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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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35o

ÀTHÀLIE.

J094BETH.

Et Mathan , parce bruit qui flatte sa fureur...

K4THAN.

Princesse , c’est à tous à me tirer d’erreur.

Je sais que, du mensonge implacable ennemie,Josabeth livreroit même sa propre vie,

S’il falloir que sa vie à sa sincéritéCoûtât le moindre mot contre la vérité.

Du sort de cet enfant on n’a donc nulle trace ?

Une profonde nuit enveloppe sa race?

Et vous-même ignorez de quels parents issu ,

De quelles mains Joad en ses bras l'a reçu i1 ?Pailez; je vous écoute, et suis prêt à vous croire:Au Dieu que vous servez, princesse , rendez gloire.JOSABCTll.

Méchant, c'est bien à vous d’oser ainsi nommerUn Dieu que votre bouche enseigne à blasphémer!Sa vérité par vous peut-elle être attestée ,

Tous, malheureux, assis dans la chaire empestée 53Où le mensonge règne et répand son poison;

Vous, nourri dans la fourbe et dans la trahison ?

SCÈNE V.

JOAD, JOSABETH, MATHAN , NABAL.

JOAD.

Où suis je ? De Baal ne vois-je pas le prêtre ?

Quoi ! fille de David, vous parlez à ce traître !

Vous souffrez qu’il vous parle J Et vous ne craignezpas

Que du fond de l’abîme enlr’ouvertsoussespasTl ne sorte à l’instant des feux qui vous embrasent,

Ou qu’eu tombant sur lui ces murs ne vous écrasent ?Que veut-il? De quel front cet ennemi de DieuVient-il infecter l’air qu’on respire en ce lieu ?

MATHAN.

On reconnoît Joad à cette violence.

Toutefois il devroit montrer plus de prudence,Respecter une reine, et ne pas outragerCelui que de son ordre elle a daigné charger.

JOAD.

lié. bien! que nous fait-elle annoncer «b sinistre?Quel sera l’ordre affreux qu’apporte Un tel ministre?KATHA v.

J’ai fait à Josabelh savoir sa volonté.

JOAD.

Sors donc de devant moi, monstre d’impiété lDe toutes tes horreurs, va , comble la mesure.

Dieu s’apprête à te joindre à la race parjure ,Abiron et Datban , Doëg , Achilophel :

Les chiens, à qui son bras a livré Jézabel,Attendant que sur loi sa fureur sc déploie,

Déjà sont à ta porte , et demandent leur proie.

mathvn. {lise trouble.)

Avant la fin du jour... on verra qui de nous...Doit... Mais sortons, Nabat.

NABAL.

Où vous égarez-vous?

De vos sens étonnés quel désordre s’empare ?

Voilà votre chemin.

SCÈNE VI.

JOAD, JOSABETH.

JOSABETII.

L’orage se déclare :

Alhalie en fureur demande Eliacin.

Déjà de sa naissance cl de votre desseinOn commence , seigneur, à percer le mystère :l’eu s’en faut que Mathan ne m’ait nommé son père.

JOAD.

Au perfide Mathan qui l’auroit révélé ?

Votre trouble à Mathan n’a-l il point trop parlé ?

JOSAIiETU.

J’ai fait ce que j'ai pu pour m’en rendre maîtresse.(Cependant, croyez-moi, seigneur, le péril presse.Réservons cet enfant pour un teihp? plus heureux.Tandis que les méchants délibèrent entre eux ,Avant qu’on l’environne, avant qu’on nous l’arrache,Une seconde fois souffrez que je le cacLe :

Les»portes, les chemins lui sont encore ouverts.Faut-il le transporter aux plus affreux déserts?

Je suis prête : je sais une secrète issue

Par où , sans qu’on le voie , et sans être aperçue ,

De Cédron avec lui traversant le torrent,

J’irai dans le désert où jadis en pleurant.

Et cherchant comme nous «on salut dans la fuite,David d’un fils rebelle évita la poursuite.

Je craindrai moins pour lui les lions et les ours...Mais pourquoi de Jéhu refuser Je secours?

Je vous ouvre peut-être un avis salutaire.

Faisons de ce trésor Jéhu dépositaire :

On peut dans ses états le conduire aujourd’hui,

Et le chemin est court qui mène jusqu’à lui.

Jéhu n’a point un cœur farouche , inexorable;

De David à ses yeux le nom e3t favorable Jî .

Jlélas! pst-il un roi si dur et si cruel,

À moins qu’il n’eûtponr mère une autre Jézabel,Qui d’un tel suppliant ne plaignît l’infortune ?

Sa cause à tous les rois n’cst-clle pas commune ?

JOAD.

Quels limides conseils m’osez-vous suggérer?

En l’appui de Jéhu pourriez-vous espérer ?

JOSABETH.

Dieu défend-il tout soin et toute prévoyance ?

Ne l’offense-t-on point par trop de confiance ?

A ses desseins sacrés employant les humains,

N’a-t-il pas de Jéhu lui-même armé les mains?

JOAD.

Jéhu, qu’avoit choisi sa sagesse profonde ,

Jéhu, sur qui je vois que votre espoir se fonde,

T)’un oubli trop ingrat a payé ses bienfaits:)

Jéhu laisse d’Achab l’affreuse fille en paix,

Suit des rois d’Israël les profanes exemples,

Du vil dieu de l’Égypte a conservé les temples ;

Jéhu , sur les hauts lieux enfin osant offrirUn téméraire encens que Dieu ne peut souffrir,

N’a pour servir sa cause et venger ses injuresNi le cœur assez droit ni les mains assez pures.

Non, non : c’est à Dieu seul qu'il nous faut attacher 84Montrons Eliacin ; et, loin de le cacher,

Que du bandeau royal sa tête soit ornée :

Je veux même avancer l’heure déterminée ,

Avant que de Mathan le complot soit formé.