soins! Est-ce donc là, madame,Tout le progrès qu’Àchilleavoitfait dans votre âme ?
Jl'UIGÉNIE.
Ah, cruel! cet amour, dont vous voulez douter,Ai-je attendu si tard pour le faire éclater?
Vous voyez de quel œil, et comme , indifférente ,J’ai reçu de ma mort la nouvelle sanglante :
Je n’en ai point pâli. Que n’avez-vous pu voirA quel excès tantôt alloit mon déseçpoir,
Quand, presque en arrivant, un récit peu fidèleM’a de votre inconstance annoncé la nouvelle!Quel trouble , quel torrent de mots injurieuxAccusoit à la fois les hommes et les dieux!
Ah ! que vous auriez vu , sans que je vous le die,De combien votre amour m’est plus cher que ma vie !Qui sait même , qui sait si le ciel irritéA pu souffrir l’excès de ma félicité ?
Hélas! il mesembloit qu’une flamme si belleM’élevoit au-dessus du sort d’une mortelle!ACHILLE.
Ah ! si je vous suis cher, ma princesse , vivez.