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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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ACTE IV, SCENE III.

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Mais ce coupable amour dont il est dévoréDans Athènes déjà séloit-il déclaré ?

oesosk.

Seigneur, souvenez-vous des plaintes de la reineUn amour criminel causa toute sa haine.

rnésLE.

Et ce feu dansTrézène a donc recommencé?

CEXOXB.

Je vous ai dit, seigneur, tout cc qui sest passé.

("est trop laisser la reine à sa douleur mortelle ,Souffrez que je vous quitte et me range auprès delle, j

SCÈNE II.

THÉSÉE, HIPPOLYTK.

THÉSÉE.

Ah! le voici. Grands dieux, à ce noble maintienQuel œil ne seroit pas trompé comme le mien?Faut-il que sur le front dun profane adultère i7Brille de ta vertu le sacré caractère?

Et ne devroit-on pas à des signes certainsBcconnoître le cœur des perfides humains! |

WIPPOLYTE.

Puis-je vous demander quel funeste nuage.

Seigneur, a pu troubler yotre auguste visage ?

Nosez-vous confier ce secret à ma foi ?

THÉSÉE.

Perfide, oses-tu bien te moDtrer devant moi?

Monstre, qua trop long-temps épargné le tonnerre,Reste impur des brigands dont jai purgé la terre,

Après que le transport dun amour plein d'horreurjusquau lit de ton père a porté ta fureur,

Tu moses présenter une tête ennemie!

Ta parois dans des lieux pleins de Ion infamie !

Et ne vas pas chercher, sous un ciel inconnu,

Des pays mon nom ne soit point parvenu ?

Fuis. traître. Ne viens point braver ici ma haine,

Et tenter un courroux que je retiens à peine :

Cest bien assez pour moi de iopprobre éternelDavoir pu mettre au jour un fils si criminel,

Sans que ta mort encor, honteuse à ma mémoire,

De mes nobles travaux vienne souiller la gloire.

Fuis : et, si tu ne veux quun châtiment soudainTajoute aux scélérats qua punis cette main ,

Prends garde que jamais lastre qui nous éclaire ;

Ne le voie en ces lieux mettre un pied téméraire.

Fwis , dis-je ; cl, sans retour précipitant les pas,

De ton horrible aspect purge tous mes états.

Et toi, Neptune, et toi , si jadis mon courage i

Dinfâmes assassins nettoya ton rivage ,

Sou viens-toi que, pour prix de mes efforts heureux,

Tu promis dexaucer U* premier de mes vœux.

Dans les longues rigueurs dune prison cruelleJe nai point imploré ta puissance immortelle;

Avare du secours que jattends de les soins,

Mes vœux lont réservé pour de plus grands besoins :

Je timplore aujourdhui. Venge un malheureux père;Jabandonne ce traître à toute ta colère ;

Étouffe dans son sang ses désirs effrontés : !

Thésée à tes fureurs connoîtra tes boutés.

. . HIPl'OT.ïTE.

Duu amour criminel Phèdre accuse IJÎppolyte!

Un tel excès dhorreur rend mon âme interdite ;

Tant de coups imprévus maccablent à la fois,

Quils mutcnl la parole, et métouffent la voix.

THÉSÉE. i

Traître, tu prétendois quen un lâche silence j

Phèdre enseveliroit la brutale insolence : v

Il falloît , en fuyant, ne pas abandonner !,

Le fer qui dans ses mains aide à te condamner; j

Ou plutôt il falloît, comblant ta perfidie , ij

Lui ravir tout dun coup la parole et la vie. ;

liriFOLYTK. ;

Dun mensonge si noir justement irrité,

Je devroisfaire ici parler la vérité,

Seigneur; mais je supprime un secret qui vous louche.Approuvez ic respect qui me ferme ia bouche ,

El, sans vouloir vous-même augmenter yos ennuis.Examinez ma vie , et songez qui je suis.

Quelques crimes toujours précèdent les grands crimes;Quiconque a pu franchir les bornes légitimesPeut violer enfin les droits les plus sacrés;

Ainsi que la vertu, le crime a ses degrés :

Et jamais on na vu la timide innocencePasser subitement à {'extrême licence.

Un jour seul 11e fait point dun mortel vertueuxUn perfide assassin , un lâche incestueux.

Elevé dans le sein dune chaste héroïne,

Je n'ai point «le son sang démenti lorigine.

Pillhée, estimé sage entre tous les humains ,

Daigna minstruire encore au sortir de ses mains.

Je ne veux point me peindre avec trop davantage :

Mais si quelque vertu mest tombée en partage,Seigneur, je crois surtout avoir fait éclater |

La haine des forfaits quon ose m'imputer. I

Cest par quHippoIytc est connu dans la Grèce.

Jai poussé la vertu jusque» à la rudesse :

On sait de mes chagrins linflexible rigueur,

Le jour nest pas plus pur que le fond de mou cœur.

Et lon veut quIIippolyte, épris dun feu profane...THÉSÉE.

Oui,ceslce même orgueil, lâche! qui te condamne.

Je vois de tes froideurs le principe odieux :

Phèdre seule charmoit les impudiques yeux 4s ;

Et pour tout autre objet Ion âme indifférenteDédaignoit de brûler dune flamme innocente.

HIPPOt.YTE.

Non , mon père , cc cœur, cest trop vous le celer, ;Na point dun chaste amour dédaigné de brûler. j

Je confesse à vos pieds ma véritable offense : t

Jaime , jaime , il est vrai, malgré votie défense j

Aireic à ses lois tient mes vœux asservis;

La fille de Pailanle a vaincu votre fils :

Je ladore ; et mon arue . ù vos ordres rebelle, i

Ne peut ni soupirer, ni brûler que pour elle. !

THÉSÉE. |

Tu laimes ? ciel ! Mais non , lartifice est grossier :

Tu le feins criminel pour te justifier. !

1IIPPOLYTE.

Seigneur, depnissix mois je lévite et je laime : i

Je venois en tremblant vous le dire à vous-même. j

lié quoi ! de votre erreur rien ne vous peut tircil 1

Par quel affreux serment faut-il vous rassurer ?

Que la terre, le ciel, que toute la nature,..

THÉSÉE.

Toujours les scélérats ont recours an parjure.

Fesse , cesse, et mépargne un importun discours,

Si ta fausse vertu na point dautre secours.

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