ACTE II, SCENE I —II.
2 99
J’aime , je l’avouerai, cet orgueil généreuxQui jamais n’a llérhi sous le joug amoureux.
Phèdre en vain s’honnroil des soupirs de Thésée :Pour moi . je suis pins fière, et fuis la gloire aiséeD’arracher un hommage à mille uulres offert,
Et d’entrer dans un cœur de toutes paris ouvert.Mais de faire fléchir un courage inflexible,
De porter la douleur dans une âme insensible,l)'cnehamer un captif de ses fers étonné,
Contre un joug qui lui plaît vainement mutiné ;C’est là ce que je veux, c’est là ce qui m’irrite.Hercule à désarmer coûtoit moins qu’Hippulyte ;
Et vaincu plus souvent, et plus tôt surmonté ,.Prépare il moins de gloire aux yeux qui l’ont dompté.Mais, chère Ismèiie , hélas ! quelle est mon impru-dAce !
On ne m’opposera que trop de résistance ;
Tu m’entendras peut-être.humble dans mon ennui,Gémir du même orgueil que j’admire aujourd'hui.Ilippolyte aimeroil! Par quel bonheur extrêmeAurois-je pu fléchir...
rSMÈNE.
Vous l’eutendrez lui-même :
Il vient à vous.
SCÈVfF, II.
HTI’POLYTE, AMCIE , IS 1 IÈ.NE.
I 1 IPPOLÎTE.
Madame, avant que de partir,
J’ai cru de votre sort vous devoir avertir.
Mon père ne vil plus. Ma juste défiancePrésagcoii les raisons de sa trop longue absence :
La mort seule, bornant ses travaux éclatants,Pouvoil à Tuniveis le cacher si long temps.
Les dieux livrent enfin à la parque homicideL’ami, le compagnon, le succfs&ur d’AIcido.
Je crois que votre haine, épargnant ses vertus ,Écoute sans regret ces noms qui lui sont dus.
Un espoir adoucit ma tristesse mortelle :
Je puis vous affranchir d’une austère tutelle ;
Je révoque des lois dont j’ai plaint la rigueur - x .You* pouvez disposer de vous, de votre cœur ;
Et, dans celte Trézène, aujourd’hui mon partage ,De mon aïeul Pitthée autrefois l’héritage ,
Qui m’a , sans balancer , inconnu pour son roi ,
Je vous laisse aussi libre , et plus libre que moi.A1UCIK.
Modérez des bontés dont l’excès m’embarrasse.D’un soin si généreux honorer ma disgrâce ,Seigneur, c’est inc ranger, plus que vous ne pensez,Sous ces austères lois dont vous nie dispensez.nm’or.iTiï.
I)u choix d’un successeur Athènes incertaine ,Parle de vous, me nomme, et le fils de la reine.
Àltlt'IK.
De moi, seigneur ?
IIIPI'OLYTB.
Je sais, sans vouloir me flatter,Qu’une superbe loi semble me rejeter :l.u Grèce me reproche une more étrangère.
Mais, si pour concurrent je n’avois que mon frère,Madame , j’ai sur lui de véritables droitsQue je saurois sauver du caprice des lois.
Un frein plus légitime arrête mou audace :
Je vous cède ou plutôt je vous rends une place ,Un sceptre que jadis vos aïeux ont reçuDe ce fumeux mortel que la terre a conçu.L’adoption le mit entre les mains d’Éijée.
Athènes , par mon père accrue et protégée,Reconnut avec joie un roi si généreux.
Et laissa dans l’oubli vos frères malheureux.Athènes dans ses murs maintenant vous rappelle :Assez elle 11 gémi d'une longue querelle;
Assez dans ses sillons votre sang engloutiA fait fumer le champ dont il éloit sorti.
Trézcnc m’ohéit. Les campagnes de CrèteOllient au fils de Phèdre une riche retraite.
L’Al t:que est votre bien. Je pars, et vaiB, pour vous,Réunir tous les vœux partagés entre nous.
âlUCXE.
De tout ce que j’entends, étonnée et confuse ,
Je crains presque, je crains qu’un songe nem’abuse.
Yeillé-je ? Puis-je croire un semblable dessein ?Quel dieu, seigneur, quoi dieu l'a mi» dans votre seinQu'à bon droit votre gloire en loua lieux est semée iEt quoda vérité passe la renommée!
Vous-même, en rua faveur, vous voulez vous trahi; !N’éloil-cc pas assez de ne me point haïr,
Et d'avoir si long-temps pu défeudie votre âmeDe celte inimitié...
HIPPOI.YTK.
Moi, vous liaïr, madame!
Avec quelques couleurs qu'on ait peint ma fierté: .Croit-on que dans ses flancs un monstre m’ait porté?Quelles sauvages mœurs, quelle haine endurciePourroit, en vous voyant, n’être point adoucie?Ai-je pu résister au charme décevant 2 *...
ARICIK.
Quoi, seigneur!
HtVPOr.VTR.
Je me suis engagé trop avant.
Je vois que la raison ££de à la violence :
Puisque j’ai commencé de rompre le silence,Madame, il faut poursuivre; il faut vous informerD’un secret que mon cœur 11e peut plus renfermer.Vous voyez devant vous un prince déplorable ,D’un téméraire orgueil exemple mémorable.
Moi qui, contre L’amour fièrement révolté ,
Aux fers de ses captifs ai long temps insulté ;
Qui, des foi blés mortels déplorant les naufrages ,Pensoix toujours du bord contempler les orages;Asservi maintenant sous la commune loi.
Par quel trouble me vois-je emporté loin de moi !Un moment a vaincu mon audace imprudente:Cette âme si superbe est enfin dépendante.
Depuis près de six mois, honteux, désespéré,Portant partout le Irait dont je suis déchiré ,Contre vous, contre moi, vainement je m’éprouve:Présente , je vous fuis : absente, je vous trouve ;Dans le fond des forêts votre image me suit :
La lumière du jour , Les ombres de la nuit,
• Tout retrace à mes yeux les charme» que j’évite ;Tout vous livre à l’envi le rebelle Ilippolyte.Moi-même, pour tout fruit de mes soins superflus,Maintenant je me cherche, et 11e me trouve plus;Mon arc, mes javelots, mon char, tout m’importuneJe ne me souviens plus des leçons de Neptune :