Buch 
Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
Entstehung
JPEG-Download
 

294 PHÈDRE.

sur ioulc chose, l.eur théâtre étoit une école où [a

ceux de ces poètes. Ce seroit peut-être un moyen

vertu n’éloil pas moins bien enseignée que dans les

de réconcilier la tragédie avec quantité de per-

écoles des philosophes. Aussi Aristote a bien voulu

sonDes célèbres par leur piété et par leur doctr ine,

donner des règles du poème dramalique; et So-

qui l’ont condamnée dans ces derniers temps,

craie , le plus sage des philosophes , ne dédaignoil

et qui en jugeroient sans doute plus favorable-

pas de meltre la main aux Iragédies d'Euripide. Il

ment, si les auteurs songeoienl autant à instruire

seroit à souhaiter que nos ouvrages fussent aussi

leurs spectateurs qu’à les divertir, et s’ils suivoîent

solides cl aussi pleins d’utiles instructions que

eu cela la véritable intention de la tragédie.

PERSONNAGES 4 .

TIIÉSÉE , fils d’Égée , roi d’Athcnes.

TI7ERAMÈNE, gouverneur d’Hippohte.

PHÈDRE, femme de Thésée , fille de Minos el de

OEXONE , nourrice et confidente de Phèdre.

Pasipbaé.

ISMÈNE, confidente d’Arieie.

IIIPPOLYTE , fils de Thésée et d'Anliope , reine

PANOPE, femme de la suite de Phèdre.

des Amazones.

Gardes.

A1UCIE, princesse du sang royal d’Atlicncs.

La seene est à Tréi'ene , ville du Péloponèse.

ACTE PREMIER.

Et fixant de ses vœux l’inconstance fatale

Phèdre depuis long temps ne craint plus de rivale.

Enfin , en le cherchant je suivrai mon devoir ,

SCENE I.

El je fuirai ces lieux , que je n'ose plus voir.

T1IKB 41IENK.

IIIPPOLYIE, THÉRAMÈNE.

lié! depuis quand, seigneur, craignez-vous laprésence

WPPnj.YTE.

De ces paisibles lieux si chers à votre enfance ,

Le dessein on est pris, je pars, cher Théramène,

Et dont je vous ai vu préférer le sé jour

El quitte le séjour de l'aimable Trézène 5 .

Au tumulte pompeux d’Alhcnc et de la cour ?

Dans le doute mortel dont je suis agité,

Quel péril, ou pluLût quel chagrin vous en chasse?

Je commence à rougir de mon oisiveté :

lURPOI.ÏTE.

Depuis plus de six mois éloigné de mon père ,

Cet heureux temps n’est plus. Tout a changé de face

J’ignore le destin dune tôle si chère.

Depuis que sur ces bords les dieux ont envoyé

J ignore jusqu’aux lieux qui le peuvent cacher.

La fille de Minos et de Pasipbaé 7 .

TUÉJl-dtoiiNE.

UlÉltÀMliXE.

Et dans quels lieux , seigneur , fallez-vous donc

J’entends : de vos douleurs la cause m’est connue.

chercher ?

Phèdre ici vous chagrine, et blesse votre vue.

Déjà , pour satisfaire à votre juste crainle,

Dangereuse marâtre, à peine elle vous vit,

J ai couru les doux mers que sépare Corinthe ;

Que voire exil d’abord signala son crédit.

J’ai demandé Thésée aux peuples de ces bords

Mais sa haine , sur vous autrefois attachée ,

Où l’on voit l’Achéron se perdre chez les morts ;

Ou s’est évanouie, ou s’est bien relâchée.

J’ai visité l’Élîde , et, laissant le Ténare ,

Et d’ailleurs quels périls vous peut faire courir

Passé jusqu’à la mer qui vit tomber Icare.

Une femme mourante , et qui cherche à mourir?

Sur quel espoir nouveau , dans quels heureux

rhédre , atteinte d’un mal qu’elle s'obstine à taire,

ciimats

Lasse enfin d'elle-mênie et du jour qui J’éclaire,

Croyez-vous découvrir la trace de ses pas?

Peut-elle contre vous former quelques desseins?

Qui sait môme , qui sait si le roi votre père

JIIPPOr.YTB.

Veut que de son absence on sache le mystère?

Sa vaine inimitié n’est pas ce que je crains.

El si, ho-sqii’avec vous nous tremblons pour ses

Uippolyte en partant fuit une autre ennemie :

jours,

Je fuis, je l’avoûraî, cette jeune Aricie ,

Tranquille, et nous cachant de nouvelles amours,

Reste d'un sang fatal conjuré contre nous.

Ce béro» n'attend point qu’une amante abusée...

'i'UÉR AMK\ K.

îiippomn.

Quoi! vous-même, seigneur , la per.-écutez-vous ?

Cher Théramène , arrête ; el respecte Thésée.

Jamais l’aimable sœur des cruels Pallantides

De ses jeunes erreurs désormais revenu ,

Trempa-t-elle aux complots de ses frères perfides ?

Par un indigne obslaele il n’esl point retenu ;

Et devez-vous haïr ses innocents appas?