ACTE V, SCÈNE III—VI.
Lui, seigneur?
inÉstn.
Vous «loviez le rendre moins volage :Comment souffl iez-vous cel horrible partage ?
AIUI'IE.
Et comment sou flrez-vous que d’horribles discoursD’une si belle vie osent noircir le cours?
Ave/.-vous de son cœur si peu de eonnoissance ?Discernez-vous si mal le crime et l'innocence?i Faut-il qu'à vos yeux seuls un nuage odieuxDérobe s,i vertu qui brille à tous les yeux!
, Ali ! c’est trop le livrer à des langues pertides.
Cessez : repentez-vous de vos vœux homicides ;Craignez , seigneur, craignez que le ciel rigoureuxVe vous haïsse assez pour exaucer vos vœux.
Souvent dans sa colère il reçoit nos victimes :
Ses présents sont souvent la peine de nos crimes.THKSKE.
Non , vous voulez en vain couvrir son attentat.
Votre amour vous aveugle en faveur de l’ingrat.
Mais j’en crois des témoins certains, irréprochables:
| J’ai vu , j’ai vu couler des larmes véritables.
Amr.iR.
Prenez garde, seigneur : vos invincibles mainsOnt de monstres sans nombre affranchi les humains :Maistout n’est pas détruit, et vousen laissez vivreUn...Votre fils, seigneur, me défend de poursuivre.
1 Instruite du respect qu’il veut vous conserver,
Je l’affligerois trop si j’osois achever.
J’imîle sa pudeur , et fuis voire présencePour n’être pas forcée à rompre le silence.
SCÈNE IV.
THÉSÉE.
Quelle est donc sa pensée? et que cache un discoursCommencé tant «le fois , interrompu toujours?Veulent ils m’éblouir par une feinte vaine?
Sont-ils d’accord tous deux pour me mettre à la gêue?Mais moi-même , malgré ma sévère rigueur,
Quelle plaintive voix crie au fond de mon cœur?
Une pitié secrète et m’afflige et m’étonne.
Une seconde fois interrogeons OEuone :
Je veux de tout le crime être mieux éclairci.
Gardes, qu’OEnone sorte, et vienne seule ici.
SCÈNE V.
THESEE, panope.
PANOPE.
J’ignore le projet que la reine médite ,
Seigneur, mais je crains tout du transport quil’agite.
Un mortel désespoir sur son uisage est peint;
! La pâleur do la mort est déjà sur son teint.
Déjà, de sa présence avec honte chassée,
Dans la profonde mer OKnone s’csl lancée.
On ne sait point d’où part ce dessein furieux ;
Et les flots pour jamais l'ont ravie à nos yeux 5? .
THl'.SKE.
3og
PANOPE.
Sou trépas n’a point calmé la reine;Le trouble semble croître en son âme incertaine.Quelquefois , pour flatter ses secrètes douleurs,
Elle prend ses enfants et tes baigne de pleurs ;
Et soudain, renonçant à l’amour maternelle,
Sa main avec horreur les repousse loin d’elle ;
Elle porte au hasard ses pas irrésolus ;
Son œil tout égaré ne nous reconnoit plus;
Elle a fois fois écrit: et, changeant de pensée,Trois fois elle a rompu «a lettre commencée.Daignez la voir, seigneur ; daignez la secourir.
THÉSÉE.
O ciel! OEnone est morte, et Phèdre veut mourir !Qu'on rappelle mon fils , qu’il vienne se défendre ;Qu’il vienne me parler, je suis prêt de l'entendre.
( seul.}
Ne précipite point tes funestes bienfait»,
Neptune; j’aiinc mieux n’élre exaucé jamais.
J’ai peut-être trop cru des témoins peu fidèles,
Et j’ai trop tôt vers toi levé mes mains cruelles.
Al) ! de quel désespoir mes vœux seroient suivis!
SCÈNE VI.
THÉSÉE, THÉ1UMÈNE.
THÉSÉE.
Théramène , est-ce toi ? Qu’as-tu fait de mon fils?Je te l’ai confié dès l’âge le plus tendre.
Mais d’uù naissent les pleurs que je te vois répandre ?Que fait mon fils ?
Tnfe'JtAMK.VR.
O soins tardifs et superflus!Inutile tendresse! Hippolyte n’est plus.
THÉSÉE.
Dieux!
TIlfeXAMÈJîK.
J’ai vu des mortels périr le plus aimable,Et j’ose dire encor, seigneur, le moins coupable.THESEE.
Mon fils n’est plus ! Hé quoi ! quand je lui tendsles bras,
Les dieux impatients ont hâté son trépas!
Quel coup me l’a ravi ? quelle foudre soudaine ?tiiétsamÈne.
A peine nous sortions des portes de Trézènc ,
11 étoit sur son char; ses gardes affligésImiioientson silence, autour de lui rangés;
Il suivant tout pensif le chemin de Mycènes;
Sa main sur les chevaux laissoit flotter les rênes ;Ses sup’erbes coursiers, qu’on voyoit autrefois* 7Pleins d’une ardeur si noble obéir à sa voix ,
L’œil morne maintenant, cl la tête baissée,Sembloient se conformer à sa triste pensée.
Un effroyable cri, sorti du fond des flols,
Des airs en ce moment a troublé le repos;
Et, du soin de la terre, une voix formidableBépond en gémissant à ce cri redoutable.
Jusqu’au fond de nos cœurs notre sang s’est glacé ;Des coursiers attentifs le crin s’est hérisse.Cependant, sur le dos de I a plaine liquide,
S’élève à gros bouillons une montagne humide ;
Qu’enlends-je ?