336 NOTES D’ESTHER.
et <le là ils passant sans interruption à la scène qua-
vois, et je l’ai nommé par ton nom ; tu t’appelle-
triéine. Ce mauvais vers, substitué à celui de Ra-
ras Cyrus. Je marcherai devant toi dans les corn-
cine , n’est pas le seul inconvénient attaché à la
bals; à ton approche je mettrai les rois en fuite,
suppression d’un chœur si bien lié à l'action; car
je briserai les portes d’airain. C’est moi qui étends
celte suppression détruit i’intervallc nécessaire,
les deux, qui soutiens la terre, qui nomme ce
entre les deux scènes, pour Je festin d’Esthcr.
qui est comme ce qtÿ n’est pa9. » ( Orais. fun. du
Geoffroy.
grand Condé .) Gkohfboy.
62 Ces strophes sont remarquables par l’élé-
6S La suppression des chœurs oblige les corné-
ganen et la grâce, par une heureuse facilité, de
diens à mettre ce vers dans la bouche d’Ealher.
style. On leur a souvent comparé la paraphrase
65 Vous assurer, c’est-à-dire, assurer votre for -
du psaume exix, contre les calomniateurs ; mais
tune et votre vie. Nous avons déjà fait observer
les vers de J.-JJ. Rousseau n’ont rien de commun
qu’on disoit assurer quelque chose, et non pas assit-
avec ceux de Racine, qui s’adressent aux rois, et
rer quetqu’un ; mais du temps de Racine cette ex-
n’ont pour objet que la calomnie politique. Louis
pression n’avoit pas une signification bien pré-
Racine dit que son père se félicitait de ces quatre
cisc ; au moins la trouve t-on employée dans des
stances qui contiennent des vérités utiles aux rois.
sens assez opposés par les écrivains les plus cor-
Geoffroy.
rects.
6S Rousseau a presque copié ces vers ( livre I,
50 L’âme pour la vie. Cette figure de style,
ode v ) :
dont les commentateurs ont fuit honneur à Ra-
Et les larmes de l’innocence
cine , se trouve dans Rotrou.
Sont précieuses devaut lui.
A qui pour mon secours ton bras vient d’ôter l’âme.
Ceéacéaor et Dorisiér, act. I, sc. ni.
64 L’arrangement de cette phrase a quelque
chose de pénible qui nuit à la rapidité et à l’élé-
Mais ôter l’âme ou l’âme arrachée; quelle diffé-
gance du style. Racine dit : Que ta terreur de ton
rence de peinture ! Aignan.
nom disperse tes ennemis; si tout leur camp nom-
,1 Ou pour auquel; négligence grammaticale.
breux entre en tes états, qu’il en sorte. Peut-on
Geoffrot.
dire d’un camp qu’il entre et qu’il sort? Sans
72 Voilà une nouvelle preuve que l’auteur
doute le mut est employé pour troupe cl pour
croyoit cette phrase permise en poésie pour les
armée; il donne même une idée de l'immensité
personnes comme pour les temps. D’OIivet répè-
des ennemis, mais il nous semble manquer de
teioit encore qu’il faut dire : Un jour, un terme
correction.
est expiré, et qu’un héros a expiré. Il a raison
65 Désirs pour demande, est une hardiesse per-
dans la règle, et le poète n’a pas tort dans son
mise aux poètes. On dit eu prose : satisfaire,
vers. La Harpe.
combler tes désirs, accorder tes demandes. Racine
7i On dit très bien donner en spectacle , mais
emploie le désir pour la chose désirée. Geoffroy.
lorsque le substantif est joint au verbe par la pré-
ü6 Jamais on ne fit un aussi noble usage de la
position en, il ne peut être accompagné d’un ad-
poésie , jamais on ne porta aussi haut l’art des
jectif : ainsi on ne peut pas dire donner en spectacle
vers. C’est à la lecture de ces vers sublimes que
funeste, pareeque ces locutions, donner en spec-
Voltaire , dans toute la naïveté du sentiment dont
tarde, regarder en pitié, n’admettent point d’épi-
il éloit pénétré , s’écrioit : t On a honte de faire
thète , et ne forment, pour ainsi dire , qu’un seul
» des vers quand oii en lit de pareils! *
verbe composé. D’Olivet.
La IIarpe et Geoffroy.
54 Cette image sublime des cieux qui s’abais-
67 Ce vers et les suivants sont la traduction pué-
sent est empruntée du deuxième livre des Rois,
tique des quatre premiers versets duxi,v e chapitre
chap. xxn, v. îo, et du psaume xvu, v. îo :
d’Isaïe : « Hœc dicit Dominus Cbristo meo Cyro,
inclinavit eœlos , etc. Après Racine, Voltaire et j
cujus approliendi dexteram... Ego ante te ibo, et
J.-B. Rousseau s’en sont emparés,* le premier a
gloriosos terras humiliabo ; portas æreas conleram ,
dit dans la üenriade , ch. v :
et vectes ferreos confringam... Ut scias quia Do-
et
minus, qui voco nomen tuum... Vocavi te no-
Viens; des cieux enflammes abaisse la hauteur.
mine tuo. i Bossuet, dans un style digue du pro-
phète, avoit déjà traduit on plutôt paraphrasé ce
Et l'autre s’exprime ainsi, dans sa huitième ode
passage d’Jsaïe : « Quel autre a fait un Cvrus , si
sacrée :
ce n’est Dieu qui l’avoit nommé deux cents ans
avant sa naissauce, dans les oracles d’Isaïe ? » —
Lève ton bras, lance la flamme,
« Tu n’es pas encore, lui disoit-il, mais je te
Abaisse ia hauteur des cieux. Geoffroy.
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