ACTE IV, SCÈNE I — IV.
ERIPUt LE.
Rentrons. El pour troubler irn hymen odieux ,Consultons des fureurs qu’autorisent les dieux.
SCÈNE II.
CLYTEJINESTItE, ÆGINE.
CLYTKM MESTRE.
Ægine , lu le vois , il faut que je le fuie 72 :
Loin que ina fille pleure et tremble pour sa vie,Elle excuse son père, et veut que ma douleurRespecte encor la main qui lui perce le cœur.
O constance 1 orespect! Pour prix de sa tendresse ,Le barbare à l’autel se plaint de sa paresse 73 !
Je l'attends. Il viendra m’en demander raison ,
Et croit pouvoir encor cacher sa trahison.
Tl vient. Sans éclater contre son injustice ,
Voyons s’il soutiendra son indigne artifice.
SCÈ3TE III.
AGAMEMXON, C.LYTEMNESTRE, ÆGINE.
AGAMEMNON.
Que faites-Tûus, madame 3 et d’où vient que ees lieuxN’oflVeut point avec vous votre fille à nies yeux ?Mes ordres par Areas vous l’avoient demandée ;Qu’attend-elle? Est-ce vous qui l’avez retardée?
A mes justes désirs ne vous rendez-vous pas ?
Ne peut-elle à l’autel marcher que sur vos pas?Parlez.
CLYTEMiS’ESTRF.
S’il faut partir, ma fille est toute prête.Mais vous, n’avez-vous rien, seigneur, qui vousarrête ?
AGAMEMNON.
Moi, madame?
CI/YTEMNESTHF.
Vos soins ont-ils tout préparé ?
AGAMEMNON.
Calchas est prêt, madame , et l’autel est paré.
J’ai fait ce que m’ordonne un devoir légitime.
CLYTF.MNESTRK.
Vous ne nu: parlez point, seigneur, de la victime.
AGAMEMNON
Que me voulez-vous dire ? Et de quel soin jaloux...
SCÈNE IY.
AGAMEMNON, CLYTEVNESTKEIPHIGÉNIE, ÆGINE.
CLYTEMNESTRE.
Venez, venez , ma fille , on n’attend plus que vous ;Venez remercier un père qui vous aime,
Et qui veut à l’autel vous conduire lui-même.
AGAMEMNON.
Que vois-je ! Quel discours ! Ma fille, vous pleurez,Et baissez devant moi vos yeux mal assures :
Quel trouble! Mais tout pleure, et la fille et la mère.
Ah ! malheureux Areas , tu m’as trahi 1 ! !
iphigénie.
Mon père,
Cessez de vous troubler, vous n’êles point trahi :Quand vous commanderez , vous serez obéi.
Ma vie est votre bien ; vous voulez le reprendre :Vos ordres sans détour pouvoient sc faire entémlrc.D'un œil aussi content, d’un cœur aussi soumisQue j’aeceplois l’époux que vous m’aviez promis,Je saurai, s'i I le faut, victime obéissante,
Tendre au fer de Calchas une tète innocente:
Et, respectant le coup par vous-même ordonné,Vous rendre tout le sang que vous m avez donné.Si pourtant ce respect, si cette obéissanceParoît digne à vos yeux d’une autre récompense ;Si d’une ruère en pleurs vous plaignez les ennuis,J’ose vous dire ici qu’eu l’étal où je suisPeut-être assez d’bonneurs environnoienl ma viePour ne pas souhaiter qu’elle me fût ravie,
Ni qu’en me l’arrachant un sévère destin,
Si près de tua naissance en cul marqué la fin.Fille d’Agamemnon , c’est moi qui, la première ,Seigneur, vous appelai de ce doux nom de pcrc 7!i ;C’est moi qui, si long-temps le plaisir de vos yeux ,Vous ai fait de ce nom remercier les dieux,
Et pour qui, tant de fois prodiguant vos caresses,Vous n’avez point du sang dédaigné Icsfoiblesscs.TIélas! avec plaisir je ine faisois coulerTous les noms des pays que vous allez dompter ;
Et déjà , d’ïlion présageant la conquête-.
D’un triomphe si beau je préparois la fête.
Je ne m’attendois pas que, pour le commencer ,Mon sang fût le premier que vous dussiez verser.Non que la peur du coup dont je suis menacéeMe fasse rappeler voire bonté passée :
Ne craignez rien : mon cœur, de votre honneurjaloux,
Ne fera point rougir un père tel que vous;
Et, si je n’avois eu que ma vie à défendre,J’aurois su renfermer un souvenir si tendre >
Mais, à mon triste sort, vous le savez , seigneur ,Une mère , un amant, attachoient leur bonheur.Un roi digne de vous a cru voir la journéeQui devoit éclairer notre illustre hyménée;
Déjà , sûr de mon cœur à sa flamme promis,
Il s’estiinoil heureux : vous me l’aviez permis.
Il sait votre dessein , jugez de ses alarmes.
Ma mère est devant vous ; et vous voyez ses larmes.Pardonnez aux efforts que je viens de tenterPour prévenir les pleurs que je leur vais coûter.
AGAMEMNON.
Ma fille , il est trop vrai : j’ignore pour quoi crimeLa colère des dieux demande une victime :
Mais ils vous ont nommée : un oracle cruelVeut qu’ici votre sang coule sur un autel.
Pour défendre vos jours de leurs lois meurtrières ,Mon amour u’avoit pas attendu vos prières.
Je ne vous dirai point combien j’ai résisté :Croyez-en cet amour par vous-même attesté.Cette nuit même encore, on a pu vous le dire ,J’avois révoqué l’ordre où l’on me fit souscrire :Sur l’intérêt des Grecs vous l’aviez emporté.
Je vous sacrifiois mon rang, ma sûreté.
Areas alloit du camp vous défendre l’entrée :
Les dieux n’ont pas voulu qu’il vous ait rencontrée ;