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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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3o4

PHÈDRE.

Souffrez que pour jamais le tremblant IlippolyleDisparoisse des lieux que Totre épouse habite.

THI-.SliK.

Vous , mon fils, me quitter ?

HtPPOLTTE.

Je ne la cherchois pas:

C’est vous qui sur ces bords conduisîtes ses pas.Vous daignâtes , seigneur, aux rives de TrézèneConfier en partant Aricie et la reine :

Je fus même chargé du soin de les garder.

Mais quels soins désormais peuvent me ictarder ?Assez dani les forêts mon oisive jeunesseSur de vils ennemis a montré son adresse :

Ne pourrai-je, en fuyant un indigne repos,

D’un sang plus glorieux teindre mes javelots ?Vousn’ariez pas encore atteint l’âge où je louche,Déjà plus d’un tyran, plus d'un monstre faroucheA voit tic votre liras senti la pesanteur;

Déjà , de l'insolence heureux persécuteur 42 ,

Vous aviez des deux mers assuré les rivages;

Le libre voyageur ne craignnit plus d’outrages:Ilerculc , respirant sur le bruit de vos coups,

Déjà de son travail se reposoit sur vous 4 bEt moi, fils inconnu d’un si glorieux père ,

Je suis même encor loin des traces de ma mère !Souffrez que mon courage ose enfin s’occuper :Souffrez, si quelque monstre a pu vous échapper,Que j’apporte à vos pieds sa dépouille honorable,Ou que d'un beau trépas la mémoire durable ,Éternisant des jours si noblement finis,

Prouve à tout l’univers que j’élois voire fils.

THKSKE.

Que vois-je? Quelle horreur dans ces lieux répanduc

Fait fuir devant mes yeux ma famille éperdue ?

Si je reviens si craint et si peu désiré ,

O ciel! de ma prison pourquoi m’as tu tire?

Je n’avois qu’un ami : son imprudente IlammeAu ij- ran de l Épirc allait ravir la femme ;

Je servois à regret ses desseins amoureux;

Mais le sort irrité nous aveugloit tous deux.

Le tyran m'a suipris sans défense et sans armes.J’ai vu Pirithoüs , trisle objet do mes larmes ,

Livré par ce barbare à des monstres cruelsQu’il nounissoit du sang des malheureux mortels.Moi-même il m’enferma dans des cavernes sombres ,Lieux profonds et voisins de l’empiie des ombres.Les dieux, aprèssix mois, enfin m’ont regardé 114 :J’ai su tiompcr les yeux par qui j'étois gardé.

D’un perfide ennemi j'ai purgé la nature ;

A ses monstres lui-même a servi de pâture.

Et lorsque avec transport je pense m'approcherDe tout ce que les dieux m'ouï laissé de plus cher;Que disqe ? quand mon âme, à soi-môme rendue ,Vient se rassasier d’une si chère vue,

Je n’ai pour tout accueil que des frémissements ;Tout fuit, tout se refuse à mes embrassements.

Kl moi meme , éprouvant la terreur que j’inspire;Je voudrais être encor dans les prisons d'Épire.Parlez. Phèdre se plaint que je suis outragé.

Qui m’a trahi? Pourquoi ne suis-je pas vengé ?

La Grèceà qui mon bras fut tant de ibis utile,A-t-elle au criminel accordé quelque asile ?

Vous ne répondez point ! Mou fils, mon propre fils,Est-il d intelligence avec mes ennemis?

Entrons : c’est trop garder un doute qui m’accable.Connoissons à la fois le crime et le coupable :

Que Phèdre explique enfin le trouble où je lavoi.

scène vr.

HIPPOLYTE, THÉRAMÈNE 4S .

11IPPOLYTE.

Où tendoit ce discours qui m’a glacé d'effroi?Phèdre , toujours en proie à sa fureur extrême ,Veut-elle s’accuser et se perdre elle-même ?

Dieux I que dira le roi ? Quel funeste poisonL’amour a répandu sur toute sa maison !Moi-même, plein d’uu feu que sa haine réprouve,Quel il m’a vu jadis , et quel H me retrouve !

De noirs pressentiments vit-nneut m’épouvanter.Mais l’inDOcence enfin n’a rien à redouter :

Allons : cherchons ailleurs par quelle heureuseadresse

Je pourr ai de mon père émouvoir la tendresseEt lui dire un amour qu’il peut vouloirtroublcr ,Mais que tout sou pouvoir ne sauroit ébrauler.

ACTE QUATRIÈBTE.

SCÈNE I.

THÉSÉE, OENONE.

THÉSÉE.

Ah! qu’est-ce que j’eulends ? Un traître, un témé-raire

Préparoit cet outrage à l'honneur de son père IAvec quelle rigueur, destin, tu nie poursuis!

Je ne sais où je vais , je ne sais où je suis.

O tendresse! 0 bonté trop mal récompensée !Projet audacieux! détestable pensée!

Pour parvenir au bu t de scs noires amours ,L'insolent de lu force empruntent le secours!

J’ai reconnu le fer , instrument de sa rage,

Ce fer dont je l’armai pour un plus noble usage.Tous les liens du sang n’ont pu le retenir!

Et Phèdre différoit à le faire punir!

Le silence de Phèdre épaignoil le coupable I

teXONE.

Phèdre épargnoit plutôt un père déplorable 46 :Honteuse du dessein d’un amant furieuxEt du feu criminel qu’il a pris dans ses yeux,Phèdre mouroit, seigneur, et sa main meurtrièreÈieignoil de ses yeux l’innocente lumière.

J’ai vu lever le bras , j’ai couru la sauver.

Moi seule à votre amour j'ai su la conserver :

Et, plaignant à la fols son trouble et vos alarmes,J’ai servi, malgré moi, d’interprèle à ses bmnes.

THÉSÉK.

Le perfide ! Tl n’a pu s’empêcher de pâlir :

De crainte , en m’abordaut, je l'ai vu tressaillir.

Je me suis étonné de son peu d’allégresse ;

Ses froids embrassement» ont glacé uîa tendresse. -