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IPHIGENIE.
Ils odI trompé les soins d’un père infortunéQui protégcoit en vain ce qu’ils ont condamné.
Ne vous assurez poiut sur ma foiblc puissance :
Quel frein pourroit d’un peuple arrêter la licenceQuand les dieux, nous livrant à son zèle indiscret ,L'affranchissent d’un joug qu’il portoil à regret ?
Ma fille ; il faut céder: voire heure est arrivée :Songez bien dans quel rang vous êtes élevée :
Je vous donne un conseil qu’à peine je reçoi ;
T)u coup qui vous attend vous mourrez moins quemoi :
Montiez, en expirant, de qui vous êtes née;
Faites rougir ces dieux qui vous ont condamnée.
Allez ; et que les Grecs, qui vont vous immoler ,Recoimoissenl mon sang en le voyant couler.
CI.TTEWXESTIVE.
Vous ne démeniez poiu-t une race funeste ;
Oui, vous êtes le sang d’Atrce et de Thyeslc :Bourreau de votre fille, il ne vous reste enfinQue d’en faire à sa mère un horrible festin.
Barbare 1 c’est donc là cet heureux sacrificeQue vos soins préparoient avec tant d’artifice!
Quoi ! l’horreur de souscrire à cet ordre inhumainN’a pas , eu le traçant, arrêté votre main !
Pourquoi feindre à nos yeux une fausse tristesse ?Pensez-vous par des pleurs prouver votre tendresse?
Ou sont-ils, ces combats que vous avez rendus?Quels flots de sang puur elle avez-vous répandus?Quel débris parle ici de votre résistance ?
Quel champ couvert de morts me condamne ausilence ?
Voilà pur quels témoins il fulloit me prouver ,
Cruel! que votre amour a voulu la sauver.
Un oracle fatal ordonne qu’elle expire!
Un oracle dit-il tout ce qu’il semble dire?
Le ciel, Je juste ciel, par le meurtre houoré,
Du sang de l’innocence est-il donc altéré?
Si du crime d’Hélène on punit sa famille.
Faites chercher à Sparte Ilermione sa tille :
Laissez à Ménélas racheter d’un tel prixSa coupable moitié, dont il est trop épris.
Mais vous, quelles fureurs vous rendent sa viclinfo?Pourquoi vous imposer la peine de son crime?Pourquoi, moi-même enfin me déchirant le flanc.Payer sa folle amour du plus pur de mon sang?
Que dis-je ? Cet objet de tant de jalousie ,
Cette Hélène, qui trouble et l’Europe et l’Asie ,Voussenible-l-oUe un prix digne de vus exploits ?Combien nos fronts pour elle ont-ils rougi de fois!Avant qu’uu nœud fatal l’unît à votre frère,
Thésée uvoit osé l’enlever à son père :
Vous savez, et Caichas mille fois vous l’a dit.
Qu’un hymen clandestin mit ce prince en son lit ;
El qu’il en eut pour gage une jeune princesseQue sa mère a cachée au reste de la Grèce.
Mais non , l'amour d’un frère et son honneur blesséSont les moindres des soins dont vous êtes pressé :Cotte soif de régner, que rien ne peut éteindre,L’orgueilde voir vingt rois vous servir et vous craindre,Tous les droits de remplie en vos mains confiés,Cruel ! c’est à ces dieux que vous sacrifiez :
Et, loin de repousser le coup qif on vous prépare,Vous voulez vous en faire un mérite barbare :
Trop jaloux d’un pouvoir qu’on peut vous cuvier,
De voue propre sang vous courez le payer;
Et voulez par ce prix épouvanter l’audaceDe quiconque vous peut disputer voire place.Esl-ec doue être père? Ah! toute ma raisonCède à la cruauté de cette trahison.
Un prêtre , environné d’une foule cruelle,
Portera sur ma fille une main criminelle,Déchirera son sein, et, d’un œil curieux,
Dans son cœur palpitant consultera les dieux!
Et moi, qui l’amenai triomphante , adorée ,
Je m’en retournerai seule et désespérée !
Je verrai les chemins encor tout parfumésDes fleurs dont sous ses pas on les avoh semés !
Non , je ne l’aurai point amenée au supplice ,
Ou vous ferez aux Grecs un double sacrifice.
Ni crainte ni respect ne m’eu peut détacher :
De mes bras tout sanglants il faudra l’arracher.Aussi barbare époux qu’impitoyable père ,
Venez, si vous l’osez, la ravir à sa mère 76 .
Et vous , rentrez, ma fille . et du moins à mes loisObéissez encor pour la dernière fois.
SCÈNE Y.
AGAMEMNON.
A de moindres fureurs je n’ai pas dû m’attendre.Voilà, voilà les cris que je craignois d’entendre.Heureux si, dans le trouble où flotte mes esprits ,
Je n’avois toutefois à craindre que scs cris!
Hélas! en m’imposant une loi si sévère ,
Grands dieux! me deviez-vous laisser un cœurde père!
SCÈNE YI.
AGAMEMNON, ACHILLE.
ACHILLE.
Un bruit assez étrange est venu jusquà moi ■ 7 ,Seigneur; je l’ai jugé trop peu digne de foi.
On dit, et sans horreur je ne puis le redire, ,Qu’aujourd’hui par voire ordre Iphigénie expire ;Que vous-même, étouffant tout seutiment humain ,Vous l’allez à Caichas livrer de voire main.
On dit que, sous mon nom à l’autel appelée,
Je ne l’y conduisois que pour être immolée;bit que, d'un faux hymen nous abusant tous deux ,Vous vouliez me charger d'un emploi si honteux.Qu’en dites-vous, seigneur ? Que faut-il que j’en pensNe ferez-vous pas taire un bruit qui vous ollcuse?
AGAMEMNON-
Seigneur, je ne rends point compte de mes desseins.Ma fille ignore encor mes ordres souverains;
El quand il sera temps qu’elle en soit informée ,Vous apprendrez son sort, j’en instruirai l ai un e.
\i;u ILI.E.
Ali! je sais trop le sort que vous lui réservez.
AGAMEMNON.
Pourquoi le demander, puisque vous le savez?
ACHILLE.
Pourquoi je le demande? 0 ciel! le puis-je croire,Qu’on ose des fureurs avouer la plus noire!
Vous pensez qu'approuvant vos desseins odieuxJe vous laisse immoler votre fille à mes veux?