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ACTE III, SCÈNE III—V.
Lorsque Jusque® au ciel mille cr;s élancés...
pnknnE.
Mon époux est vivant, OEnone : c’est assez.
J'ai fait l’indigne aveu d’un amour qui l’oulrage;
Il vit : je ne veux pas en savoir davantage.
OENONE.
Quoi ?
■PHÈDRE.
Je te l’ai prédit -, mais tu n’as pas voulu 57 :Sur mes justes remords les pleurs ont prévalu.
Je moimiis cc matin digne d'être plcuréc ;
J’ai suivi tes conseils , je meurs déshonorée.
CLNOSE.
Vous mourez?
I*il ÈlIRK.
Juste ciel J qu’ai je fait aujourd’hui!Mon époux va paroîlre et son fils avec lui 1Je verrai le témoin de ma flamme adultèreObserver de quel front j’ose aborder son père ,
Le cœur gros de soupirs qu’il n’a point écoutés 3S ,L’œil lminidc de pleurs par l'ingrat rebutés!Penses-tu que , sensible à l'honneur de Thésée ,
Ï1 lui cache l’ardeur dont je suis embrasée ?
Laisse rat-il trahir et sou père et son roi ?
Pourra-t-il contenir l’horreur qu’il a pour moi ?
Il se tairoit eu vain : je sais mes perfidies,
OEnone, et ne suis point de ces femmes hardiesQui , goûtant dans le crime une tranquille paix ,Ont su se faire un front qui ne rougit jamais.
Je commis mes fureurs , je les rappelle Joules:
U me semble déjà que ces murs , que ces voûtes.Vont prendre la parole , et, prêts à m’accuser,Attendent mon époux pour le désabuser.
Mourons : de tant d’horreurs qu’un trépas me dé-livre.
Est-ce un malheur si grand que de cesser de vivre 39 ?La mort aux malheureux ne cause point d'effroi :
Je ne crains que le nom que je laisse après moiPour mes tristes enfants quel affreux héritage !
Le sang de Jupiter doit enfler leur courage ;
Mais quelque juste orgueil qu’inspire un sang si beau.Le crime d’une mère est un pesant fardeau.
Je tremble qu’un discours, hélas i trop véritable ,Un jour ne leur reproche une mère coupable.
Je tremble qu’opprimés de ce poids odieuxL’un ni l’autre jamais n’osent lever les yeux.
CENOXE.
Il n’en faut point douter, je les plains l'un et l’autre;Jamais crainte ne fut plus juste que la vôtre.
Mais à de tels affronts pourquoi les exposer?Pourquoi contre vous même allez vous déposer ?C'en est fait : on dira que Phèdre, trop coupable,De son époux trahi fuit l’aspect redoutable,ïlîppoiyle est heureux qu’aux dépens de vos joursVous-même en expirant appujez ses discours ’ ü .
A votre accusateur que pourrai-je répondre?
Je serai devant lui trop facile à confondre :
De son triomphe affreux je le verrai jouir,
Et conter voire honte à qui voudra l’ouïr.
Ab! que plutôt du ciel la flamme rnn dévore!
Mais, ne me trompez point, vous ost-il cher encore ?De quel œil Toyez-vous ce prince audacieux?
PHÈDRE.
Je le vois comme un monstre effroyable à mesyeux.
OEXONK.
Pourquoi donc lui céder une victoire entière?Vous le craignez : osez l’accuser la premièreDu crime dont il peut vous cbargrr aujourd’hui.Qui vous démentira ? Tout parle contre lui :
Son épée en vos mains heureusement laissée ,Votre trouble présent, votre douleur passée,
Son père par vos cris dès long-temps prévenu ,
Et déjà sou exil par vous-même obtenu.
PIlL'IlftK.
Moi, que j’ose opprimer et noircir l’innocence !
OENOXF.
Mon zèle n’a besoin que do votre silence.Tremblante connue vous, j’en sens quelques re-mords.
Vous me verriez plus prompte affronter mille morts.Blais, puisque je vous perds sans ce triste remède,Voire vie est pour moi d’un prix à qui tout cède :Je parlerai. Thésée, aigri par mes avis,bornera sa vengeance à l'exil de son fils :
Lu père en punissant, madame, est toujours pcrc;Un supplice léger su Dit à sa colère.
Mais, le sang innocent dût-il cire versé,
Que ne demande point votre honneur menacé ?C’est un trésor trop cher pour oser le commettre.Quelque loi qu’il vous dicle , il faut vous y sou-mettre ,
Madame: et pour sauver votre honneur combattu 41 ,Tl faut immoler tout, et même la vertu.
Ou vient ; jo vois Thésée.
l'HÈllRE.
Ah ! je vois Tlippolyte ;
Dans ses yeux insolents je vois ma perle’ écrite.Fais ce que tu voudras , je m’abandonne à toi.Dans le irouble où je suis, je ne puis rien pour moi.
SCÈNE IV.
TIlÉSÉE , PHÈDRE, HIPl’OLYTE, THÉRA-J1ÈNE, OENONE,
TH fcSksF.
La fortune à rnes vœux cesse d’être opposée ,Madame; et dans vos bras met...
PUÈDRE.
Arrêtez, Thésée,El ne profanez point des transports si charmants :Je ne mérite plus ces doux empressements -,
Vous êtes offensé. La fortune jalouse
N’a pas en votre absence épargné votre épouse.
Indigne de vous plaire et de tous approcher,
Je ne dois désormais songer qu’à inc cacher.
SCÈNE Y.
THÉSÉE, IltPPOLYTE, TIIÉRAMÉNE.
THÉSÉE.
Ouel est l’étrange accueil qu'on fait à votre père,Mon fils?
IltPPOLYTE.
Phèdre peut seule expliquer ce mystère.Mais, si mes vœux ardents vous -peuvent émouvoir,Permetlez moi, seigneur, de ne la plus revoir ;