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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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3o6

PHEDRE.

HIPPÛLYTE.

Elle vous pnrnît fausse et pleiue dartillce :

Phèdre au fond de son cœur me rend plus de justice.

TIlÉSKE.

Ali ! que ton impudence excite mon courroux !nti»poi.vrfi.

Quel temps à mon exil, quel lieu prescrivez-vous?

THÉSÉE.

Fusses-tu par-delà les colonnes dAlcide ,

Je me croirois encor trop voisin d'un perfide.

H repoi.ï te.

Chargé du crime affreux dont tous me soupçonnez,Quels amis me plaindront , quand vou9 maban-donnez ?

THESliE.

Va chercher des amis dont lestime funesteHonore ladultère , applaudisse à linceste ;

Des traîtres , des ingrats sans honneur et sans loi.Dignes de proléger un méchant tel que toi.

IIIPPOLYTE.

Vous me parlez toujours dinceste et dadultère :

Je me tais. Cependant Phèdre sort dune mère,

Phèdre est dun sang, seigneur, vous le savez trop bien,De toutes ces horreurs plus rempli que le mien.

THÉSÉE.

Quoi! ta rage à mes yeux perd toute retenue* 5 ?

Puur la dernière fois ôte-toi de nia vue;

Sors , traître : nattends pas quun père furieuxTe fasse avec opprobre arracher de ces lieux.

SCÈNE III,

THÉSÉE.

Misérable, tu cours à ta perle infaillible !

Neptune, par le fleuve aux dieux même terrible,

Ma donné sa parole , et va lexécuter.

T : n dieu vengeur te suit, tu ne peux léviter.

Je tai mois; et je sens que , malgré ton offense ,

Mes entrailles pour toi se troublent par avance.

Mais à te condamner tu mas trop engagé ;

Jamais père, en effet, lîil-il plus outragéIJustes dieux, qui voyez la douleur qui m'accable ,Ai-jc pu mettre an jour un enfant si coupable !

SCÈNE IV.

THÉSÉE , PHÈDRE.

PHÈDRE.

Seigneur, je viens à vous pleine dun juste effroi ;

Votre voix redoutable a passé jusquà moi :

Je crains quun prompt effet nait suivi la menace.

Sil en est temps encore , épargnez votre race ,Respectez votre sang; jose vous en prier :

Sauvcz-moi de l'horreur de lenteudre crier;

Ne me préparez point lu douleur éternelleDe lavoir fait répandre à la main paternelle.

THÉSÉE.

Non. madame, en mon sang ma main na point trempé;Mais liugrat toutefois ne mest point échappé :

Une immortelle main de sa perte est chargée ,Neptune me la doit : et vous serez vengée.

PHEDRE.

Neptune tous la doit ! Quoi! vos vœux irrités...

THÉSÉE.

Quoi J craignez-vous déjà qu'ils ne soient écoutés ?Joignez-vous bien plutôt à mes vœux légitimes :Dans toute leilr noirceur retracez-moi ses crimes ;Echauffez mes transports trop lents , trop retenus.Tous ses crimes encor ne vous sont pas connus :Sa fureur contre vous se répand en injures ;

\ otre bouche , dit-il, est pleine d'impostures :

11 soutient quArieie a son cœur, a sa foi,

Qu'il l'aime.

I'HÈDHE.

Quoi, seigneur I

THÉSÉE.

Il la dit devant moi :Mais je sais rejeter un frivole artifice.

Espérons de Neptune une prompte: justice :

Je vais moi-même encore au pied de ses autelsRe presser daccomplir ses serments immortels.

SCÈNE V.

HIÈDKE.

Il sort. Quelle nouvelle a frappé mon oreille!Quel feu mal étouffé dans mon cœur se réveille!Quel coup de foudre , ô ciel ! et quel funeste avis!Je volois tout entière au secours de son fils:lit, marrachant des bras dGEnonc épouvantée,Je cédois au remords dont jétois tourmentée.

Qui sait même malloit porter ce repentir?Peut-être à maccuser j'aurois pu consentir ;Peut-être, si la vuix ne meût été coupée,Laffreuse vérité me seroit échappée.

Ilippolyte est sensible , et ne sent rien pour moi!Aricie a son cœur ! Aricie a sa foi!

Ab , dieux ! Lorsquà mes vœux lingrat inexorableSarmoit d'un œil si fier, dun front si redoutable,Je pensois qu'à lamour son cœur toujours ferméFût contre tout mon sexe également armé :

Une autre cependant a fléchi sou audace ;

Devant ses veux cruels une autre a trouvé grâce.Peut-être a-t-il un cœur facile à sattendrir :

Je suis le seul objet quil ne sauroit souffrir.

Et je me chargerons du soin de le défendre !

SCÈNE YI.

PHÈDRE, OENONE.

PHÈDRE.

Chère OEnoue, sais-tn ce que je viens d'apprendre ?OGXONE.

Non: mais je viens tremblante, à ne vous pointmentir s0 :

Jai pâli du dessein qui vous a fait sortir ;

Jai craint une fureur à vous-même fatale.

PHÈDRE.

OEnone , qui leût cm ? javois une rivale !

ŒXONE.

Comment?