NOTES D’ESTHER.
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peint de infime Agamemnon« dont l’àme est obs- .curcie des noires sapeurs de la colère, et dontles yeux flamboyants lancent des éclairs. » Parun prodige qui n’appartenoit qu’à llacine , la lan-gue françoise , dans cette vive peinture , égale l’é-nergie de la langue grecque. Aicnan.
s ° Ce vers est une imitation d’un verset du livredes Proverbes, déjà cité . acte ï , scène i.
51 Louis Racine s’est approprié celle belle ex-pression :
Aux feux inanimés qui roulent sur leurs tètes.
La Religion , ch. ni.
C’est un fils qui hérite de son père; mais, enpassant entre ses mains , le bien a perdu quelquechose de sa valeur : dont se parent les deux a plusde grâce que qui roulent sur leurs têtes. Geoffroy.
Cetlc strophe est la seule qui paroisse foibleet au-dessous du génie lyrique de l’auteur. Grofp.
55 Raciue le fils a dit, et ou a répété d’après lui,que ce morceau étoit imité du chap. v d’Isaïe, vers.12. La vérité est que Racine n’a imité que l'oppo-sition de l’appiireule félicité des méchants avec levéritable bonheur des ju.-tes ; cl cetlc oppositionn’est pas d’Isaïe , mais du psaume ixliii , dans le-quel David, après avoir fait une énumérationtoute diirérente de celle de Racine, finit par cesmots : « Beaüim dixerunt populum oui hæc sunl:healus populus cujus Domiuus Tleus cjus. »—
• Iis ont appelé heureux le peuple qui possèdeions ces Liens; mais plus heureux est le peuplequi a le Seigneur pour son Dieu. » (Vers. îS.)
(rKOEEHOV.
s 4 Boire la joie: expression énergique et auda-cieuse, empruntée de Virgile, qui dit que Didonhnvoit l’amour à longs traits.
Longmnque bibebat amorein.
Æ.veid. 1 . I, v. 7éS.
Mais Virgile est beaucoup plus hardi : Racine em-ploie un correctif: il se sert du mot coupe, quiadoucit la métaphore. J .-b. Rousseau, dans sa Can-tate deBacchus, a plus imité Racine que Racinen’a imité Virgile :
La céleste troupe «
Dans ce jus vanté, dfc
Boit à pleine coupe ^
L'immortalité. Geoffroy.
s* Je doute , dit l'abbé d’Oiivel, que le pronomrelatif la puisse être mis après nulle paix. Toutpronom rappelle son antécédent ; or l’antécédentest nu'le paix. Ce vers signiiïeroit donc que l’im-pie cherche nulle paix et que nulle paix le fuit.Après cette observation, d’Olivet cite Dumarsais,qui a dit dans l’Encyclopédie , au mot article :a Je crois que le feu , la vivacité , l’enthousiasme» que le style poétique demande, ont pu autoriser>» Racine à dire :
N ulle paix pour l’impie : il la cherche, elle fuit.
» Mais cette expression ne seroit pas régulière en» prose , pareeque la première proposition étanth universelle négative, les pronoms fa et elle des» propositions qui suivent ne doivent pas rappelern dans un sens affirmatif et individuel un mot qui>> a d'abord été pris dans un sens négatif universel.»
55 C’est ici principalement que nous devons ad-mirer l'adresse avec laquelle Racine a su lier seschœurs avec l’action. Les tragiques anciens, àl’exception de Sophocle , n'ont point atteint à cegenre de perfeetiou. Le chœur, selon la remarquede Voltaire , rcmplissoii chez eux l’intervalle desactes , oL paroissoit toujours sur la scène. 11 yavoiten cela plus d’un inconvénient ; car ou il parioitdans les entr'actes de ce qui s’étoit passé dans lesactes précédents, cl c'éloil ntic répétition fati-gante; ou il prévenoit de ce qui devoit arriver dansles actes suivants, et celte annonce déroboit leplaisir de la surprise ; ou enfin il étoit étranger ansujet, et par conséquent it devoit ennuyer. Ces in-convénients , ou plutôt les difficultés de les év iler,déterminèrent nos poêles à ne plus faire usage deschœurs. Ce fut Hardy qui donna le premier exem-ple de celle réforme en 1C17. L. ns Roisjkumain.
57 Ici la scène change. Racine n’a jamais violéla règle de l'imité de lieu que dans cet endroit;mais il 11’a point prétendu faire une tragédie dansles règles : il a voulu mettre en dialogue l’histoired’Esthcr . qu’il a choisie comme la plus propre àla maison de Saint-Cyr et à sa fondatrice ; il a cruque, pour jeter plus de vivacité , il devoit ajouteraux charmes des vers ceux de la musique et lespectacle des décorations. L. m: Boisjermaiw — Lescrupule sur l’unité de lieu jusqu’au point de larenfermer dans un même appartement, commeRacine l’a pratiqué d’ordinaire, est une perfection,mais non pas une règle. Il est d’autant plus raison-nable de ne pas s’y astreindre rigoureusement,qu’on se priveroit par là de bien des sujets et denombre de beautés tout autrement essentielles.L’esprit du précepte est rempli quand la vraisem-blance 11’est pas violée. La Harpe.
58 Du temps de Raciue , le mot sacré, placé de-vant le substantif, ne produisoit point encore uneffet désagréable- Aujourd’hui l'usage veut qu’onmette sacré après son substantif. Racine ollïe plu-sieurs exemples de cette construction, sur laquelleil est inutile de revenir. Geoffroy.
59 On assure qu’un ministre qui étoit encore enplace alors , mais qui n’étoit plus en faveur I M. deLouYois ), avoit donné lieu à ce vers, pareeque ,dans un mouvement de colère, il avoit dit quelquechose de semblable. L. Racine.
00 On ne diroit point tout Hercule pour les Hè-racliies, tout Fullante pour les Pallantides. Maiscomme dans le style de l’Écriture sainte, ou dittout Israël pour le peuple sorti d’Israël, on peutdire tout Amalce pour les Amaléciles, dont il futle père. L. Racine.
ü] Aujourd'hui, dans les représentations d’Es-ther Sans Jcs chœurs, les comédiens substituentau vers de Racine le vers suivant de leur compo-sition ,
Estber. Àssuérus, s’avancent vers ce lieu ;