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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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IPHIGENIE.

Ils odI trompé les soins d’un père infortunéQui protégcoit en vain ce qu’ils ont condamné.

Ne vous assurez poiut sur ma foiblc puissance :

Quel frein pourroit d’un peuple arrêter la licenceQuand les dieux, nous livrant à son zèle indiscret ,L'affranchissent d’un joug qu’il portoil à regret ?

Ma fille ; il faut céder: voire heure est arrivée :Songez bien dans quel rang vous êtes élevée :

Je vous donne un conseil qu’à peine je reçoi ;

T)u coup qui vous attend vous mourrez moins quemoi :

Montiez, en expirant, de qui vous êtes née;

Faites rougir ces dieux qui vous ont condamnée.

Allez ; et que les Grecs, qui vont vous immoler ,Recoimoissenl mon sang en le voyant couler.

CI.TTEWXESTIVE.

Vous ne démeniez poiu-t une race funeste ;

Oui, vous êtes le sang d’Atrce et de Thyeslc :Bourreau de votre fille, il ne vous reste enfinQue d’en faire à sa mère un horrible festin.

Barbare 1 c’est donc là cet heureux sacrificeQue vos soins préparoient avec tant d’artifice!

Quoi ! l’horreur de souscrire à cet ordre inhumainN’a pas , eu le traçant, arrêté votre main !

Pourquoi feindre à nos yeux une fausse tristesse ?Pensez-vous par des pleurs prouver votre tendresse?

Ou sont-ils, ces combats que vous avez rendus?Quels flots de sang puur elle avez-vous répandus?Quel débris parle ici de votre résistance ?

Quel champ couvert de morts me condamne ausilence ?

Voilà pur quels témoins il fulloit me prouver ,

Cruel! que votre amour a voulu la sauver.

Un oracle fatal ordonne qu’elle expire!

Un oracle dit-il tout ce qu’il semble dire?

Le ciel, Je juste ciel, par le meurtre houoré,

Du sang de l’innocence est-il donc altéré?

Si du crime d’Hélène on punit sa famille.

Faites chercher à Sparte Ilermione sa tille :

Laissez à Ménélas racheter d’un tel prixSa coupable moitié, dont il est trop épris.

Mais vous, quelles fureurs vous rendent sa viclinfo?Pourquoi vous imposer la peine de son crime?Pourquoi, moi-même enfin me déchirant le flanc.Payer sa folle amour du plus pur de mon sang?

Que dis-je ? Cet objet de tant de jalousie ,

Cette Hélène, qui trouble et l’Europe et l’Asie ,Voussenible-l-oUe un prix digne de vus exploits ?Combien nos fronts pour elle ont-ils rougi de fois!Avant qu’uu nœud fatal l’unît à votre frère,

Thésée uvoit osé l’enlever à son père :

Vous savez, et Caichas mille fois vous l’a dit.

Qu’un hymen clandestin mit ce prince en son lit ;

El qu’il en eut pour gage une jeune princesseQue sa mère a cachée au reste de la Grèce.

Mais non , l'amour d’un frère et son honneur blesséSont les moindres des soins dont vous êtes pressé :Cotte soif de régner, que rien ne peut éteindre,L’orgueilde voir vingt rois vous servir et vous craindre,Tous les droits de remplie en vos mains confiés,Cruel ! c’est à ces dieux que vous sacrifiez :

Et, loin de repousser le coup qif on vous prépare,Vous voulez vous en faire un mérite barbare :

Trop jaloux d’un pouvoir qu’on peut vous cuvier,

De voue propre sang vous courez le payer;

Et voulez par ce prix épouvanter l’audaceDe quiconque vous peut disputer voire place.Esl-ec doue être père? Ah! toute ma raisonCède à la cruauté de cette trahison.

Un prêtre , environné d’une foule cruelle,

Portera sur ma fille une main criminelle,Déchirera son sein, et, d’un œil curieux,

Dans son cœur palpitant consultera les dieux!

Et moi, qui l’amenai triomphante , adorée ,

Je m’en retournerai seule et désespérée !

Je verrai les chemins encor tout parfumésDes fleurs dont sous ses pas on les avoh semés !

Non , je ne l’aurai point amenée au supplice ,

Ou vous ferez aux Grecs un double sacrifice.

Ni crainte ni respect ne m’eu peut détacher :

De mes bras tout sanglants il faudra l’arracher.Aussi barbare époux qu’impitoyable père ,

Venez, si vous l’osez, la ravir à sa mère 76 .

Et vous , rentrez, ma fille . et du moins à mes loisObéissez encor pour la dernière fois.

SCÈNE Y.

AGAMEMNON.

A de moindres fureurs je n’ai pas dû m’attendre.Voilà, voilà les cris que je craignois d’entendre.Heureux si, dans le trouble où flotte mes esprits ,

Je n’avois toutefois à craindre que scs cris!

Hélas! en m’imposant une loi si sévère ,

Grands dieux! me deviez-vous laisser un cœurde père!

SCÈNE YI.

AGAMEMNON, ACHILLE.

ACHILLE.

Un bruit assez étrange est venu jusquà moi ■ 7 ,Seigneur; je l’ai jugé trop peu digne de foi.

On dit, et sans horreur je ne puis le redire, ,Qu’aujourd’hui par voire ordre Iphigénie expire ;Que vous-même, étouffant tout seutiment humain ,Vous l’allez à Caichas livrer de voire main.

On dit que, sous mon nom à l’autel appelée,

Je ne l’y conduisois que pour être immolée;bit que, d'un faux hymen nous abusant tous deux ,Vous vouliez me charger d'un emploi si honteux.Qu’en dites-vous, seigneur ? Que faut-il que j’en pensNe ferez-vous pas taire un bruit qui vous ollcuse?

AGAMEMNON-

Seigneur, je ne rends point compte de mes desseins.Ma fille ignore encor mes ordres souverains;

El quand il sera temps qu’elle en soit informée ,Vous apprendrez son sort, j’en instruirai l ai un e.

\i;u ILI.E.

Ali! je sais trop le sort que vous lui réservez.

AGAMEMNON.

Pourquoi le demander, puisque vous le savez?

ACHILLE.

Pourquoi je le demande? 0 ciel! le puis-je croire,Qu’on ose des fureurs avouer la plus noire!

Vous pensez qu'approuvant vos desseins odieuxJe vous laisse immoler votre fille à mes veux?