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PLAN DU I er ACTE D’IPHIGÉNIE EN TATJRIDE.
SCÈNE iir.
TIIOAS, LE FILS DE TIIOAS, IPHIGENIE,
LA CAPTIVE GRECQCE.
THOAjj.
«Quoi! madame, tous êtes encore ici ! Ne de-Bvriez-Tous pas être dans le temple pour remei-«cier la déesse de ces deux victimes qu’elle nous a«envoyées? Allez préparer tout pour le sacrifice ,b et vous reviendrez ensuite, afin qu’on vous re-h mette entre les mains ces deux étrangers. »
Iphigénie sort.
SCÈNE XY.
TIIOAS, LE FILS DE TIIOAS.
Le prince fai! quelques efforts pour obtenir deson père la vie des deux Grecs , afin qu’il ne lesait pas sauves i uutilement. Le roi le maltraite , etlui dit que ce sont là les sentiments qui lui ont étéinspirés par la jeune Grecque; il lui reproche lapassion qu’il a pour une esclave.
I.E FILS nu THOAS.
« Et qui vous dit, seigneur, que c’est une« esclave ?
TIIOAS.
«Et quelle autre qu’une esclave auroit été ehoi-«sic par les Grecs pour être sacrifiée ?
LE FILS Di: TIIOAS.
« Quoi ! ne voussouvienhil plus des habillements«qu’elle avoit lorsqu'on l’auiena ici? Avez-vous«oublié que les pirates l’enlevèrent dans le mo*«ment qu’elle alîoit recevoir le coup mortel? Nos«peuples eurent plus de compassion pour elle que«les Grecs n’en avoient eu ; et «ai lieu de lasacri«fier à Diane, ils la choisirent pour présider elle-«même à ses sacrifices. »
Le prince sort déplorant sa malheureuse généro-sité , qui a sauvé la vie à deux Grecs, pour la leurfaire perdre plus cruellement.
SCÈNE V.
TIIOAS , 1.E CONFIDENT.
THOAS.
Le roi témoigne à son confident qu’il se fait vio-lence eu maltraitant son fils.
« Mais quelle apparence de donuer les mains à«une passion qui le déshonore ? Allons, et deman-«dons à la déesse, parmi nos prières, qu’elle donne«à mon fils des sentiment» plus dignes de lui. »
NOTE DU PLAN.
1 On ne peut révoquer en doute l’existence dece plan, dont le manuscrit, tracé par la mainmême de l’auteur, fut déposé dans la bibliothèquedu roi, et publié par Louis Racine , en 1747, nonpas, dit-il, comme un fragment curieux, niaiscomme un morceau propre à faire connoîlre dequelle manière ilacine , quand il enlreprenoil unetragédie, disposoit chaque acte en prose. Le poètequi sut si heureusement adapter à noire scène lesujet à.’Iphigénie en Aulide , a dû concevoir le des-sein de traiter aussi celui d 'Iphigénie en Tauride ;mais on déplore la triste nécessité que lui imposoille goût du siècle , de mêler notre amour moderneà des sujets antiques qui s’y prêtent mal. CommentVoltaire pouvoit il dire à la duchesse du Maine,en parlant de Racine : « 11 avoit commencé Iphi-ugénie un Tauride, et la galanterie n’entroil point«dans son plan? » (F.pître à madame la duchesse duMaine, servant de préface àOrcste.) Elle y entroit
si bien , que le fils de Thoas , dans ce plan , estamoureux de la prêtresse Tpliigénie. On ignore letemps où Racine traça cette esquisse. Si l’on encroit Louis Racine, ce fut après avoir composéPhèdre. 11 n’y a aucune apparence que Racine aittravaillé au plan d’une tragédie nouvelle, dans letemps même où il formoit le projet de renoncerau ihéàire. On sait, en général, que dans le coursde sa carrière littéraire et dramatique, Racines’occupa de quelques ouvrages dont il ne resteplus la moindre trace. Longepierro a prétendu luiavoir entendu 1 «citer des morceaux d’une Alceste.Quelques personnes ont aussi assuré qu’il avoitvoulu traiter le sujet d'Œdipe ; mais , moins hardique Voltaire , il eu fut, dit-on , détourné par sonexcessive admiration pour Sophocle, qu’il regar-doit comme un modèle bien plus dillicile à imiterqu’Euripide. Geoffroy.