ACTE II, SCENE Y—VI. ' 3ot
Il nvoit voire porl, vos yeux, voire langage ;
Celte noble pudeur coloroit son visageLorsque de noire Crète il traversa lesflols ,
Digne sujet des vœux des filles de Mînos.
Que faisiez-vous alors? Pourquoi, sans Hippolyte,Des héros de la Grèce assembla-t-il l’élite?
Pourquoi, irop jeune encor, né pûtes-vous alorsEntrer dans le vaisseau qui le mil sur nos bords ?Par vous auroit péri le monstre de la Crète,
Malgré tous les détours de sa vaste retraite :
Pour en déve lopper l’embarras incertain ,
Ma sœur du fil fatal eût armé votre main.
Mais non : dans ce dessein je l’aurois devancée;L’amour m’en eût d’abord inspiré la pensée :
C’est moi, prince, c’est moi, dont l’uiile secoursVous eût du labyrinthe enseigné les délours.
Que de soins m’eût coûlés cette tôle charmante 2> !
Un fil n’eûl point assez rassuré votre amante :Compagne du péril qu'il vous falloit chercher ï0 ,Moi-même devant vous j’aurois voulu marcher;
Et Phèdre au labyrinthe av^c vous descendueSe seioit avec vous retrouvée ou perdue.
IIIPPOlyte.
Dieux ! qu’est-ce que j’entends ? Madame, oubliez-vous
Que Thésée est mon père , et qu’il est votre époux?
riiÈMiR.
Et sur quoi jugez-vous que j’en perds la mémoire,Prince? Atirois-je perdu tout fe soin de ma gloire?^lltPPOI.YTEi
Madame, pardonnez: j’avoue, en rougissant.
Que j’accusois à tort un discours innocent.
Ma honte ne peut plus soutenir votre vue ;
Et je vais...
PII EURE.
Ah , cruel 1 tu m’as trop entendue !
Je t'en ai dit assez pour te lîrer d’erreur,lié bien I commis donc Phèdre et Loute sa fureur :J’aime. Ne pense- pas qu’au moment que je l’aimeInnocente à mes veux, je m’approuve moi-même.
Ni que du fol amour qui trouble ma raisonMa lâche complaisance ait nourri le poison ;
Objet infortuné des vengeances célestes.
Je m’abhorre encor plus que lu ne me délestes.
Les dieux m’en sont témoins . ces dieux qui dansmon flanc
Ont allumé le feu fatal ù tout mon sang ;
Ces dieux qui se sont fait xme gloire cruelleDe séduire le cœur d'une foible morlelle.
'foi-môme en Ion espiit rappelle le passé:
C’est peu de t’avoir fui, cruel, ie t’ai chassé ;
J’ai voulu te paroîlre odieuse , inhumaine ;
Pour mieux te résister, j’ai recherché ta haine.
De quoi m’ont profité mes inutiles soins?
Tu nie haïssois plus, je ne l’aimois pas moins;
Tes malheurs le prêtoienl encor de nouveaux charmes.J’ai langui, j’ai séché dans les feux, dans les larmes :
Il suffit de le» yeux pour t’en persuader ,
Sites yeux un moment pouvoinnt me regarder.
Que dis-je ? Cet aveu que je te viens de faire ,
Cet aveu si honteux, le crois-tu volontaire?^Tremblante pour un fils que je n’osois trahir,
Je le venuis prier de ne le point haïr :
Foîbles projets d’un cœur Irop plein de ce qu’i/ aime !Hélas 1 je ne t’ai pu parler que de loi même!
Vcnge-toi, punis-moi d’un odieux amour :
Digne fils du héros qui t’a donné le jour,
Délivre l’univers d’un monstre qui t’irrite.
La veuve de Thésée ose aimer Tlippolyte 1Crois-moi, ce monstre affreux ne dois point t’échapperVoilà mon cœur: c’est là que ta main doit frapper.Impatient déjà d’expier son offense ,
Au-devant de ton bras je le sens qui s’avance.
Frappe : ou si tu le crois indigne de tes coups,
Si ta haine ih envie un supplice si doux ,
Ou si d’un sang Irop vil ta main seroit trempée 31 ,
Au défaut de ton bras prête-moi ton épée ;
Donne.
Que faites-vous , madame ! Justes dieux!Mais on vient : évitez des témoins odieux.Venez , rentrez, fuyez une honte certaine.
SCfârE YI.
HIPPOLYTE, TIIÉKAMÈNE.
tiiéîiamèst.
Est-ce Phèdre qui fuit, ou plutôt qu’on entraîne!Pourquoi, seigneur, pourquoi ces marques dedouleur ?
Je vous vois sans épée , interdit, sans couleur !
HIPPOLYTE.
*Thérnniène, fuyons. Ma surprise est extrême.
Je ne puis satip horreur me regarder moi-même.Phèdre... Mais non , grands dieux ! qu’en un pro-fond oubli
Cet horrible secret demeure enseveli.
TH K K A M EN E.
Si vous voulez partir la voile est préparée.
Mais Athènes, seigneur, s’es! déjà déclarée;
Ses chefs ont pris les voix de Imites scs tribus :Voire frère remporte , et Phèdre a le dessus.
ÎUI’POI.TTE.
Phèdre?
THKRAMr.NE.
Un héraut chargé des volontés d’AthènesDe l’éfat en ses mains vient remettre les rênes.
Son lihs est roi, seigneur.
HIPPOLYTE.
Dieux , qui la connoissez,Est-ce donc sa vertu que vous récompensez?
THÉKAMKVE.
Cependant un bruit souid veut que le roi respire :On prétend que Thésée a paru dans l’Epire:
Mais moi qui l’y cherchai, seigneur, je sais Irop bien...
Il 1 Pi'Oi.YTli.
N’importe,* écoutons (oui , et ne négligeons rien.Examinons ce bruit, remontons à sa source:
S’il ne mérite pas d’interrompre ma course ,
Partons ; et, quelque prix qu’il en puisse coûter.Mettons le sccplre aux mains dignes de le porter.