ACTE I, SCENE I—III.
UlPPOLYTK.
Si je la haïssoia , je ne la fuirois pas.
TUÉlUlfÈNE.
Seigneur, m’esl-il permis d’expliquer votre fuiie ?Pourriez-vous n’être plus ce superbe IïippolyteImplacable ennemi des amoureuses lois ,
El d'un joug que Thésée a subi tant de fois?
Yémis, par voire orgueil si longtemps méprisée,Youdroit-elle à la lin justifier Thésée?
Et, tous mettant au rang du reste des mortels,
Yous a t-elle forcé d’encenser ses autel» ?Aimeriez-vous, seigneur?
UIPPOLYTE.
Ami, qu’oses-tu dire?
Toi qui connoismon cœur depuis que je respire,Des sentiments d'un cœur si lier, si dédaigneux,Peux-tu nie demander le désaveu honteux?
C’est peu qu’avec son lait une mère amazoneM’ait fait sucer encore cet orgueil qui félonne ;Dans un âge plus mûr moi-même parvenu,
Je me suis applaudi quand je inc suis connu.Attaché près de moi par un zèle sincère ,
Tu me eontois alors l’histoire de mon père.
Tu sais combien mon âme, attentive à ta voix,S’échaulfoil au récit de ses nobles exploits ;
Quand tu me dèpeignois ce héros intrépideConsolant les mort ris de l’absence d'Alcide,
Les monstres étouffés et les brigands punis ®,Procruste, Ceicyon, cl Scyron, et Sinnis,
El les os dispersés du géant d’Épîdaure ,
Et la Crète fumant du sang du Minoiaure®.
Mais , quand lu récilois des faits moins glorieux ,
Sa foi partout offerte et reçue en cent lieux,Hélène à ses parents dans Sparte dérobée,
Salainine témoin des pleurs de Péribée ,
Tant d’au très , dont les noms lui sont même échappés,Trop crédules esprits que.sa flamme a trompés!Ariane aux rochers contant ses injustices ,
Phèdre enlevée enfin sous de meilleurs auspices;
Tu sais comme, à regret écoulant ce discours,
Je te pressois souvent d’en abréger le cours.
Heureux si j’avois pu ravir à la mémoireCette indigne moitié d’une si belle histoire !
El moi-même , à mon tour, je me verrois lié 1Et les dieux jusque là m’auroient humilié! .Dans mes lâches soupirs d'autant plus méprisable,Qu’un long amas d’honneurs rend Thésée excusable;Qu’aucuns monstres par moi domptés jusqu’au-jourd’hui ,ç
Ne m’ont acquis le droit de faillir comme lui IQuand même ma fierté pourroit s’être adoucie ,Aurois-je pour vainqueur dû choisir Aricic?
Ne sonvicndroit-il plus à mes sens égarésDe l’obstacle éternel qui nous a séparés?
Mon père la réprouve ; et, par des lois sévères.
ÎI défend de donner des neveux à ses frères:
D’une lige coupable il craint un rejeton ;
Il veut avec leur sœur ensevelir leur nom ;
Et que, jusqu'au tombeau soumise à sa tutelle,Jamais les feux d’hymen ne s’allument pour elle.Dnis-je épouser ses droits contre un père irrité ?Donnerai-je l’exemple à la témérité?
Et, dans un fol amour ma jeunesse embarquée 1, ...
TUKR*M£XE.
Ah , seigneur ! si votre Leure est une fois marquée,
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Le ciel de nos raisons ne sait point s’informer.
Thésée ouvre vos yeux en voulant les fermer;
Et sa haine , irritant une flamme rebelle,
Prête à son ennemie une grâce nouvelle.
Enlin, d’un chaste amour pourquoi vous effrayer?
S’il a quelque douceur, n’asez vous l'essayer?
En croirez-vous toujours un farouche scrupule?Craint-on de s’égarer sur les traces d’IIercule?
Quels courages Vénus D’a-l elle pas domptés?Vous-même où seriez-vous, vous qui la combattez,
Si toujours Anfiope , à ses lois opposée ,
D'une pudique ardeur n’eût brûlé pour Thésée ?Mais que sert d’afl’ecler un superbe discours ?
Avoucz le , tout change ; et, depuis quelque jours,
On vous voit moins souvent, orgueilleux et sauvage,Tantôt faire voler un char sur le rivage,
Tantôt, savant dans l’art par Neptune inventé ,Rendre docile au frein un coursier indompté ;
Les forêts de nos cris moins souvent retentissent ;Chargés d’un feu secret, vos yeux s’appesantissent.
Il n'en faut point douter, vous aimez , vous brûlez ;Vous périssez d’un mal que vous dissimulez.
La charmante Aricie a-t-elle su vous plaire ?HIPI'Or.VTK.
Théramène , je pars , et vais chercher mon père.
THU1UMÉXE.
Ne verrez-vouspoint Phèdre avant que de partir,Seigneur?
IÏIPPOLYTE.
CYsl mon dessein : tu peux IVn avertir.Voyons-Ia, puisque ainsi mon devoir nie l’ordonne.Mais quel uouveau malheur trouble sa chère OEnone?
SCÈNE ir.
HIPPOLYTE, THÉRAMÈNE, OENONE.
OEKOXE.
Hélas ! seigneur, quel trouble au mien peut être égal jLa reine louche presque à son terme fatal.
En vain à l'observer jour et nuit je m’attache.
Elle meurt dans mes bras d’un rnal qu’elle me cache;Un désordre éternel règne dans son esprit ;
Son chagrin inquiet l’arrache de son lit :
Elle veut voir le jour ; et sa douleur profondeM’ordonne toutefois d’écarter tout le monde...
Elle vient.
HIPPOLYTE.
II subit : je la laisse en ces lieux,
Et ne lui montre point un visage odieux.
SCÈNE XII.
PHÈDRE, OENONE,
l'IlÈDRE.
N’allnns point plus avant: demeurons, chèreOEnone 12 .
Je ne me soutien-* plug : nia force m’abandonne :
Mes yeux sont éblouis du jour que je revoi,
Et mes genoux tremblants se dérobent sous moi.Ilélas !
{Elle s'assied.)