IPHIGÉNIE.
276
La reine permettra que j'ose demiinderUn gage à votre amour qu’il nie doit accorder.
Je viens vous présenter une jeune princesse :
Le ciel a sur son front imprimé sa noblesse 5 \
De larmes tons les jours ses yeux sont arrosés ;
Vous savez ses malheurs, vous les avez causés.Moi-même, où m’emportoif une aveugle eulère !
J’ai tantôt, sans respect, affligé sa misère.
Que ne puis-je aussi bien , par d’utiles secours,Réparer promptement mes injustes discours !
Je lui prête ma voix, je ne puis davantage.
Vous seul pouvez, seigneur, détruire votre ouvrage :Elle est votre captive ; et ses fers que je plains ,Quand vous l’ordonnerez, tomberont de ses mains.Commencez donc par là celle heureuse journée.Qu’elle puisse à nous voirn'être plus condamnée.Montrez que je vais suivre au pied de nos autelsU11 roi qui, non content d’effrayer les mortels,
A des embrasements ne borne point sa gloire ,
Laisse aux pleurs d’une épouse attendrir sa vie:aire ï»,Et, par les malheureux quelquefois désarmé ,
Sait imiter en tout les dieux qui l’ont formé.
ÉHIPHlLIi.
Oui, seigneur, des douleurs soulagez la plus vive.
La guerre dans Lesbos me fil voire caplive;
Mais c’est pousser trop loin ses droits injurieux ,Qu'y joindre le tourment que je souffre en ces lieux îS .
ACHILLE.
Vous, madame !
ïRIPUtLE.
Oui, seigneur; et, sans compter le reste)Pouvez-vous m’imposer une loi plus funesteQue de rendre mes y eux les trisles spectateursDe la félicité de nies persécuteurs ?
J’entends de toutes paris menacer ma patrie ;
Je vois marcher contre elle une armée en furie ;
Je vois déjà l’hymen , pour mieux me déchirer ,Metire en vos mains le feu qui la doit dévorer.Soutirez que , loin du camp et loin de votre vue ,Toujours infortunée et toujours inconnue,
J’aille cacher an sort si digne de pitié ,
Et dontmes pleurs encor vous taisent la moitié B ‘’.
ACHILLE.
(Vest trop, belle princesse : il ne faut que nous suivre.Venez, qu’aux yeux des Grecs Achille vous délivre;
Et que le doux moment de ma félicitéSoit le moment heureux de votre liberté.
ConUe qui ?
ACUtLLE.
ARCAS.
Je le nomme et l’accuse à regret :AutaDt que je l’ai pu j’ai gardé son secret.
Mais le fer. le bandeau, la flamme est toute prête;Dût tout cet appareil retomber sur ma tête ,
Il faut parler.
r.LVTEHNESrRK.
Je tremble. Expliquez-vous, Areas.
ACHILLE.
Qui que ce soit, paviez , et ne le craignez pas 6J .
ARCAS.
\ uns êtes son amant, et vous êtes sa mère :Gardez-vous d’envoyer la princesse à son père.
CLYTEMNESTRF..
Pourquoi le craindrons-nous?
ACHILLE.
Pourquoi m’en défier?
ARCAS.
Il l’attend à l’autel pour la sacrifier.
ACHILLE.
CLVIEATNESTRE.
Sa fille . 1
IPHIGÉNIE.
Mon père !
éniPHiLE.
O ciel ! quelle nouvelle !
ACHILLE.
Quelle aveugle fureur pourroit l'armer contre elle?Le discours sans horreur se peut-il écouter ?
Ah, seigneur / plût au ciel que je pusse en douter !Par la voix de Calehas l’oracle la demande :
De toute autre victime il refuse l’offrande ;
El les dieux , jusque là protecteurs de Paris ,
Ne nous promet tenl Troie et les vents qu’à ee prix.
CLYTEMNK8TRR.
Les dieux ordonneroient un meurtre abominable !
IPHIGÉNIE.
Ciel ! pour tant de rigueur, de quoi suis-je coupable ?
CLYIEMXKKTRE.
Je 11e m’étonne plus de cet ordre cruelQui rn’avnit interdit l’approche de l’autel.iphicéxik, à Achille.
Et voilà donc l’hymen où j’étois destinée !
SCÈNE Y.
ACHILLE, CLYTEMNESTRE , IPHIGÉNIE,ÊRTPI 1 ILE , ARCAS, ÆGÏNE , DORIS.
ARCAS.
Madame , tout est prêt pour la cérémonie.
Le roi près de l’autel attend Iphigénie :
Je viens la demander : ou plutôt contre lui,Seigneur, je viens pour elle implorer votre appui.
ACHILLE.
Areas, que dites-vous ?
CLYTEMNESTRE.
Dieux! que vient-il m’apprendre?arcas, à Achille.
Je ne vois plus que vous qui la puissiez défendre 81 .
Le roi, pour vous tromper, foignoîl net hymènée :Tout le camp même encore est trompé comme vous.
CLÏTEMNESTRE.
Seigneur, c'est donc à moi d’embrasser vos genoux.Achille , la relevant.
Ah, madame!
CLYTEMNESTRE.
Oubliez une gloire importune ;
Ce triste abaissement convient à ma fortune :Heureuse si mes pleurs vous peuvent attendrir !Une mère à vos pieds peut tomber sans rougir.C’est votre épouse , hélas! qui vous est enlevée;Dans cet heureux espoir je Pavois élevée.
C’est vous que nous cherchions sur ce funeste bord;El votre nom, seigneur, l’a conduite à la mort "CIra-t elle , des dieux implorant la justice ,Embrasser leurs autels parés pour son supplice ?