ACTE IV, SCENE I —II.
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Mais ce coupable amour dont il est dévoréDans Athènes déjà s’éloit-il déclaré ?
oesosk.
Seigneur, souvenez-vous des plaintes de la reineUn amour criminel causa toute sa haine.
rnésLE.
Et ce feu dansTrézène a donc recommencé?
CEXOXB.
Je vous ai dit, seigneur, tout cc qui s’est passé.
("est trop laisser la reine à sa douleur mortelle ,Souffrez que je vous quitte et me range auprès d’elle, j
SCÈNE II.
THÉSÉE, HIPPOLYTK.
THÉSÉE.
Ah! le voici. Grands dieux, à ce noble maintienQuel œil ne seroit pas trompé comme le mien?Faut-il que sur le front d’un profane adultère i7Brille de ta vertu le sacré caractère?
Et ne devroit-on pas à des signes certainsBcconnoître le cœur des perfides humains! |
WIPPOLYTE.
Puis-je vous demander quel funeste nuage.
Seigneur, a pu troubler yotre auguste visage ?
N’osez-vous confier ce secret à ma foi ?
THÉSÉE.
Perfide, oses-tu bien te moDtrer devant moi?
Monstre, qu’a trop long-temps épargné le tonnerre,Reste impur des brigands dont j’ai purgé la terre,
Après que le transport d’un amour plein d'horreurjusqu’au lit de ton père a porté ta fureur,
Tu m’oses présenter une tête ennemie!
Ta parois dans des lieux pleins de Ion infamie !
Et ne vas pas chercher, sous un ciel inconnu,
Des pays où mon nom ne soit point parvenu ?
Fuis. traître. Ne viens point braver ici ma haine,
Et tenter un courroux que je retiens à peine :
C’est bien assez pour moi de i’opprobre éternelD’avoir pu mettre au jour un fils si criminel,
Sans que ta mort encor, honteuse à ma mémoire,
De mes nobles travaux vienne souiller la gloire.
Fuis : et, si tu ne veux qu’un châtiment soudainT’ajoute aux scélérats qu’a punis cette main ,
Prends garde que jamais l’astre qui nous éclaire ;
Ne le voie en ces lieux mettre un pied téméraire.
Fwis , dis-je ; cl, sans retour précipitant les pas,
De ton horrible aspect purge tous mes états.
Et toi, Neptune, et toi , si jadis mon courage i
D’infâmes assassins nettoya ton rivage ,
Sou viens-toi que, pour prix de mes efforts heureux,
Tu promis d’exaucer U* premier de mes vœux.
Dans les longues rigueurs d’une prison cruelleJe n’ai point imploré ta puissance immortelle;
Avare du secours que j’attends de les soins,
Mes vœux l’ont réservé pour de plus grands besoins :
Je t’implore aujourd’hui. Venge un malheureux père;J’abandonne ce traître à toute ta colère ;
Étouffe dans son sang ses désirs effrontés : !
Thésée à tes fureurs connoîtra tes boutés.
. . HIPl'OT.ïTE.
D’uu amour criminel Phèdre accuse IJÎppolyte!
Un tel excès d’horreur rend mon âme interdite ;
Tant de coups imprévus m’accablent à la fois,
Qu’ils m’utcnl la parole, et m’étouffent la voix.
THÉSÉE. i
Traître, tu prétendois qu’en un lâche silence j
Phèdre enseveliroit la brutale insolence : v
Il falloît , en fuyant, ne pas abandonner !,
Le fer qui dans ses mains aide à te condamner; j
Ou plutôt il falloît, comblant ta perfidie , ij
Lui ravir tout d’un coup la parole et la vie. ;
liri’FOLYTK. ;
D’un mensonge si noir justement irrité,
Je devroisfaire ici parler la vérité,
Seigneur; mais je supprime un secret qui vous louche.Approuvez ic respect qui me ferme ia bouche ,
El, sans vouloir vous-même augmenter yos ennuis.Examinez ma vie , et songez qui je suis.
Quelques crimes toujours précèdent les grands crimes;Quiconque a pu franchir les bornes légitimesPeut violer enfin les droits les plus sacrés;
Ainsi que la vertu, le crime a ses degrés :
Et jamais on n’a vu la timide innocencePasser subitement à {'extrême licence.
Un jour seul 11e fait point d’un mortel vertueuxUn perfide assassin , un lâche incestueux.
Elevé dans le sein d’une chaste héroïne,
Je n'ai point «le son sang démenti l’origine.
Pillhée, estimé sage entre tous les humains ,
Daigna m’instruire encore au sortir de ses mains.
Je ne veux point me peindre avec trop d’avantage :
Mais si quelque vertu m’est tombée en partage,Seigneur, je crois surtout avoir fait éclater |
La haine des forfaits qu’on ose m'imputer. I
C’est par là qu’HippoIytc est connu dans la Grèce.
J’ai poussé la vertu jusque» à la rudesse :
On sait de mes chagrins l’inflexible rigueur,
Le jour n’est pas plus pur que le fond de mou cœur.
Et l’on veut qu’IIippolyte, épris d’un feu profane...THÉSÉE.
Oui,c’eslce même orgueil, lâche! qui te condamne.
Je vois de tes froideurs le principe odieux :
Phèdre seule charmoit les impudiques yeux 4s ;
Et pour tout autre objet Ion âme indifférenteDédaignoit de brûler d’une flamme innocente.
HIPPOt.YTE.
Non , mon père , cc cœur, c’est trop vous le celer, ;N’a point d’un chaste amour dédaigné de brûler. j
Je confesse à vos pieds ma véritable offense : t
J’aime , j’aime , il est vrai, malgré votie défense j
Aireic à ses lois tient mes vœux asservis;
La fille de Pailanle a vaincu votre fils :
Je l’adore ; et mon arue . ù vos ordres rebelle, i
Ne peut ni soupirer, ni brûler que pour elle. !
THÉSÉE. |
Tu l’aimes ? ciel ! Mais non , l’artifice est grossier :
Tu le feins criminel pour te justifier. !
1IIPPOLYTE.
Seigneur, depnissix mois je l’évite et je l’aime : i
Je venois en tremblant vous le dire à vous-même. j
lié quoi ! de votre erreur rien ne vous peut tircil 1
Par quel affreux serment faut-il vous rassurer ?
Que la terre, le ciel, que toute la nature,..
THÉSÉE.
Toujours les scélérats ont recours an parjure.
Fesse , cesse, et m’épargne un importun discours,
Si ta fausse vertu n’a point d’autre secours.
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