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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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PHEDRE.

Mes seuls gémissements font retentir les bois ,

Et mes coursiers oisifs oui oublié tua voix.

Peut être le récit d’un amour si sauvageVousfait, en in’éooutant, rougir de votre ouvrage.D’un cœur qui s’offre à vous quel farouche entretien JQuel étrange captif pour un si beau lien!

Mais l’offrande à vos veux eu doit être plus chère:Songez queje vous paile une langue étrangère :

Et ne rejetez pas des vœux mal exprimés .Qu’llipjmlyie sans vous n’auroit jamais formés.

SCÈNE III.

IIIPPOLYTE, AIÏIETE, TI1ÉRA51ÈNE,ISMÈNE.

IIIYRAMÈnE.

Seigneur , la reine vient, et je l’ai devancée :

Elle vous cherche.

IIIPPOLYTE.

Moi?

THÈïlA'MiiXE.

J’ignore.sa pensée.

Mais on vous est venu demander de sa partPhèdre veut vous parler avant votre départ.

HIPPOLYTR.

FhèdrCl Que lui dirai je? Et que peut-elle attendre...

AIUCIE.

Seigneur, vous ne pouvez refuser de l’entendre :Quoique trop convaincu de son inimitié ,

Yous devez à ses pleurs quelque ombre de pitié.urppor.YTE.

Cependant vous sortez. Et je pars : et j’ignoreSi je n’offense point les charmes que j’adore !

J’ignore si ce cœur que je laisse en vos mains...

AIUCIE.

Partez , prince, et suivez vos généreux desseins:Rendez de mon pouvoir Athènes tributaire.

J’accepte tous les dons que vous me voulez faire.

Mais cet empire enfin si grand , si glorieux ,

N’est pas de vos présents le plus cher à mes yeux.

SCÈNE IV.

IIIPPOLYTE, TIIÉRAMÈXE.

IIIPPOLYTE.

Ami, tout est-il prêt ? Mais la reine s’avance.

Va, que pour le départ tout s’arme en diligence.Fais donner le signal, cou rs , ordonne ; et revicnMe délivrer bientôt d’un fâcheux entretien.

SCÈNE V.

PHÈDRE, IIIPPOLYTE, OENONE.

puèdbe , à Œnone, dans le fond du théâtre.

Lh voici : vers mon cœur tout mon sang sc retire 2â .J’oublie, eD le voyant, ce que je viens lui dire.

ORNOIÏE.

Souvcnrz-vous d’un fils qui n’espère qu’on vous.

PHÈDRE.

On dit qu’un prompt départ vous éloigne de nous,

Seigneur. A vos douleurs je viens joindre mes larmesJe vous viens pour un fils expliquer mes alarmes.Mon fils n’a plus de père ; eL le jour n’est pas loinQui de ma mort encor doit le rendre témoin.

Déjà mille ennemis attaquent son enfance :

Vous seul pouvez contre eux embrasser sa défense.Mais nn seyol remords agile mes esprits :

Je crains d’avoir fi rme votre oreille à Fes cris.

Je tremble que sur lui votre juste colère.

Ne poursuive bientôt une odieuse mère.

IIIPPOLYTE.

Madame, je n’ai point des sentiments si bas.

PHÈDRE.

Quand vous me haïriez, je ne m’en plaindrais pas,Seigneur : vous m’avez vue attachée à vous nuire;Dans le fond de mon ccfur vous ne pouviez ^as lire.

A votre inimitié j’ai pris soin de m’offrir :

Aux bords que j’babitois je n’ai pu vous souffrir;En public, en secret, contre vous déclarée ,

J’ai voulu par des mers en être séparée;

J’ai même défendu , par une expresse loi ,

Qu’on osât prononcer votre nom devant moi.

Si pouitatil à l’offense on mesure la peine,

Si la haine peut seule attirer votre Laine ,

Jamais femme ne fut plus digne de pitié ,

Et moins digne, seigneur, de votre inimitié.

niPPOLYTE.

Des droits de ses enfants une mère jalousePardonne rarement au fils d’une autre épouse,Madame , je le sais : les soupçons importunsSont d’im second h\ mert les fruits les plus communs.Toute autre auroit pour moi pris 1rs mêmes ombragesEt j’en aurais peut-être essuyé plus d’outrages.priÈnitv.

Ah, seigneur! que le ciel, j’ose ici l'attester.

De cette loi commune a voulu m’excepter!

Qu’un soin bien différent me trouble et me dévore !

IIIPPOLYTE.

Madame, il n’est pas temps de vous troubler encore:Peut-être votre époux voit encore le jour JC ;

Le ciel peut à nos pleurs accorder son retour.Neptune le protège, et ce dieu tutélaireNe sera pas en vain imploré par mon père.

PHÈDRE

On ne voit point deux fois lo rivage des morts.Seigneur: puisque Thésée, a vu les sombres bords,

Eu vain vous espérez qu’un dieu vous le renvoie ;

Et l’avare Acliéron ne lâche point sa proie 27 .

Que dis-je' 1 II n’est pomt mort, puisqu’il respireen vous.

Toujours devant mes yeux je crois voir mon époux :

Je le vois, jelui parle: et mon cœur... je m’égare,Seigneur, ma folle ardeur malgré moi se déclare.

IIIPPOLYTE.

Je vois de votre amour l’effet prodigieux :

Tout mort qu’il est, Thésée est présent à vos yeux ;Toujours de son amour votre âme est embrasée.

PHÈDRE.

Oui, prince, je languis. je brfile pour Thésée 38 :

Je l’aime , non point tel que l’ont voies enfers,Volage adorateur de mille objets divers,

Qui va du dieu des morts déshonorer la couche ;

Mais fidèle, mai» lier, et même un peu farouche ,Charmant, jeune, traînant tous les cœurs après soi,

Tel qu’on dépeint nos dieux, ou tel que je vous voi.