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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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34o ATHALIE.

Bu sceptre de David usurpe fous les droits ,

Se bûigae impunément dans le sang de uos roisDes enfants de son fils détestable homicide ,

Kl même contre Dieu lève son bras perfide ;

Et vous, l’un des soutiens de ce tremblant étal.Tous nourri dans 1rs camps (lu saint roi Josapbat,Qui sons son fils Jorum commandiez nos armées,Qui rassurâtes seul nos villes alarmées,

Lorsque d’Oehozias le trépas imprévuDispersa tout son camp à l’aspect de Jéhu :k Je crains Dieu, dites-vous, sa vérité ine louche! »Voici comme ce Dieu vous répond par ma bouche :

« Du zcle cle ma loi que sert de vous parer 31 ?

« Par de stériles vœux pensez-vous m’honorer?

« Quel fruit me revient-il de tous vos sacrifices?

« Ai je besoin du sang des boucs et des génisses?

« Le sang de vos rois cric cl n’est point écoulé.

« Rompez , rompez tout pacte avec l’impiété ;

« Du milieu de mon peuple exterminez les crimes;

« Et vous viendrez alors m’immoler vos sic limes. »

AHNKIl.

Hé! que puis-je au milieu de cc peuple abattu ?Benjamin est sans force et Juda sans vertu :

Le jour qui de leurs rois vit éteindre la raceEteignit tout le feu de leur antique audace 2 ®.

Dieu mémo , disent-ils, s’est retiré de nous :

De l’honneur des Hébreux autrefois si jaloux,

Il voit sans intérêt leur grandeur terrassée;

Et sa miséricorde à la fin s’est lassée :

On ne voit plus pour nous ses redoutables mainsDe merveilles sans nombre effrayer les humains ;L’arcbc sainte est muette, et ue rend plus d’oracles.

JOAD.

Et quel t^mps fut jamais si fertile en miracles?Quand Dieu par plus d’effets montra-t-il son pou-voir ?

Auras-tu donc toujours des yeux pour ne point voir.Peuple ingrat? Quoi! toujours les plus grandesmerveilles

Sans ébranler ton cœur frapperont tes oreilles?Faut-il, Abner, faut-il vous rappeler le coursDes prodiges fameux accomplis en nos jours,

Des tyrans d’Israël les célèbres disgiâces 39 ,

El Dieu trouvé fidèle en toutes ses menaces;L’impie Acbab détruit, et de son sang trempéLe champ que par le meurtre il avoit usurpé 30 ;Près de ce champ fatal Jézabel immolée,

Sous les pieds des chevaux celte reine foulée,

Dans son sang inhumain les chiens désaltérés ,

Et de son corps hideux les membres déchirés;

Des prophètes menteurs la troupe confondue ,

Et la llarume du ciel sur l'autel descendue;

Elie aux éléments parlant en souverain ,

Les cieux par lui fermés et devenus d’airain 31 ,

Et la terre trois ans sans pluie et sans rosée 5i ,

Les morts se ranimant à la voix d’Elisée ?Reconnaissez, Abner, à ces traits éclatants,

Un Dieu tel aujourd’hui qu’il fut dans tous les temps:Il sait, quand il lui plaît, faire éclater sa gloire ;

Et son peuple est toujours présent à sa mémoire.

ABNER.

Mais où sont ces honneurs à David tant promis,

Et prédits même encore à Salomon son fils?

Hélas! nous espérions que de leur race heureuseDevoit sortir de rois une suite nombreuse ;

Que sur toute tribu , sur toute nation,

L'un d’eux établirait sa domination ,

Ferait cesser partout la discorde et la guerre,

Et verrait à ses pieds tous les rois de la terre.

JOAD.

Aux promesses du ciel pourquoi renoncez-vous?

ABNER.

Ce roi fils de David, où le chercherons-nous?

Le ciel même peut-il réparer les ruinesDe cet arbre séché jusque dans ses racines?

Athalie étouffa l’enfant même au berceau.

Les morts, après huit «ms, sortent-ils du tombeau ?

Ahl si dans sa fureur elle s'étoit trompée ;

Si du sang de nos rois quelque goutte échappée...

JOAD.

lié bien! que feriez-vous?

ABNER.

O jour heureux pour moi]

De quelle ardeur j’irois reconnoître mon roi!Doutez-vous qu’à ses pieds nos tribus empressées...Mais pourquoi me flatter de ces vaines pensées?Déplorable heritier de ces rois triomphants,Oehozias restait seul avec ses enfants ;

Par les Ira iis île Jéhu je vis percer le père ;

Vous avez vu les fils massacrés par la mère.

JOAD.

Je ne m’explique point: maïs quand l'astre du jourAura sur l’horizon fait le tiers de son tour,

Lorsque la troisième heure aux prières rappelle ,Retrouvez-vous au temple avec ce même zèle.

Dieu pourra vous montrer, par d’importants bienfaits,Que sa parole est stable et ne trompe jamais.

Allez : pour ce grand jour il faut que je m’apprête,

Et du temple déjà l’aube blanchit le faîte 3Î .

ARNEft.

Quel sera ce bienfait que je ne comprends pas ?L’illustre Josabcth porte vers vous ses pas :

Je sors, et vais me joindre à la troupe fidèleQu’attire de ce jour la pompe solennelle.

SCÈNE II.

JOAD, JOSABETH.

JOAD.

Les temps sont accomplis, princesse : il faut parlerEt voire heureux larcin ne se peut plus celer.

Des ennemis de Dieu la coupable insolence,Abusant contre lui de ce profond silence.

Accuse frop Inng-lemps ses promesses d'erreur’*.

Que dis-je? Le succès animant leur fureur,

Jusque sur noire autel voire injuste marâtreVeut offrir à Baal un encens idolâtre.

Montrons ce jeune roi que vos mains ont sauve,Sous l’aile du Seigneur dans le temple élevé.

De nos princes hébreux il aura le courage,

Et déjà son esprit a devancé son âge.

Avant que son destin s’explique par ma voix.

Je vais l’offrir au Dieu par qui régnent les rois:Aussitôt assemblant nos lévites , nos prêtres.

Je leur déclarerai l’héritier de leurs maîtres.jos*nr.Tn.

Sail-Ü déjà son nom et sou noble destin ?