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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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2Ç)S

PHHDRE.

\olrc fortune change et prend une autre face :

Le roi n’estplus, madame; il faut prendre sa place.Sa mort vous laisse un fils à qui vous vous devez ;Esclave s’il vous perd , et roi si vous vivez.

Sur qui, dans son malheur, roulez-vous qu’il s'ap-puie ?

Ses larmes n’auront plus de main qui les essuie ;Et scs cris innocents, porlés jusque* aux dieux,Iront contre sa nièreirriter ses amis.

Virez , vous n’avez plus de reproche à vous faire :Voire llatnme devient une flamme ordinaire ;'.Thésée en expirant vient de rompre les noeudsQui faisaient tout le ci iuie et l’horreur de vos feux,llippolyle pour vous devient moins redoutable :

Et vous pouvez le voir sans vous rendre coupable.Peut-être, convaincu de votre aversion,

Il va donner un chef à la sédition :

Détrompez son erreur , fléchissez son courage.

Loi de ces bords heureux, Trézène est son partage;Mais il sait que les lois donnent à votre iilsI.cs superbes remparts que Minerve a bâtis.

Vous avez fun et l’autre une juste ennemie :Unissez-vous tous deux pour combattre Aricit*.P1JKDRE.

Ile bien ! à tes conseils je me laisse entraîner.Vivons, si vers Ja vie on peut me ramener 19 ,

Et si l’amour d’un fils eu ce moment funeste ,

De mes foibles esprits peut ranimer le reste.

ACTE SECOND.

SCÈNE I.

ARICIE, ÏSMÈNE.

ARiriE.

Tlippolyle demande à me voir en ce lieu ?lïippolyte me cherche , et veut me dire adieu ?Jsmène , dis-tu vrai ? N’es-tu point abusée ?

ISMKNE.

C’est le premier effet de la mort de Thésée.Préparez-vous, madame , à voir rie tous côtésVoler vers vous les ccours par Thésée écartés.

Aricie , à la fin , de son sort est maîtresse ,

El bientôt à ses pieds verra toute la Grèce,aricie.

Ce n’est donc point, ïsmène, un liruil mal affermi-' 0 ?Je cesse d’être esclave , et n’ai plus d'enneiui ?ïsmène.

Non, madame, les dieux ne vous sont plus contraires :Et Thésée a rejoint les mânes de vos frères.aiucie.

Dit-on quelle aventure a terminé ses jours ?

ÏSMENE.

On sème de sa mort d’incrovables-discours.

On dit que.» ravisseur d’une amante nouvelle ,

Les flots ont englouti cet époux infidèle.

On dit même, et ce bruit est partout répandu ,Qu’avec PinlhoiU aux enfers descendu ,

Il a vu le Cocyte et les rivages sombres ,

Et s’est montré vivant aux infernales ombres ;

Mais qu’il n’a pu sortir de ce triste séjour ,

Et repasser les bords qu’on passe sans retour

ARICIE.

Croirai-je qu’un mortel, avant sa dernière heure,Peut pénétrer des morts la profonde demeure ?Quel charme l’alliroit sur ecs bords redoutés ?J8MÈ.NE.

Thésée est mort, madame, et vous seule en douiez :Athènes en gémit ; Trézène en est instruite ,

Et déjà pour son roi reconnoîl Uippolyte;Phèdre, dans et: palais, tremblante pour son fils,De ses amis troublés demande les avis.

ARICIE.

Et tu crois que, pour mol plus humain que sm<père,

Uippolyte rendra ma chaîne plus légère;

Qu’il plaindra mes malheurs ?

JSMÈNE.

Madame, je le croi.

ARICIE.

L’insensible Uippolyte esi-il connu de toi ?

Sur quel frivole espoir penses-tu qu’il me plaigne,Et respecte en moi seule un sexe qu’il dédaigné ?Tu vois depuis quel temps il évite nos pas,

Et cherche tous les lieux où nous ne sommes pas.ISllÈNE.

Je sais de ses froideurs tout e,e que l’on récite ;Mais j’ai vu près de vous ce superbe llippolyle ;Et même , en le voyant, Je bruit de sa fiertéA redoublé pour lui rua curiosité.

Sa présence à ce bruit n’a point paru répondre :Dès vos premiers regards je l’ai vu se confondre :Ses yeux, qui vainement vouloieut vous éviter.Déjà pleins de langueur, ne pou voient vous quitter.Le nom d’amant peut-être offense son courage;Mais il en a les yeux, s’il n’en a le langage.

ARICIE.

Que mon cœur, chère Ïsmène, écoute avidementUn discours qui peut-être a peu de fondement IO loi qui me connois, te sembloit-il croyableQue le triste jouet d’un sort impitoyable ,

Un cœur toujours nourri d’amertume et de pleurs,Dût connoîlie l’amour et ses folles douleurs ?Reste du sang d’un roi noble fils de la terre,

Je suis seule échappée aux fureurs de la guerre :J’ai perdu , dans la fleur de leur jeune saison ,

Six frères ... Quel espoir d’une illustre maison !Le fer moissonna font: et la terre humectéeBut à regret le sang des neveux d’Ercchlhée 22 .Tu sais, depuis leur mort, quelle sévère loiDéfend à tous les Grecs de soupirer pour moi ;

On craint que de la sœur les flammes témérairesNe raniment un jour la cendre de ses frères.

Mais tu sais bien aussi de quel œil dédaigneuxJe regardois ce soin d’un vainqueur soupçonneux :Tu sais que , de tout temps à l’amour opposée ,

Je rendois souvent grâce à l’injuste Thésée.

Dont l’heureuse rigueur secondoil mes mépris.Mes yeux alors, mes yeux n’avoient pas vu son fils.Non que, par Iesyeux seuls lâchement enchantée,J’aime en lui sa beauté , sa grâce tant vantée ,Présents dont la nature a voulu l’Iionorer,

Qu’il méprise lui-même , et qu’il semble ignorer :J’aime, je prise en lui de plus nobles richesses,Les vertus de son père, cl non point les foibiesses: